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férence, cet homme impénétrable n'avait pas su cacher à la perspicacité de l'envoyé pontifical que lui aussi avait son concordat particulier à conclure avec TÉglise et ce fut ce qui l'empêcha de faire tout le mal dont il était capable.
Sans vouloir intervenir personnellement dans les discussions quotidiennes, il surveille sournoisement la marche des affaires, et, quand elles semblent prendre une trop bonne tournure, il dicte à son secrétaire d'Hauterive, un autre défroqué, une note perfide qui remet tout en question ; c'est lui qui fera rédiger coup sur coup cinq nouveaux projets de convention, projets contradictoires, où il semble s'ingénier à tout embrouiller, où il retire aujourd'hui ce qu'il a luimême concédé hier ; finalement, quand il jugera que Spina, harcelé, débordé, affolé, a suffisamment perdu son sang-froid, il lui présentera un dernier texte avec la prétention de le lui faire signer presque les yeux fermés, en le laissant dans l'angoissante alternative de perdre le profit de promesses probablement illusoires ou de s'exposer aux conséquences de menaces tellement redoutables qu'elles en devenaient irréalisables.
Ce qu'il fallut entendre à demi-mot, c'est que Talleyrand voulait obtenir pour lui-même quelque chose, et que c'était à ce prix que cesserait son infatigable obstruction. Ne pouvant pas satisfaire toutes ses rancunes contre l'Église, il tenait au moins à obtenir d'elle la régularisation de sa liaison avec M'"*' Grand. Cette créole qu'il allait épouser civilement avait cependant un mari ; ce mari était complaisant, puisqu'il allait donner, ou plutôt vendre, et même assez cher, son
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désistement ; mais Talleyrand se figurait que lui, cvèque malgré tout, allait obtenir du Pape la permission d'épouser cette divorcée, qui, de plus, était protestante.
Retenu par cet espoir, le Ministre s'abstînt d'une opposition absolue, mais il se contenta de conduire la négociation en considérant avant tout son intérêt propre. Il manifesta tout d'un coup une commisération qu'on ne lui connaissait pas pour les prêtres mariés, voulant qu'un article formel les déclarât libérés de toutes leurs obligations ecclésiastiques. Le Saint-Siège se montra miséricordieux pour les prêtres repentants, mais il est hors de doute que le Pape n'attendait pas l'intervention d'un tel avocat pour le faire.
Talleyrand a eu l'impudence de dire, dans ses Mémoires ^ : « C'est après cette grande réconciliation « avec l'Église (le Concordat) à laquelle j'avais puis- (( samment contribué, que Bonaparte obtint du Pape » un bref pour ma réconciliation». Il obtint en effet un bref 2 ; mais, comme nous aurons à le dire, ce bref ne l'autorisait pas à faire bénir par l'Église une union sacrilège.
Le pardon du Pape ne fut pas marchandé aux pécheurs qui s'humiliaient, mais il fut refusé à l'homme puissant qui voulait enlever de force une réhabilitation qu'il n'avait pas méritée.
2. Ce bref, en date du 10 mars 1802, a été publié dans B. V, io5. Voir aussi plus loin, cliapitre viii.
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Talleyrand n'entendait pas s'astreindre à suivre jour par jour les laborieuses discussions d'où sortirait le projet de convention, et, puisque le Pape refusait d'envoyer à Paris un négociateur officiel, on opposa à Spina un négociateur officieux, l'abbé Bernier.
Personnage très discuté, Bernier a généralement été iugé sans indulgence ; il eut quelques amis, mais beaucoup moins que d'ennemis et par sa faute. Prêtre d'une doctrine irréprochable, il ne craignait pas dans certains cas de hurler avec les loups et plus d'une de ses lettres à Talleyrand ou à Portalis serait de nature à faire croire que sa foi subissait parfois des éclipses. Lancé d'abord dans le parti royaliste, il avait été mêlé aux affaires de Vendée, et on l'accusait d'avoir oublié que son état lui défendait de porter les armes et surtout d'en faire usage. Admis dans le conseil des insurgés, il avait dédaigné ces gentilshommes à l'âme chevaleresque, mais à l'esprit étroit, bons pour se battre, incapables de conduire une guerre ; il était parvenu à les dominer, mais trop souvent grâce à des artifices qui, une fois découverts, révoltaient ces intelligences aussi droites que courtes et il avait fini par se brouiller avec les principaux chefs. Il en vint alors à se dire qu'il avait peut-être été inutile de s'exposer à tant de dangers pour des princes dont aucun n'avait pris la peine de passer en Vendée, ne fût-ce que pour dire merci à ceux qui, depuis cinq ans, se faisaient massacrer pour leur cause. Ce que les paysans avaient réclamé, ce qui leur avait mis les armes à la main, c'était qu'on avait voulu leur prendre leurs prêtres, et il n'y avait qu'à les leur rendre pour
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amener la pacification. Sur ce thème s'engagèrent avec Hoche des pourparlers qui aboutirent à un désarmement presque général. Dès lors, regardé comme un transfuge par les royalistes, Bernier était devenu un allié du Gouvernement consulaire et les talents diplomatiques dont il avait fait preuve le désignaient pour servir d'intermédiaire entre le ministre de la République et le délégué du Pape.
Dans le courant de septembre 1800, Bernier était venu à Paris ; installé, avec son chien et sa vieille servante vendéenne, à l'hôtel d'Orléans, rue des Petits- Augustins ^ il y recevait la visite de chouans qui venaient candidement lui faire part de leurs projets. Il leur donnait amicalement le conseil de retourner dans leur pays : « A Paris, leur disait-il, vous vous exposez à bien des ennuis ! » et en effet, quand ils s'entêtaient, la police allait les cueillir dans leurs cachettes et les mettaient en prison 2.
Physiquement, Bernier était hideux à voir : lourd et trapu, vulgaire d'allures, le nez et la mâchoire écrasés lui donnaient une figure de dogue ; il était louche, ce qui enlevait à son regard ce rayon qui illumine et transforme tant de laideurs intelligentes. Mais, dès qu'il avait ouvert la bouche, on était sous le charme ; on ne voyait plus que la grâce de sa parole élégante et nourrie, la puissance de ses raisonnements et la droiture de ses intentions. La plume à la main, il se surpassait encore ; ses notes sont rédigées dans une langue