PREMIERS POURPARLERS I I I
ferme et limpide ; pas un mot de trop, pas un ornement parasite ne les surcharge ; c'est net, sobre, logique, pressant, et il s'en dégage un air de conviction qui ébranle, touche, persuade et convertit le contradicteur. Dernier écrivait aussi bien le lalin que le français et entendait aussi toutes les finesses de la langue italienne ^
Ajoutons enfin que Dernier était ce qu'on appelle un bourreau de travail ; sa force physique venait en aide à la puissance de son esprit ; ce qu'il a écrit, traduit ou copié pendant la discussion du Concordat est d'autant plus remarquable que souvent il ne disposait que de quelques heures, d'une nuit, pour être en mesure de présenter les mémoires qui lui étaient demandés ; la besogne semblait fondre entre ses mains.
Dès le 9 novembre, Spina fut conduit à la Malmaison où il était attendu par le Premier Consul ; l'audience se passa sans incidents ; Donaparte resta sur la réserve ; très courtois, il chercha- même à plaire et y réussit, car son interlocuteur se retira très satisfait 2.
11 n'y avait là qu'une simple formalité prescrite par l'étiquette, mais le combat allait commencer : il était même déjà engagé, car, dans un premier entretien, qui avait eu lieu le samedi, 8, veille de l'audience consulaire, Dernier avait abordé la question de la démission générale à faire donner par les évêques. Puis, se
I. Sa correspondance intime avec le cardinal Caprara est presque entièrement rédigée en italien, AF. 1891 et sq. a. Spina à Consalvi, 12 novembre 1800 (B. I, laS).
112 hS. QUESTION DES ÉVÊQUES
succédant à de courts intervalles, arrivaient des notes sur les divers points en litige, puis un projet de convention en 9 titres et 87 articles, dont la fin fut remise à Spina le 26 novembre *.
Spina écoutait, relevait les assertions inexactes, contestait certains points, répliquait à chaque note par une note et rendait du tout un compte fidèle au Cardinal Secrétaire d'État. Il crut devoir s'en tenir aux objections de principe à propos des biens ecclésiastiques confisqués, et il est facile de voir que ce n'est pas là-dessus que Dernier devait rencontrer de la résistance.
Quand il s'agit du renouvellement entier de l'épiscopat, Spina croit avoir trouvé une solution satisfaisante : ceux des évêques émigrés dont le Gouvernement n'agréerait pas les noms pour la formation de l'épiscopat nouveau seraient seuls invités à démissionner ; et, dans le cas où quelques-uns refuseraient cette démission, le Saint-Siège nommerait des vicaires apostoliques pour administrer temporairement leurs diocèses 2. Il y avait lieu d'espérer qu'au bout de peu de temps, ils céderaient aux conseils du Pape et que leur conduite politique permettrait de les autoriser à rentrer en France et à y reprendre leurs postes.
Quant au droit revendiqué par Bonaparte de nom-