‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 86 sur 286 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

RUPTURE l33

Le 13 mai, tout fut rompu. Une dépêche violemment doucereuse de Bernier le notifia au Secrétaire d'État^ et le 19, un courrier partit porteur d'ordres formels à ladresse de Cacault : il devait exiger la signature pure et simple du projet français et cela dans un délai de dnq jours, passé lequel il devrait quitter Rome ^. £n même temps, le cardinal Consalvi était avisé que les retards subis étaient imputés à sa déloyauté et qu'il serait rendu personnellement responsable des conséquences de ses manœuvres. En attendant, le Pape était invité à l'expulser de Rome 3.

Ces nouvelles produisirent l'effet d'un coup de foudre au milieu d'une cour qui, ayant fait toutes les concessions possibles, s'attendait à toute autre chose qu'à une mise en demeure aussi brutale. Il y eut un moment de stupeur et Consalvi dont la seule faute était d'avoir fait à Cacault une communication inopportune, se sentit blessé dans sa dignité de patricien et d'homme d'Église par des accusations qui, tous le savaient, portaient à faux. Cacault ne fut pas moins troublé par les ordres absurdes qu'on lui expédiait et d'autant plus qu'il se rendait compte de la responsabilité qui pesait sur lui. Il avait pu faire preuve d'un zèle intempestif en se mêlant d'affaires dont il n'était pas chargé et aux ;uelles il ne connaissait pas grand chose, mais c'était un honnête homme ♦. S'il avait bien ou

I. Bernier à Ck>nsalvi, la mai (B. II, iiaa-/^a6)a. Talieyrand à Cacault, 19 mai (B. II, /nQ-^aa). 3. Spina à Consalvi, ai mai, Postscriptum (B. II, /i^g). I\. Consalvi à Spina, ai, a3, a8, 3o mai ; Consalvi à Bernier, ai, 3o mai ; Cacault à Talieyrand, ai, a8 mai, S juin.

l34 LE CARDINAL GONSALVI A PARIS

mal fait d'intervenir dans la négociation, ce n'était plus la question ; c'était lui qui avait causé le fatal retard : c'était à lui d'aviser aux moyens de réduire, sinon d'anéantir les conséquences de sa faute. — Il alla trouver le cardinal Gonsalvi et lui exposa son plan : « Je dois partir de Rome le 5 juin et je partirai ; mais vous partirez avec moi. Je m'arrêterai à Florence et vous continuerez votre route jusqu'à Paris. Là on s'expliquera et tout s'arrangera ^ »

Le Pape consentit à se séparer pour quelques semaines de son principal conseiller et lui donna les instructions et pouvoirs nécessaires pour la signature du Concordat 2.

Qui pouvait croire, le 5 juin, en voyant le Ministre et le Cardinal partir dans la même voiture, que la République Française avait rompu avec le Saint- Siège 3 ?

Consalvi fitdiligence et le 20 juin, il était à Paris; il descendit dans la modeste auberge qu'habitaient Spina etCaselli*. Le 22, il fut reçu par le Premier Consul avec une solennité intimidante s. C'était le jour réservé pour l'audience du corps diplomatique. La garde était sur pieds, les salles, depuis peu remises à

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