AGO?IIE DU DIRECTOIRE
lutioQDaires furent chassés des emplois publics où ils s'étaient embusqués ^ ; pour parer aux abus de la liberté de la presse, deux arrêtés des 1 6 et 17 fructidor prononcèrent la suppression de 45 journaux et la peine de déportation contre leurs directeurs et rédacteurs 2.
Les journaux sont inutiles quand l'opinion s'est déclarée. La nation avait d'abord subi avec une indifférence dédaigneuse les fantaisies néfastes des aventuriers qui la gouvernaient ; à Paris, tout au moins, un scepticisme gouailleur saluait les manifestations oratoires des pâles successeurs de Mirabeau ; les mots avec lesquels on avait grisé les masses populaires ne portaient plus ; l'ouvrier des faubourgs s'inquiétait de voir le prix du pain augmenter pendant que baissait le taux des salaires. En général, ce qui révoltait les consciences (et les consciences en avaient vu long 1), c'était de constater que tous les intérêts étaient en péril. Le démocrate était irrité parce qu'une constitution bourgeoise avait pratiquement fait disparaître toutes les libertés conquises en 1789 ; c'était toujours l'arbitraire, mais au lieu d'un tyran, c'était une caste fermée qui exerçait l'autocratie en commun.
1. En messidor, Duval, qu'on accusait de modération, avait été remplacé au ministère de la police par Bourguignon ; en thermidor, c'est Fouché qui devient ministre. Le 38 fructidor, l'administration départementale est renouvelée, et les membres du bureau central nommés en messidor sont destitués.
2. Parmi eux, Laharpe, Fontanes, Perlet et l'abbé Sicard, qui parvint à se soustraire à l'internement de l'iledeRé. En quelques jours, les visites domiciliaires amenèrent l'arrestation de 54o personnes. {Moniteur j t. XXIX).
ON CHERCHE UN GÉNÉRAL l3
La levée en masse épouvantait les mères de famille, les insidieuses entreprises du fisc mettaient les finan* ciers en défiance et groupaient autour d'eux tous ceux qui avaient des épargnes à sauver ; les trafics inavouables du pouvoir irritaient les honnêtes gens et ces lourdes maladresses avaient mis contre eux les esprits clairvoyants ; les catholiques enfin n'apprenaient pas sans indignation les traitements barbares infligés au vicaire de Jésus-Christ, et l'insulte faite en sa personne à la Religion.
Comme Toiseau que fascine un serpent se sent invinciblement attiré vers la gueule béante qui va l'engloutir, les Directeurs s'eiForçaient de susciter le général sauveur. Sa solide épée, croyaient-ils, ferait évanouir les fantômes contre lesquels ils se débattaient dans leur cauchemar et ils ne semblaient pas se douter que la première chose que ferait ce général, ce serait de se débarrasser d'eux et de leur bande. Mais qui serait ce sauveur ? Augereau, le général de fructidor, était l'allié des Jacobins ; Jourdan, depuis qu'il avait été battu en Allemagne, disait que sa défaite était l'œuvre du Directoire, et, l'accusant de criminelle incurie, s'était rangé parmi les mécontents ; Joubert avait paru l'homme de la destinée, Joubert auquel on avait confié l'armée d'Italie dans Tespoir que vainqueur il réunirait tous les Français autour de son char de triomphateur ; mais Joubert avait péri sur le champ de bataille de Novi. Restaient des hommes sans caractère et sans intelligence, et d'autres qui, bons généraux devant l'ennemi, avaient trop abusé du
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droit de conquête pour garnir leurs poches : provisoirement, ils étaient disqualifiés. Il y en aurait eu un qui eût réuni tous les dons du héros ! La bravoure et l'éloquence, la probité et la jeunesse, c'était Lazare Hoche, mais il était mort !
Restait Bonaparte. Au printemps de 1799, on avait une première fois songé à lui, et Tamiral Bruix avait reçu l'ordre d'aller le chercher en Egypte ; ses lettres, rares, mais infiniment habiles, racontaient avec une simplicité savante des exploits destinés à devenir légendaires. Les Romains et les Grecs commençaient à passer de mode pour avoir trop servi... Quel homme devait être celui qui avait foulé la terre des Pharaons et celle des Patriarches !
Le retour du vainqueur des Pyramides fut cependant contremandé au moment où l'étoile de Joubert se levait ; nous savons que cet astre fut brusquement arrêté dans sa course et le 20 septembre 1799, le Directoire se résigna à écrire à Bonaparte de revenir en France avec sa valeureuse armée.
L'ordre fut remis au général sur le sol français. De lui-même il avait quitté l'Egypte le 20 août et il débarqua à Fréjus * le 9 octobre 1799 (17 vendémiaire an VIII). Violant les règlements de la quarantaine, pour répondre plus vite aux appels de ceux qui le saluaient comme un messager d'espérance, il traversa la France au milieu des acclamations ; dès le 16 octobre (24 vendémiaire), il était à Paris.
I. Plus exactement à Saint-Raphaël. C'est sur le port de cette ville qu'a été élevé le monument comménioratif qui subsiste «ncore.