Mgr Uaudrillart, Quatre Cents ans de Concordai, ch. IH
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ne cherchait qu'à en réduire l'extension ; une foule de questions sont mixtes par leur nature et tout jurisconsulte français se croyait tenu, dans le doute, d'ajouter une prérogative de plus à celles dont le l\6i était en possession.
D'ailleurs, au-dessus de ces querelles sur des espèces, s'élevait une doctrine qu'avaient singulièrement favorisée les théories philosophiques et sociales si fort en fîonneurà la fin du xviii* siècle. A mesure que se précisait la notion de l'I'^lat centralisé, on se demandait qu'elle était celte anomalie étrange d'une Église soustraite à la loi commune. Le pouvoir royal s'exerçait sans partage sur les finances, la marine ou le commerce, mais, quand il s'agissait de religion, les consciences se dérobaient à l'omnipotence publique ; un pouvoir rival se dressait en face de la Royauté, avec lequel il fallait compter non seulement sur le terrain du dogme, non seulement pour le choix des évêques et des cardinaux, mais pour la moindre affaire de dispense ou de bénéfice, et- cela, disaient les financiers généralement aux abois, en faisant sortir de France « des sommes immenses ».
Pratiquement, les évèques étaient nommés par le Roi et l'investiture leur était accordée par le Pape à peu près sans examen, puisqu'on ne l'avait pas refusée à Maurice de ïalleyrand et à quelques sujets de son espèce. Nommés par le Roi, attendant chaque jour pour eux ou pour les leurs quelque faveur particulière, les évêques étaient en fait sous la dépendance de la Cour, et s'il y eut d'assez nombreuses exceptions, fort honorables du reste, il faut bien avouer que ce n'étaient
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que des exceptions *. Pourquoi donc ne pas s'affranchir en droit d'une sujétion qui se réduisait à peu de chose et ne pas constituer une église nationale qui, tout en se rattachant à Téglise romaine comme au centre d'unité dogmatique, aurait eu sa vie propre, sa hiérarchie, sa discipline, ses usages particuliers comme elle avait déjà ses traditions et ses libertés? N'était-ce pas à ce résultat que tendaient les expériences de l'Empereur Joseph II dans ses états autrichiens, et de quelques autres souverains, despotes éclairés par la philosophie moderne ? N'y avait-il pas au sein même de l'Kglise un mouvement vers la constitution de groupes autonomes ? Les écrits de Febronius, les canons du concile de Pistoie n'étaient-ils pas les indices bien significatifs d'une révolution pacifique à la veille de s'accomplir et ne convenait-il pas que la France, qui avait toujours marché à la tête des nations dans la voie du progrès, eût l'honneur d'inaugurer cette réforme qui ne pouvait que moderniser le Christianisme vieillissant en lui rendant un regain de jeunesse et de prospérité ?
La Révolution française fournit aux défenseurs des idées nouvelles l'occasion de donner un corps à toutes ces conceptions métaphysiques et, dans le clergé de France, il se rencontra beaucoup de prêtres assez inféodés aux opinions gallicanes pour assurer le succès de la constitution civile du clergé.
Qu'il n'y ait eu que peu d'évêques pour y adhérer, cela ne prouverait pas que le Gallicanisme n'eût pas
I. Sicard, L*ancien Clergé de France, t. I, c!». XII, XTII et XIV.
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de nombreux adeptes parmi eux ; il y en avait et qui le restèrent jusqu'à la fin, mais ils étaient en même temps royalistes et, comme la Révolution semblait avoir pour but premier de réduire les prérogatives du Trône, ils auraient refusé de la suivre même si elle avaitconsentiàaugmentercellesde l'Autel. On remarque également que l'attrait pour la constitution civile s'accroît à mesure qu'on descend les échelons de la hiérarchie : la Révolution était, en eflet, sociale, en même temps que religieuse, et, dans toutes les classes, ceux qui étaient en bas aspiraient à monter.
11 est facile maintenant de comprendre pourquoi la constitution civile a eu des partisans et où elle les a pris ; il est même permis de conclure que la plupart de ses partisans étaient de bonne foi. On peut être de bonne foi et se tromper : des préjugés communiqués dès l'adolescence, des erreurs dans lesquelles on a vécu, qu'on a longtemps entendu proclamer comme des vérités, de spécieux paradoxes développés avec art, quelques mécomptes personnels influant sur la tournure de l'esprit, tout cela créait une disposition a ne s'effrayer d'aucune innovation. Que vienne alors la Révolution avec ses élans d'enthousiasme irréfléchi^et de sentimentalité bête, les grands mots même vides de sens, les déclamations sur le mode héroïque, les appels aux plus nobles sentiments traduits dans une langue pompeuse qui parle aux nerfs autant qu'à l'intelligence, il se crée une atmosphère factice qui grise, qui fait perdre la conscience du vrai et du juste ; on acclame élourdiment cette constitution ecclésiastique
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sans prendre garde que ses principaux patrons sont précisément des hommes qui affichent une philosophique incrédulité.
Ils étaient pourtant de bonne foi, ces égarés, et tout leur semblait si beau dans cette organisation nouvelle qu'ils se croyaient revenus aux temps bénis de la primitive église. Ils étaient de bonne loi, mais pas tous. Dans leurs rangs se trouvaient des gens trop instruits et trop intelligents pour se laisser prendre à cette phraséologie, mais ceux-là étaient les ennemis du Pape et pour eux tous les moyens étaient de bonne guerre s'ils donnaient satisfaction à des rancunes invétérées.
On le vit bien quand parurent les brefs du Pape. Pie VI avait d'abord compté sur la fermeté du Roi pour arrêter au passage cette malencontreuse constitution ; il s'en était ensuite rapporté aux deux archevêques membres du Conseil des Ministres; enfin, il avait cru que le sens catholique du clergé et du peuple de France ferait justice de cette tentative schismatique. Il dut reconnaître qu'il s'était fait illusion et il publia alors les brefs qui contiennent une condamnation expresse de la constitution civile. Les catholiques allaient-ils écouter docilement la voix du Premier Pasteur ? C'est ce qui serait arrivé sans les efforts du parti conslitutioonel qui s'employa à amortir l'effet des lettres pontificales. .La circulation des brefs fut d'abord entravée par tous les moyens ; puis on contesta leur valeur juridique, parce qu'ils n'étaient pas visés par l'autorité civile qui seule, selon les maximes gallicanes, donnait force exécutoire aux pièces émanant de la Curie romaine. Enfin, quand ces misérables subterfuges de
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procédure eurent manqué leur efl'et, on attirma elTrontément que les brefs étaient faux et qu'ils avaient été fabriqués à Paris dans les agences royalistes. On le dit si haut que dans le public on finit par le croire, surtout ceux qui y voyaient leur avantage. En tout cas, l'authenticité n'en était pas certaine, et il était permis de bénéficier du doute pour s'abstenir d'y obéir. Tout le monde ne fui pas cependant convaincu par ces arguments de procureur et les rétractations se multiplièrent ; mais il y eut aussi des esprits indolents qui crurent possible de se rendormir sur Toreiller d'une fausse sécurité.
La Révolution marche ; un à un les avantages matériels offerts aux constitutionnels s'évanouissent ; quant au clergé insermenté, il est frappé à coups redoublés ; c'est la déportation, c'est la réclusion, ce sont les massacres. Se renconlrera-t-il des constitutionnels pour se dire que la constance des martyrs est un témoignage en faveur de la sainteté de leur cause ? Non ! Ils n'ont pas un mot de pitié pour ceux qu'on exile, qu'on enferme et qu'on égorge. A leurs yeux ce ne sont que des rebelles justement atteints par le glaive vengeur de la Loi.
La Révolution fait un pas de plus : de tous les prêtres elles réclame une apostasie : les rangs des constitutionnels s'éclaircissent, mais leurs chefs s'en consolent ; « C'est Dieu, disent-ils, qui sépare le bon grain de l'ivraie », et, fiers d'être persécutés pour la justice, ils tiennent bon : Grégoire brave la Convention et sa fermeté impose le respect à ses ennemis ; Royer, Desbois, Gratien, Le Blanc de Beaulieu, Brugière, vont