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Son nom était Colonna Pamphili

T4. Archiv. du Sém. de Québec.

prœdictœ maxime desiderantibus et a nobis humiliter enixis precibus supplicantibus.

On avait donc tenu compte de l'Election faite par le Chapitre de Québec, ainsi que des vœux du Clergé et du peuple Canadien exprimés avec tant de confiance dans les magnifiques adresses qui avaient été envoyées à la Cour de Londres. On avait tenu compte, également, du beau mémoire de M. de LaCorne et accepté les conditions, un peu extraordinaires, auxquelles le gouvernement anglais donnait son adhésion tacite à l'envoi d'un évêque catholique au Canada.

Du reste, tout avait été admirablement préparé par le vénérable Doyen du Chapitre de Québec pour la consécration de M. Briand ; et lorsqu'on examine tout, dans les détails, on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'Eglise du Canada lui doit un souvenir particulièrement reconnaissant. Il déploya, dans cette occasion, un tact, un zèle, une habileté et en même temps une discrétion vraiment admirables.

Il fallait que le sacre de M. Briand se fît le plus simplement et le plus secrètement possible pour n'éveiller aucune susceptibilité anglaise ; il fallait éviter de donner l'événement en pâture aux journaux. Il y avait à Suresnes, dans la banlieue de Paris, au pied du mont Valérien, un Château, et attenant à ce château une chapelle, ou oratoire privé, que M. de LaCorne connaissait bien, pour y avoir été bien des fois : chapelle et château appartenaient à une amie de sa famille, madame Marie-Madeleine Péan 15, veuve de messire Louis Edme de Mény, écuyer, sieur de Moranger. S'il était possible de faire consacrer M. Briand dans cette chapelle si retirée, si solitaire. . . Quel endroit mieux choisi pour donner à

15. Elle avait acheté le château de Suresnes le 19 juin 1760; et par testament en date du 27 juin 1787 elle le céda à sa fille, Mme Marchai de Sainscy. (Notes inédites fournies à l'auteur par un de ses amis de France). — Marchai de Sainscy était, en 1767, receveur général des Economats, et, sur un ordre du Roi, " fait à Marly ", accorda à Mgr Briand une somme de 2000 francs. (Arch. du Sém. de Q.).

la cérémonie la solennité convenable, tout en lui assurant un caractère strictement privé ? Et puis, n'y aurait-il pas quelque intérêt à voir consacrer l'Evêque de Québec dans le Château d'une dame Péan, un nom si Canadien, si Québécois? Sans doute tout n'est pas sans tache dans les souvenirs laissés au Canada par Jacques-Hugues Péan et son fils Michel-Jean- Hugues Péan; mais enfin ils ont occupé des positions officielles; ils ont travaillé pour notre pays, tout en ne négligeant pas leurs intérêts; leur nom est attaché à notre histoire: et puis Mme de Mény n'a rien à voir à ce qu'ont pu faire de louche ses parents au Canada.

M. de LaCorne propose donc la chose au vénérable archevêque de Paris, M51- de Beaumont 16, celui-là même dont M51- Briand écrivait un jour qu'il était " l'exemple des Prélats du Royaume 17 " ; et l'archevêque consent avec la meilleure grâce du monde à ce que le sacre de M51- Briand ait lieu dans le Château de Suresnes. Cest un ami personnel de M. de LaCorne, Charles-Gilbert Demay de Termont, évêque de Blois, qui présidera la cérémonie, assisté des évêques de Rodez et de Saintes. La consécration est fixée au dimanche de la Passion, 16 mars, jour anniversaire de deux événements chers à M. Briand : son entrée dans la cléricature le 16 mars 1737, et sa première messe le 16 mars 1739.

En arrivant à Paris, M. Briand était allé tout droit demander l'hospitalité aux Missions-Etrangères, dont le supérieur était M. de Villars, son ancien ami du Séminaire de Québec, et où logeait aussi M. Jacrau, du même Séminaire. Il y fut accueilli avec une cordialité pour laquelle il conserva toujours

16. " Christophus de Beaumont,. . . Duc Sancti Clodoaldi,, Par Francise Regii Ordinis Sti Spiritus Commendator, Sorbonae provisor, etc. " (Litterœ Consecrationis).

17. Reg. III des lettres, p. 579, lettre de Mgr Briand à M. Marchand, 31 mai 1769.

une vive reconnaissance. Ecrivant un jour à M. Hody, plus de vingt ans après cette époque :

" Votre lettre, lui disait-il, en me rappelant le bonheur que j'ai d'être connu de vous, me rappelle aussi dans les sentiments de reconnaissance pour toutes les politesses que j'ai reçues alors de vous et de votre respectable maison 18. "

C'est là, dans le silence d'une profonde retraite, qu'il se prépare à sa consécration épiscopale. M. de LaCorne a si bien ordonné toutes choses, qu'il n'a plus qu'à penser à la préparation de son âme. Ah! qu'il a besoin de grâces de force et de courage pour mener à bonne fin la tâche qu'il a acceptée de gouverner l'Eglise du Canada! Dans ses longues et pénétrantes méditations, il se représente cette Eglise telle qu'il l'a laissée il y aura bientôt deux ans; il se représente ses séminaires, ses communautés reilgieuses : c'est le seul coin du firmament de cette Eglise qui lui apparaisse à peu près sans nuages ; il voit cet immense diocèse, où il y a tant à faire, et si peu d'ouvriers ; il voit ce nombreux troupeau de diocésains, exposés à tant de dangers, dans le nouvel air ambiant qu'ils respirent, sous un régime si nouveau pour eux; il voit surtout son clergé, il voit ses prêtres, qui tous devraient être ses collaborateurs, et dont quelques-uns travailleront peut-être dans un sens opposé au sien; il aperçoit la zizanie dans son Eglise : quand il est parti, on contestait les droits et l'existence même de son Chapitre, on menaçait de ne pas écouter le grand vicaire qui avait été nommé pour le remplacer. Ah, que de sombres pressentiments assiègent son esprit ! Il se passe dans son âme quelque chose d'analogue à l'agonie du Sauveur au jardin des Olives : Et factus in agonia prolixius orabat. Ah ! s'il pouvait aller à Rome, se jeter aux pieds du Père commun des fidèles, et épancher son cœur

18. Lettre de Mgr Briand à M. Hody, sup. des M. E., 25 oct. 1790. — M. de Villars était mort l'année précédente.

dans le sien! Mais comment pourrait-il le faire, avec un gouvernement jaloux et soupçonneux comme celui auquel il a affaire? C'est à son insu, et comme à la dérobée, c'est à ses risques et périls qu'il est venu à Paris se présenter du moins devant le Nonce du Saint-Père. Dans l'impossibilité d'aller à Rome, il se décide à écrire au cardinal Préfet de la Propagande, pour lui exposer ses inquiétudes et ses craintes. Il commence par le remercier de l'envoi de ses bulles, et lui dit qu'il vient de faire sa Profession de foi entre les mains du Nonce; puis il lui parle de l'Eglise de Québec, dont la conduite vient de lui être confiée :

" Jamais, dit-il, cette Eglise désolée n'a eu plus de besoin de la bienveillance et des faveurs du Père commun des fidèles que dans ce moment où, passée sous une domination étrangère, elle n'aura pas moins à craindre du dedans que du dehors. J'oserais même assurer Votre Eminence que de grands maux seront occasionnés et nous viendront peut-être des Domestiques de la Foi, et malheureusement de quelqu'un de ceux qui sont chargés de l'annoncer 1S>. "

Ces " Domestiques de la Foi ", qui est-ce, dans la pensée de M. Briand? sinon certains prêtres qu'il redoute comme devant contrecarrer son ministère; et ce "quelqu'un" qu'il désigne à part, qu'il nomme presque, n'est-ce pas le curé de Québec, M. Récher, qui lui causera tant d'ennuis ?

M. Briand parle ensuite du Chapitre de Québec, qu'il aurait voulu continuer en nommant des chanoines, quoique sans prébendes, et avec la faculté de les dispenser de l'office canonial :

" La Cour de France, dit-il, vient d'ôter à notre Chapitre l'abbaye de Maubec. Elle lui a retranché également le " Don du Roi ", rente annuelle de huit mille livres. Il n'a plus de

19. Reg. III des lettres, p. 242, lettre de Mgr Briand au Card. Castelli, Paris, 3 mars 1766.

revenu. Je crains beaucoup les conséquences qu'on en tirera, au Canada : à savoir, que le Chapitre est dissous par là même, et que la Cour de France le prouve par sa conduite. Je suis d'autant plus fondé dans cette appréhension, qu'avant mon départ quelques prêtres inquiets soutenaient que le Chapitre n'existaient plus, et qu'ils ne reconnaîtraient pas le grand vicaire que l'on nommerait à ma place. Je n'eus pas de peine à détruire leur raisonnement et à les rendre muets. Mais je n'eus pas le bonheur de les persuader, puisque j'apprends qu'ils sont encore dans la même opinion, ce qui peut occasionner des troubles et des divisions dans la suite, des scandales même, et faire tort à la religion.

" Je supplierais donc Sa Sainteté de m' accorder une réponse raisonnée, et en forme de déclaration, que le Chapitre est toujours subsistant, quoique le Roi de France ait retiré les fonds. Si Sa Sainteté déclare le Chapitre subsistant, toutes les altercations finiront. "

Dans la pensée de M. Briand, le Chapitre de Québec était la force, le soutien, la gloire de l'Evêque et de l'Eglise du Canada. Il aurait désiré que le nombre des chanoines, outre le Doyen, fût porté à seize, au lieu de douze. Il allait même jusqu'à suggérer le chiffre vingt-cinq: ce qui aurait été presque le quart du clergé canadien, au moins du clergé paroissial.

Dans cette même lettre à la Propagande, M. Briand ne craignait pas d'appeler " une désertion " le départ des deux chanoines Cugnet et Collet, " qui étaient passés en France avec les troupes françaises ", affaiblissant ainsi, et sans raisons graves, le Chapitre.

Non content d'avoir épanché son cœur dans celui du cardinal Préfet de la Propagande, M. Briand s'adresse au Souverain Pontife lui-même, le pape Clément XIII, et dans une lettre magnifique, écrite en latin, lui exprime les sentiments de vénération, de reconnaissance, de piété filiale, qui

débordent de son âme. Contentons-nous d'en traduire quelques lignes: M. Briand répète au Saint-Père ce qu'il a dit au cardinal Préfet. Il va partir dans quelques jours pour Londres, et se hâtera ensuite de se rendre à son Eglise du Canada, pour y vivre sous le régime d'un gouvernement anglais et protestant :

" Il me faudra vivre, dit-il, comme en exil et en captivité, au milieu d'une nation dépravée et pervertie, où règne une haine invétérée de la Foi et du Siège Apostolique, haine qui y est entretenue à l'égal d'une religion."

Le pieux Evêque aborde ensuite la question du Chapitre :

" Très-Saint-Père, dit-il, on vous a parlé sans doute de l'état et de la condition où se trouve présentement le Chapitre de Québec. Une discussion s'est élevée à ce sujet: les uns veulent que le Chapitre existe encore; d'autres prétendent le contraire. Quel inestimable bienfait ce serait pour nous, si non-seulemnet Votre Sainteté déclarait d'une manière expresse et raisonnée que notre Chapitre n'est pas éteint, mais si elle augmentait même le nombre de nos chanoines ! De la sorte, elle enlèverait à tous les esprits le doute et l'inquiétude. "

La réponse de la Sacrée Congrégation de la Propagande ne se fit pas attendre. Elle était datée du 9 avril. M. Briand, cependant, ne la reçut qu'au Canada: le Chapitre subsistait toujours : ni la disparition de plusieurs de ses membres, ni surtout la perte de ses revenus n'affectaient son existence : seulement, il devait rester, pour le moment, du moins, dans l'état où il était : il ne serait tenu à l'office canonial qu'aux principales solennités, que déterminerait l'Evêque luimême 20.

Le Saint-Père donna à M^ Briand un Bref pontifical dans le même sens. Le Prélat avait demandé un Coadjuteur cum

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