Archiv. du Sém. de Q., lettre du 17 déc
ses amies, les Dames de Pontbriand, deux mois après son arrivée à Québec :
" Me voilà enfin rendu à mon diocèse, leur écrit-il. Autant avais- je d'abord essuyé de contradiction, autant ai- je été bien reçu à mon retour à Londres. La Cour m'a fait la réponse la plus gracieuse et la plus favorable à la religion.
"Mon voyage sur mer a été court, gracieux et sans incommodité: je n'ai été que cinquante-deux jours sur le vaisseau.
" J'ai été reçu à Québec par les Français et par les Anglais avec les démonstrations de joie et de contentement les plus éclatantes. Les sauvages eux-mêmes sont venus de toute part me complimenter à leur façon, et me donner parole qu'ils vivraient mieux qu'ils n'avaient fait depuis la guerre; qu'ils étaient, depuis la mort de Msr de Pontbriand, leur père, dans les ténèbres, mais que je leur amenais le jour et la lumière. Il est vrai que plusieurs, depuis ce temps-là, ont donné des preuves de changement; mais c'est un peuple si inconstant, qu'on ne peut guère s'y fier.
" Il n'y a pas moins à corriger dans les Français, dont les mœurs se sont dérangées pendant les troubles de la guerre. Il me faudrait pour cela des talents dont je suis malheureusement dépourvu. C'est à Dieu, qui a permis que je fusse à cette place, à faire l'ouvrage. L'instrument le plus faible, en sa main, peut tout, quand il lui plaît ". "
Enfin, quelques lignes de M. Jacrau, le compagnon de voyage de Mgr Briand : il écrit le 20 août au nonce de Paris :
"Nous sommes partis de Paris le 21 mars, et arrivés à Québec le 28 juin. Le jour de la fête de saint Pierre a été le jour du commencement de travail de M. Briand, et la piété qu'il a vue ce jour-là, et qu'il a vue souvent depuis, lui a fait souvent répandre des larmes de joie et de consolation. Je ne m'expliquerai pas sur la joie de ces chrétiens longtemps or-
11. Lettre du T4 sept. 1766, publiée dans la Revue canadienne, t. VIII.
phelins : mes termes seraient trop faibles. Les Anglais ont pour ainsi dire disputé aux catholiques Romains en démonstrations de joie. Us savaient le bon accueil que M. Briand a reçu à la Cour de Londres : tous ont témoigné leur joie par des respects particuliers. Le principal ministre anglican qui est ici a lui-même montré et fait montrer par ses enfants son respect et sa vénération.
" M. Briand s'est appliqué aussitôt à son ministère épiscopal; et depuis trois semaines les députés des nations sauvages sont venus le trouver pour lui porter la parole de leurs nations ou villages. Ils se plaignent de ce que le Soleil s'est couché trop longtemps. Us demandent quelqu'un pour les éclairer et leur porter de la lumière. Ils disent que le Grand- Esprit n'est plus chez eux, et qu'il faut quelqu'un qui le prie pour le faire revenir.
" Je suis certain que M. Briand fera tout ce qu'il pourra pour coopérer aux desseins de la Providence pour le salut de tous ces peuples, qui sont nombreux et dans un très grand besoin. Il y a des peuples infinis et sans nombre dans la partie de l'Ouest de Québec, depuis le 45e degré jusque vers le 60e, où l'évangile n'a point encore pénétré. Je le connais par nos Coureurs de bois, qui ont passé bien des années avec ces peuples. Us sont bons, doux et charitables les uns envers les autres. Us n'ont point de roi, mais seulement des Chefs de villages, qui n'ont que bien peu d'autorité. Peut-être que la Providence prépare les moyens pour évangéliser ces peuples i2. . . "
" J'ai toujours eu pour ces pauvres peuples de la compassion et une forte inclination pour leur salut, écrivait de son côté Mgr Briand. Je crois que nous devons faire tout ce qui est en nous pour les conserver dans la religion, afin que Dieu sauve parmi ces peuples ceux quos salvare decrevit 13. . . "