Hist. mss. du Sém. de Q., p
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Et dire que ce n'était là qu'un point dans le plan que s'étaient forgé non seulement ce curé, mais un certain nombre d'autres, que Mgr Briand, à plusieurs reprises, dans sa correspondance, ne cesse pourtant d'appeler " d'excellents prêtres " : terrible exemple de ce que peut un certain esprit d'indépendance, de vanité, de confiance exagérée en soimême, pour fausser le jugement ! Pour ces curés, le Chapitre n'existait plus, par le fait qu'il n'avait plus de prébendes. Msr Briand eut beau obtenir de Rome un rescrit déclarant le contraire, il ne réussit pas à les convaincre tous de leur erreur. Egalement, puisque l'églisje prétendue cathédrale était incendiée, qu'il n'y avait plus ni évêché, ni revenu pour un évêque, par suite du changement de régime, pourquoi ici un évêque en titre ? Un simple vicaire apostolique, à qui on donnerait une bonne cure pour vivre, ne suffirait-il pas pour faire les ordinations et gouverner le diocèse? Tel était le plan qu'avaient rêvé M. Récher et ses amis. De là leur désappointement, leur malaise, lorsqu'ils virent arriver Msr Briand avec le titre d'Evêque de Québec, avec l'autorité et le prestige qui accompagnent cette dignité, et même avec la faculté de se choisir un Coadjuteur cum futura successione, lorsqu'il le jugerait à propos. Adieu leurs rêves de liberté et d'indépendance !
Et qu'on ne croie pas que nous exagérions : le curé et les marguilliers de Québec — le plus grand nombre, du moins — en étaient venus à se figurer que Mgr Briand n'était réellement pas évêque de Québec. Nous avons là-dessus le témoignage de Msr Briand lui-même : adressant une lettre pastorale " aux paroissiens de Québec ", voici comment il la commence : " Jean-Olivier, Evêque. . . Je n'ose dire : de Québec, dje crainte de choquer vos marguiliers. Ils prétendent que je ne suis point évêque de Québec, et probablement veulent-ils que je ne le sois pas. C'était le dessein de M. Récher, et je suis en état d'en fournir les preuves. Mais qu'y a-t-il besoin
de remuer les cendres de ce mort? tandis que les discours, les écrits et la conduite des marguilliers prouvent cet irréligieux attentat d'une manière évidente 3. . . "
Il semble pourtant que tous les membres du clergé, sans exception, eussent dû être fiers de voir un des leurs élevé sur le siège épiscopal de Québec. C'était la première fois qu'on prenait un prêtre dans le pays pour le mettre à la tête de notre Eglise. Tous les prédécesseurs de Mgr Briand avaient été choisis en Europe par le Roi de France : lui était le premier qui avait été proposé et nommé par le Chapitre de Québec. La très grande majorité du clergé canadien, sans doute, applaudissait à sa nomination, et se félicitait d'avoir un évêque titulaire, et non pas seulement un simple vicaire apostolique. Mais qu'il y eût des exceptions, nous le savons par M61 Briand lui-même : écrivant à son grand vicaire de Montréal, M. Marchand, il lui parle d'abord de la triste situation où se trouve une de ses communautés, pour les dettes, puis il ajoute :
" Ce n'est pas tout ce qui me chagrine, si tant est que la mauvaise manœuvre du curé de Québec m'afflige. Car j'oserais quasi vous assurer que je n'en suis pas touché, au moins pour moi, mais pour le diocèse, qu'il veut mettre dans la division, et qu'il y mettrait en efïet si je me conduisais par le même esprit qui le fait agir. Selon lui, tout est nul: point d'Evêché érigé en forme, point de Chapitre : " Eh, " qu'avons-nous besoin, a-t-il dit en pleine assemblée de "marguilliers, d'un évêque titulaire? Un vicaire apostolique " suffirait, et la colonie n'avait demandé que cela. " Voilà ses propos. A moi-même il m'a dit qu'il profitait des circonstances pour se mettre au large, et se tirer de servitude. A cela je repris : " C'est-à-dire que vous me croyez assez bon
3. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. IV des lettres, p. 20g, lettre pastorale du 15 mars 1771.
" et timide pour vous laisser faire ce que vous voudrez, de ** crainte de mettre le trouble et la division dans le diocèse, " et que vous êtes assez méchant pour ne les pas craindre, " supposé que je veuille soutenir mon droit sur mon Eglise. " Mais je ne suis pas évêque seulement de Québec, je le suis *' de Montréal, des Trois-Rivières et de toutes les campagnes. " Si toutes les villes, si tous les curés et tous les peuples sont " de votre avis, à la bonne heure. Si tous ces différents corps " méconnaissent vos discours, les désapprouvent, et la con- " duite de vos marguilliers, soufflés et conduits par vous, ce " n'est pas une affaire décidée. J'ai cru travailler au bien " de la religion en conservant le titre de l'Evêché et le Cha- " pitre, contre les premières mesures. Sûrement, je n'ai point " agi pour moi ; je n'aimais pas plus l'épiscopat que le vica- " riat apostolique. . . "
Les contradictions finissent par aigrir les meilleurs, et les rendent quelquefois injustes. Il nous semble que M51- Briand le devenait un peu pour M^ de Laval dans les quelques lignes qui suivent:
" Voilà, mon cher grand vicaire, ajoutait-il, où aboutissent des affaires mal faites. M. de Laval, avec vos anciens directeurs de séminaire, si renommés dans le pays, ont si mal fait les affaires, qu'il n'y a rien de certain à présent vis-à-vis de ceux qui vivent actuellement. M^ de Pontbriand, ennemi des procès, n'a jamais voulu me croire, quoique cent fois je lui aie dit de prendre en mains l'érection solide, stable et en forme de son Eglise. A présent le temps est-il propre pour agir? On a déjà prévenu le Général 4, des divisions. Il m'en parla, il y a neuf jours. J'esquivai d'abord, mais il me ramena si bien au fait, que je fus obligé de lui avouer le tout. Je doute que de ce côté-là je ne sois pas aussi écouté que le Curé. Il y a aussi quelques bourgeois qui n'approuvent