‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 114 sur 220 · Le 27 nov. 1707. Il mourut le 17 janvier · texte numérisé non relu

Le 27 nov. 1707. Il mourut le 17 janvier

qu'il a dit de Mer de Laval, et des " anciens directeurs du Séminaire " de Québec :

" Le curé de Québec, écrit-il, n'est pas le seul qui n'aurait voulu qu'un vicaire apostolique. Dès le temps que vous étiez en Europe, certaines gens en parlaient de la même façon, et n'auraient souhaité qu'un évêque manqué 8, et qui aurait, été curé dans une campagne : cependant ils lui accordaient la meilleure cure. Je crois même vous en avoir écrit à Londres, et vous avoir marqué mon sentiment et celui de la plus grande partie du clergé, qui n'était point tel, souhaitant comme ci-devant un évêque titulaire, comme il convient, et même comme il est nécessaire.

" Vous me marquez, ajoute M. Marchand, que l'érection de l'évêché a été très mal faite, et que nos Anciens ont manqué à bien des formalités. . . Cette érection a-t-elle été faite sans Bulle du Pape, sans Patentes du Roi, ou bien ces pièces ont-elles resté dans un coffre, sans qu'on les ait mises en exécution? En vertu de quoi Mgr de Laval a-t-il pris le titre d'Evêque de Québec, ainsi que ses successeurs? En vertu de quels titres les prêtres qui, les premiers, ont composé le Chapitre, ont-ils pris la qualité de Chanoines, et ceux qui les ont suivis? Une possession de près de cent ans ne suffirait pas pour purger des défauts de formalité même en quelque façon essentielle! Pendant tout ce temps les Rois de France n'ont-ils pas accordé des brevets de nomination à l'évêché de Québec, ainsi que des dignitaires du Chapitre et de canonicats vacants en régale? Les Papes n'ont-ils pas reconnu l'une et l'autre par leurs bulles de confirmation ? Tout le monde aurait donc été dans l'erreur jusqu'à présent? et concluons aussi que la Juridiction du Siège de Québec n'aurait eu, tout au plus, qu'un titre coloré, et, par une suite

8. " Un Evêque manqué:" curieuse expression, dont on devine, pourtant, le sens.

nécessaire, M. le Curé lui-même, comme les autres, n'aura qu'un titre incertain. Pour moi, je pense que la possession et l'usage, dans ces sortes d'affaires, sont les meilleurs titres, et que de manquer de formalités dans leur établissement ne peut point y préjudicier.

Depuis près de cent ans l'église de Québec est cathédrale et paroissiale. Les offices des dimanches et fêtes dans la cathédrale ont toujours été regardés comme offices de paroisse. Le curé y faisait son prône, et sa semaine comme chanoine honoraire. Le Chapitre et la Fabrique de la paroisse fournissaient également aux dépenses de la sacristie. Bien plus, quand on a rebâti cette église 9, ou plutôt qu'on en a fait une nouvelle, le curé et les marguilliers de Québec se sont-ils opposés au mandement de Msr de Pontbriand ? en ont-ils appelé comme d'abus? Quel motif exposait-il dans ce mandement pour engager les peuples de la colonie à contribuer à cet édifice? Que c'était l'église cathédrale, l'églisemère, le siège de l'Evêque et du Chapitre 10. C'est en cette considération que tous les peuples ont fourni, et non point précisément pour la paroisse de Québec.

" M. le Curé dit qu'il a assez longtemps souffert, et qu'il ne veut plus être dans l'esclavage. Je ne désapprouve point sa plainte. Il paraît certain que quelques membres du Chapitre ont agi durement vis-à-vis de lui, et qu'il a été fort gêné dans l'exercice de ses fonctions u. Je veux bien le croire : M. le Curé a des raisons suffisantes pour se plaindre et demander quelque arrangement pour parer aux inconvénients du passé. Mais quelles que bonnes raisons qu'il puisse

g. La cathédrale de Québec fut rebâtie par Mgr de Pontbriand, de 1745 à 1748.

10. M and. des Ev. de Q., t. II, p. 56, mandement invitant les fidèles à contribuer pour rebâtir la cathédrale, 22 janvier 1748.

11. Voir mon vol. précédent: L'Eglise du Canada sous Mgr de Pontbriand, de 258 à 305.

avoir, elles ne sont point suffisantes pour renverser un ordre établi et suivi depuis près de cent ans. Rien n'était plus édifiant que cet ordre et cet accord qui régnaient entre le Chapitre, le Séminaire et le Curé 12. L'un n'empiétait point sur les droits de l'autre, chacun savait ce qu'il avait à faire, et au lieu d'être contredit, on s'empressait à l'aider.

" Je suis bien persuadé que si ces messieurs voulaient entrer dans vos vues, ils s'épargneraient bien de la peine, et même la religion y trouverait mieux son compte.

" Je crains fort que cette division et ces propos peu considérés n'aient de fâcheuses suites dans le temps présent. Quelqu'un m'a dit à ce sujet que si ces messieurs continuaient dans leur opposition, vous étiez dans le dessein de venir établir votre siège à Montréal. Ce serait une grande joie pour moi de vous y voir; mais pour vous parler franchement et sincèrement, comme je le dois, je crois qu'en voulant éviter Charibde, vous tomberiez peut-être dans Scylla. Québec est la capitale et la ville épiscopale. C'est là où est votre séminaire et le collège, et où doit être votre Chapitre, qu'il serait à propos d'établir incessamment, quoique pour raisons vous différiez de nommer votre coadjuteur. Je souhaite que le temps et les réflexions de vos adversaires vous délivrent de ces oppositions, qui sont cependant très mal fondées, à mon avis. Une bonne réunion des corps et des cœurs mettrait l'ordre et la paix partout 13. "

Que de choses sensées dans cette lettre de M. Marchand ! Le lecteur n'aura pas manqué, surtout, de remarquer ce qu'il dit, non pas pour disculper complètement M. Récher, mais pour expliquer un peu la conduite de ce prêtre, que MBr Briand ne cesse, dans toute sa correspondance, d'appeler •' un excellent curé ". Tous les torts n'étaient certainement

12. Voir mon volume: Henri de Bernières, premier curé de Québec.

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