PASTORALE DE M51" BRIAND
Avant de quitter l'Europe pour revenir en Canada, après sa consécration épiscopale, M^ Briand avait écrit au Souverain Pontife Clément XIII pour le supplier " de vouloir bien accorder à son diocèse le Jubilé qu'il avait octroyé à toute la chrétienté, lors de son exaltation, sur la fin de 1758, et auquel nous n'avions pu participer dans le temps par les troubles et les malheurs de la guerre ". La faveur lui ayant été accordée, il publia un mandement, daté du 26 janvier 1767, pour en informer le clergé et les fidèles. C'était son deuxième mandement comme évêque de Québec. Le premier, en date du 8 janvier précédent, était " pour faire chanter, le dimanche, la Préface de la Trinité ", en conformité du décret du Saint-Siège du 30 janvier 1759. C'était la " préface commune " que l'on chantait auparavant.
Dans son mandement pour le Jubilé, M61" Briand faisait un assez triste tableau des mœurs de la société canadienne d'alors :
" L'iniquité, disait-il, ne semble-t-elle pas avoir inondé la surface de cette terre autrefois si pure aux yeux de Dieu? La foi n'a-t-elle pas paru visiblement s'affaiblir, les mœurs se corrompre? Les afflictions que Dieu avait envoyées pour notre amendement et notre sanctification ne sont-elles pas devenues par notre malice des sources de péché et de dépravation? Le fléau de la guerre n'en est-il pas devenu plus
funeste aux âmes qu'aux corps? Les émigrations forcées d'un grand nombre de familles, les renversements subits de fortune, les pertes de biens, la pauvreté, la disette, loin de nous avoir humiliés sous la main bienfaisante de Dieu, qui ne nous frappait dans sa colère que pour nous rappeler à son amour, n'ont servi peut-être qu'à nous rendre plus criminels à ses yeux. En effet, ces vices, autrefois si rares dans cette colonie: la mauvaise foi dans le commerce, l'infidélité dans le service, la licence dans les discours, la hardiesse à lire les livres les plus dangereux et à écouter le langage de l'impiété et de l'irréligion, le libertinage, ne marchent-ils pas la tête levée parmi nous ?. . . "
Tout cela est bien d'accord avec les annales religieuses de l'époque. Voici ce qu'écrivaient, par exemple, vers le même temps, les Hospitalières de Montréal à leurs Sœurs de La Flèche :
" Priez, priez pour la conservation du peu de religion qui reste dans ce pays. Elle paraît près de s'éteindre : le libertinage est à son comble, et il se commet tous les jours des crimes atroces. Les femmes mêmes semblent avoir perdu la crainte de Dieu. . . " Et les bonnes hospitalières, pleines de confiance en M81" Briand, ajoutaient : " Nous avons un saint Prélat. . . La vraie religion va refleurir. Cela arrivera indubitablement, si les projets de notre bon et respectable évêque peuvent réussir \ "
Le Jubilé annoncé par Mer Briand devait commencer le deuxième dimanche du carême, 15 mars, pour finir le quatrième dimanche, 29 mars.
Les églises à visiter, dans la ville de Québec, étaient celles du Séminaire, des Jésuites, des Récollets, des Ursulines, et l'église de la Basse-Ville, qu'on appelait aussi " l'église suc-
I. Note bienveillamment fournie à l'auteur par les Sœurs de l'Hôtel- Dieu de Montréal.
cursale ". L'Hôpital-Général et son église n'étaient pas censés, à cette époque, de la ville; et pour l'église de l'Hôtel- Dieu, incendiée en 1755, elle n'était pas encore rebâtie.
A Montréal, voici les églises que l'on avait à visiter, et il n'y en avait pas d'autres à cette époque : l'église paroissiale, celle des Jésuites, celle des Récollets, celle de l'Hôtel-Dieu et celle des Sœurs de la Congrégation. Le grand incendie de 1765, qui avait détruit plus de cent maisons, avait aussi réduit en cendres l' Hôpital-Général et son église. Quant à l'église de Bon-Secours, réduite en cendres en 1754 par un furieux incendie qui consuma aussi une partie de la ville, elle n'était pas encore reconstruite, et ne le fut que de 1771 à 1773, mais sur un plan et un terrain plus grands que ceux d'auparavant. M. Jollivet, curé d'office de Montréal, marqua la place de l'église, en y plantant une croix, le 29 juin 1771, " jour anniversaire où la même cérémonie avait eu lieu, du temps de la Sœur Bourgeois; en 1675 "• ^ lendemain, M. Montgolfier, curé titulaire de Montréal, et plusieurs des principaux citoyens de la ville posèrent les pierres fondamentales de l'édifice. On mit un peu moins de deux ans à le bâtir. On en fit solennellement la bénédiction le 30 juin 1773, jour anniversaire de sa fondation 2.
Oh, qu'elle était belle, cette ancienne église de Bon- Secours, celle de 1773, dans sa noble et élégante simplicité! Nous nous la rappelons avec délices.
Dans l'idée de M51- Briand, le Jubilé de Clément XIII, qu'il avait fixé au mois de mars 1767, devait être comme la pré-