‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 127 sur 220 · Faillon, Vie de la Sœur Bourgeois, t. II, p. 427 à · texte numérisé non relu

Faillon, Vie de la Sœur Bourgeois, t. II, p. 427 à

paration à sa première visite pastorale, qu'il allait commencer au mois de juin suivant et terminer en 1768.

Chose remarquable, il y eut presque coup sur coup un deuxième Jubilé, celui de Clément XIV, qui fut célébré au printemps de 1771, et qui fut, lui aussi, comme une préparation à la deuxième visite pastorale de M51" Briand, que le pieux Prélat mit trois étés à accomplir, de 1771 à 1773. Clément XIII mourut en effet au commencement de 1769, et son successeur Clément XIV donna la Bulle du Jubilé de son exaltation le 12 décembre de la même année. M51- Briand écrivait à M. Marchand à l'occasion de la mort de Clément XIII :

" Notre Saint- Père le Pape est mort le 2 février subitement à dix heures du soir. Dans le jour même plusieurs Couronnes lui avaient demandé la sécularisation des Jésuites. On les persécute toujours et presque partout. . . "

Puis il écrivait l'année suivante, à propos de cette persécution contre les Jésuites :

" On pense, en Europe, que c'est une persécution telle qu'il n'y en a point eu depuis les martyrs. Le nouveau Pape a pris hautement leur défense. "

Hélas ! on sait qu'il ne devait pas tarder de fléchir sous la pression des Couronnes européennes.

Mais ce qui est probablement moins connu, c'est qu'à la demande des Dames de Pontbriand l'Evêque de Québec écrivit au Souverain Pontife pour le supplier de tenir bon et de maintenir la Compagnie de Jésus. C'est lui-même qui nous l'apprend dans une lettre à ces bonnes Religieuses Visitandines de Rennes :

" J'avais écrit, dit-il, à Notre Saint-Père, conformément à l'avis que vous m'aviez suggéré. Ma lettre, restée à Londres pendant plus d'un an, ne lui est parvenue qu'après la destruction exécutée. Hélas ! ajoute-t-il, un pauvre et chétif évêque comme moi n'eût rien retardé. "

Avant cette lettre, il en avait adressé une autre au Saint- Père, pour le féliciter sur son élévation au Suprême Pontificat et lui demander de le bénir :

" Très-Saint Père, lui écrit-il le 29 octobre 1769, l'Evêque de Québec, le plus soumis et le dernier de vos fils, après avoir remercié Notre-Seigneur d'avoir donné à son Eglise, dans ces temps de troubles, un si digne successeur de saint Pierre, prosterné aux pieds de Sa Sainteté, lui demande très humblement la Bénédiction apostolique. Tenant la même foi, et étant disposé à la soutenir au péril de sa vie, il espère l'obtenir de sa bienveillance paternelle. C'est une insigne faveur que la foi et notre sainte religion m'apprennent à priser et à rechercher, et que nos gazettes même d'Angleterre me feraient ambitionner par les éloges qu'elles font de Votre Sainteté. . . "

Venons maintenant à la première visite pastorale de M81" Briand. Son mandement pour cette visite est du 27 mai 1767. Les paroisses qu'il va visiter, combien de fois ne les a-t-il pas parcourues déjà avec son illustre et pieux prédécesseur ! Il le rappelle à ceux qui sont maintenant ses diocésains et les engage à se bien préparer à recevoir les grâces de la visite. Il la commencera à Beauport le 22 juin et la finira à Charlesbourg le 29 juillet, visitant, entre ces deux paroisses, à la suite : l' Ange-Gardien, le Château-Richer, Sainte- Anne du Petit-Cap, Saint- Joachim, Saint-François île d'Orléans, Sainte-Famille, Saint-Pierre, Saint-Laurent, Saint- Jean, Saint-Michel, Saint-Vallier, Berthier, Saint-Thomas, L'Islet, Saint- Jean du Port-Joli, Sainte-Anne de la Grande- Anse, Kamouraska, la Rivière-Ouelle, le Cap Saint-Ignace, Saint-Pierre du Sud, Saint-François, Saint-Charles, Beaumont, la Pointe-de-Lévi, Saint-Henri, la Beauce, Saint-

Nicolas, Saint-Antoine, Lotbinière, Saint-Jean Deschaillons et Saint-Pierre les Becquets, Sainte-Anne, les Grondines, Deschambault, Cap-Santé, les Ecureuils, la Pointeaux-Trembles, Saint-Augustin, Sainte-Foy, Lorette des Français, Lorette des Sauvages.

Il se faisait généralement accompagner dans ses visites pastorales par le P. Lefranc, jésuite, ou M. Pressait, du Séminaire de Québec, ou les deux à la fois, deux excellents prédicateurs, qu'il recommandait aux curés, lorsqu'ils avaient besoin, dans l'occasion, de quelques sermons extraordinaires pour réveiller la foi et la piété de leurs paroissiens 3. Mais lui-même, dans ses visites, se dépensait sans mesure et pour les confessions et pour la prédication. Ecoutons-le plutôt raconter la chose au cardinal Castelli avec cette touchante simplicité qui lui était habituelle :

" Je ne puis faire les visites, dit-il, que dans les grandes chaleurs; et seul je travaille depuis cinq heures du matin jusqu'à huit heures du soir. Pour l'ordinaire, je ne dis la messe qu'à onze heures, et je ne puis me mettre à table qu'à une heure Et je pars à deux heures et demie, dans la grande chaleur, pour me rendre à la paroisse voisine, où je parle pour les préparer à se confesser. Je parle encore le lendemain matin deux fois. Cela fait trois fois par jour, sans compter que je mène avec moi un prêtre qui fait encore pendant la cérémonie un sermon en règle.

" Pour l'ordinaire, la moitié des paroissiens communient.

" Tout cela peut être mal fait. Je ne me dis ni éloquent, ni élégant, mais au moins ne suis-je pas oisif. "

C'est l'humilité seule qui faisait ainsi parler le pieux évêque et le rendait défiant et peut-être injuste envers luimême. Nous savons par M. Marchand qu'il prêchait très

3. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. III des lettres, p. 413, lettre de Mgr Briand au curé Mainsonbasse, 27 fév. 1768.

bien. Le cligne grand vicaire ayant entendu dire que Msr Briand n'avait hâte d'avoir un coadjuteur que pour se démettre de sa charge, il lui écrit aussitôt :

" Vous paraissez dans le dessein de laisser la conduite de votre diocèse à votre coadjuteur, aussitôt que vous l'aurez sacré. Je ne pense pas, monseigneur, que vous puissiez prendre en conscience une pareille résolution. Dieu vous a choisi pour gouverner son peuple, et le gouverner jusqu'à la fin de vos jours. Vous contristeriez ce peuple et tout votre clergé, qui vous est très attaché. Dieu vous fait connaître que telle est sa volonté, en vous donnant les grâces et les talents nécessaires pour cet emploi. Avant d'être évêque, vous ne pouviez pas prêcher; aujourd'hui, vous surmontez aisément cette timidité que vous n'aviez pas vaincue jusqu'alors. Vous parlez à votre peuple avec grâce, avec force, avec zèle et avec onction. Vous avez de la peine, ce travail vous déplaît, ce fardeau vous pèse sur les épaules : ce sont des croix, des chagrins, des inquiétudes, des craintes, des ennuis. C'est là cet ange de Satan, destiné pour vous colaphiser; mais en même temps l'Apôtre entend la voix qui lui dit: " Sufficit tibi gratia mea; nain virtus in infirmitate perficitur. Pardon, monseigneur, si je vous parle de la sorte. Je sais que c'est gros Jean qui en remontre à son curé. Au reste, ce qui m'enhardit, c'est l'attachement respectueux et sincère que j'ai pour votre personne et le zèle pour le bien de ma patrie. "

Mais si sincère aussi était l'humble sentiment que Mgr Briand avait de lui-même, qu'il lui répond aussitôt :

" Vous avez beau dire, mon cher grand vicaire, je n'ai pas plus de talent pour gouverner que je n'y ai d'inclination. Si j'ai parlé de Dieu, il m'en a coûté à chaque fois, et le dernier jour comme le premier, plus que je ne saurais vous le dire. Hé, bon Dieu, de quelle manière? Souvent, et le plus souvent, surtout lorsque j'étais gêné par l'auditoire, d'une ma-

nière à me faire rougir, un verbiage qui n'avait ni queue ni tête. Ce n'est pas par une fade humilité que je parle ainsi, c'est vérité. Je n'ai pas assez d'esprit pour bien dire, et j'en ai trop pour ne pas m'apercevoir que je dis pitoyablement. Les bonnes dispositions du clergé à mon égard méritent toute ma reconnaissance, et j'en suis plein; mais porter un fardeau au-dessus de mes forces, tenir une place dont je ne suis pas capable de remplir les obligations, pour peu qu'on ait de conscience, il n'est pas possible de s'y résoudre 4. "

Cette correspondance avait lieu au lendemain de sa première visite ; et le bien qu'il venait d'y faire était la meilleure réponse à ce qu'il écrivait à M. Marchand.

N'oublions pas, d'ailleurs, qu'il était justement alors au plus fort de ses difficultés avec M. Récher et les marguilliers de Québec, et que ces difficultés étaient bien de nature à le rendre un peu défiant de lui-même :

" Plus je vais, disait-il, plus j'aperçois de raideur dans les gens qui devraient montrer la route de l'obéissance et du bien public ."

Bien différents de M. Récher étaient la plupart des curés qu'il venait de visiter sur la côte Beaupré et sur l'Ile d'Orléans : partout des prêtres bienveillants, partout de leur part un respectueux et cordial accueil :

A Beauport, M. Renauld, excellent curé, qui dessert la paroisse depuis 1759, et y restera jusqu'à sa mort en 1808: homme de bonne éducation, ami de la famille Salaberry, ses paroissiens, qu'il visite assiduement et qui le tiennent au courant des choses de la Colonie et du Royaume. On raconte qu'un jour il y rencontra le duc de Kent, père de la reine Victoria, et lui fut présenté. Il produisit sur lui une si excellente impression, que dans la suite le prince entretint avec lui un commerce de lettres très suivi, et que chaque

4. Ibid., p. 353, lettre de Mgr Briand à M. Marchand, 28 oct. 1767.

fois qu'il écrivait à son ami De Salaberry, il ne manquait jamais de se rappeler au curé Renauld. On raconte également que lorsqu'il fut question plus tard d'appeler M. Plessis à la coadjutorerie de Québec, il essaya de faire désapprouver le choix par le gouverneur Prescott, représentant Plessis comme un homme en qui il n'était pas prudent de reposer sa confiance. Son but était de faire nommer à sa place le curé Renauld 5 ; mais il ne réussit pas.

Au Château-Richer, le Père Récollet Féré-Duburon, qui dessert aussi l'Ange-Gardien, aussi bon patriote que prêtre pieux et zélé. En 1759, il avait défendu sa paroisse contre les Anglais, avec un certain nombre de ses paroissiens, et avait vu son village, son église, son presbytère, le couvent de la Congrégation, devenir la proie des flammes : église et presbytère étaient rétablis. En 1760, Duburon desservit la garnison française au fort Jacques-Cartier6. La paix conclue, l'autorité diocésaine le remit à son ancienne paroisse. Duburon était un de ces bons prêtres — comme Dufrost, par exemple — à qui Msr Briand confiait, dans l'occasion, quelque curé dévoyé, pour le ramener au devoir 7.

A Sainte-Anne du Petit-Cap, M. Laurent Parent, et à Saint-Joachim, M. Marcou, jeune prêtre, que M51- Briand a en singulière estime.

A Saint-François et à Sainte-Famille, deux bons curés Bretons, MM. LeGuerne et Eudo, dont nous avons parlé assez longuement dans notre précédent volume. Le couvent de la Congrégation, à la Sainte-Famille, fermé pendant le siège de Québec, a repris ses classes, avec l'autorisation du gouverneur Murray, et continue comme auparavant son action bienfaisante 8.

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