‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 136 sur 220 · Faillon, Vie de la Sœur Bourgeois, t. II, p · texte numérisé non relu

Faillon, Vie de la Sœur Bourgeois, t. II, p

intellectuel pour les personnes du sexe de la côte sud. On y accourait, non seulement des paroisses voisines, mais souvent de paroisses assez éloignées. L'auteur peut apporter ici son témoignage personnel: combien de mères de famille de sa paroisse natale se disaient heureuses d'avoir pu passer deux ou trois ans, dans leur enfance, au couvent de Saint-François, et recueilli là les précieux enseignements qui les avaient fortifiées et guidées dans la vie! Elles n'étaient ni graduées ni diplômées, ces excellentes personnes — on ne parlait pas de cela à cette époque — , mais elles avaient, ce qui vaut mieux que tous les diplômes, la science et la pratique de leurs devoirs d'état.

Hâtons-nous de suivre le Prélat dans les paroisses qu'il a encore à parcourir, de la Pointe-de-Lévi à Saint-Jean Deschaillons, puis de Sainte-Anne de la Pérade à Charlesbourg. La plupart de ces paroisses, surtout du côté sud, n'étaient pas encore grand'chose : nous en aurons peut-être plus à dire lors de la deuxième ou troisième visite. Saint-Henri était à ses débuts : il était desservi par M. Duf rost, de la Pointede-Lévi, et pour une partie par le curé de Saint-Charles. La Beauce était un immense territoire, où ne faisaient encore que commencer à se dessiner les villages de Sainte-Marie, Saint- Joseph et Saint-François d'Assise. Que de difficultés allaient surgir à l'occasion de la fixation de la place des églises dans ces futures paroisses ! En attendant, les colons étaient desservis depuis plusieurs années par un Récollet, le Frère Théodore Loiseau; et M51* Briand venait de le remplacer par un jeune prêtre séculier, l'abbé Verreau, auquel il portait beaucoup d'intérêt, et qu'il encouragea de son mieux, dans sa visite.

Saint-Nicolas avait eu longtemps pour curé M Tinon- Desroches, homme d'une grande dignité de manières, très réservé, très studieux. Il se piquait de noblesse, paraît-il; l'auteur de l'histoire de la Seigneurie de Lauzon nous assure

avoir vu une lettre de lui " scellée de ses armes ". Il fut remplacé à Saint-Nicolas, en 1766, par le fameux Père Veyssière, qui n'y resta que quelques mois : on sait que ce triste religieux quitta l'ordre des Récollets, apostasia publiquement à Québec, se maria, et devint ministre protestant aux Trois- Rivières. Avant de desservir Saint-Nicolas, il avait été à Saint-Michel et à Beaumont. Lors de la visite de Msr Briand, en 1767, Saint-Nicolas était desservi par un autre Père récollet, François Carpentier, excellent religieux, celui-là, qui n'avait qu'un défaut: il était un peu vif, ce qui lui causait quelquefois certains ennuis :

" Tout avec douceur, lui écrit un jour Msr Briand, tout avec douceur. . . Jamais nous n'avons eu plus besoin d'être circonspects. " Et c'est à lui qu'il disait : " Si vous avez un juge anglais, il est bon d'avoir pour lui de la considération, sans trop de liaison. "

Saint-Antoine était à cette époque la paroisse la plus importante de cete partie de la côte sud. Elle avait pour curé l'abbé Noël, très digne prêtre, frère du seigneur Noël, excellent chrétien, qui venait précisément de donner des marques de ses bonnes dispositions en bâtissant " au moyen de quêtes " une chapelle en l'honneur de sainte Anne. M21 Briand approuva la chose durant sa visite et bénit la chapelle, mais exigea qu'il y eût tout autour un terrain d'au moins sept pieds, entouré d'une bonne clôture, et que la porte fût bien close:

" Il y aura, dit-il, un tronc pour recevoir les offrandes des fidèles ; et ces aumônes, ainsi que les quêtes, seront partagées entre la chapelle et l'église paroissiale.

" En reconnaissance de leur zèle et de leur piété, le seigneur et sa dame auront soin de la chapelle. Ils l'entretiendront avec décence. . .

" Le jour de la fête de sainte Anne, après les vêpres de la paroisse, on pourra faire une procession à la chapelle, en

chantant les litanies de la sainte Vierge. . . A la chapelle, Sub tuum, Manum suam, oraisons de la sainte Vierge et de sainte Anne. Au retour, Te Dcum, puis, à la paroisse, bénédiction du Saint-Sacrement.

" Nous voulons, ajoute le Prélat, qu'il soit fait un tableau ou une statue de la Sainte, et un autel décemment orné. . . "

Dans une assemblée de fabrique tout cela fut ratifié et consenti par les marguilliers, le seigneur et sa femme, et le procès-verbal signé : Joseph Genest, Jacques Bergeron, François Sévigny, Jean Noël, Noël, prêtre 9.

Il est probable que la construction de cette chapelle était en réparation d'un grand désordre qui avait eu lieu bien des années auparavant au presbytère de Saint-Antoine. Les gens avaient " brisé les cloisons du presbytère ", pour se faire comme une salle publique, aux dépens du logement du curé. Les Canadiens sont capables de tout quand ils sont poussés à bout, ou qu'ils se mettent quelque projet dans la tête; et ils exécutent leurs mauvais coups avec un sans-gène incroyable. M81- de Pontbriand avait été obligé de faire une ordonnance à cette occasion:

" Faites une allonge au presbytère, avec une cheminée, pour vous retirer, si vous voulez avoir un endroit, de manière que votre curé ne soit pas obligé de vous recevoir 10. . . "

C'est probablement pour prévenir un désordre semblable à ce qui était arrivé à Saint-Antoine, que Mgr Briand écrivait au P. Jean Deniers, Récollet, chargé de desservir les deux paroisses de Saint-Jean Deschaillons et Saint-Pierre les Becquets, mais résidant dans cette dernière paroisse :

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