‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 148 sur 220 · I. Archiv. du Canada, Recensement des Trois-Rivières · texte numérisé non relu

I. Archiv. du Canada, Recensement des Trois-Rivières

petite ville des Trois-Rivières nous donne autant d'ouvrage et de sollicitude que tout le reste du diocèse. " Et il ajoutait, en s'adressant aux marguilliers : " Nous en voyons la cause : c'est qu'il n'y a entre vous aucune union, ni charité, mais jalousie, envie, antipathie, enflammée encore par l'amour propre et l'orgueil. Quand sera-ce donc que je vous trouverai de vrais chrétiens et de vrais enfants de Jésus-Christ fait enfant pour nous instruire et nous sauver2?"

C'est même à leur occasion qu'il avait inventé le mot " marguillage ", pour exprimer l'abus d'une excellente chose : l'œuvre des marguilliers. Quoi de plus noble, de plus important, de plus nécessaire même que cette œuvre et ce travail : l'administration des biens de l'église, de la maison de Dieu? Les marguilliers sont les délégués des paroissiens, de tous ceux qui ont contribué à former le trésor matériel d'une église, pour gérer, avec le curé, représentant de l'évêque, ce trésor et ces biens. Le curé est le premier marguillier, sans doute; mais les marguilliers ont aussi leur mot à dire, et un mot très important, quelquefois même nécessaire, quand il s'agit de l'emploi des biens de l'église et des dépenses à faire.

Seulement, il ne faut pas qu'ils aillent au delà de leurs attributions et se mêlent de ce qui ne les regarde pas, la nomination, par exemple, et le changement des curés, comme le faisaient, paraît-il, ceux des Trois-Rivières :

" M'ôterez-vous le droit de changer les curés, lorsque je le croirai nécessaire? leur écrit un jour Msr Briand. Mes plus grandes peines, ajoute le Prélat, viennent d'où je n'attendais que de la consolation, du maintien et du secours ; car les Anglais eux-mêmes, juges à paix, bailli f s, le Général luimême, me renvoient toutes les affaires ecclésiastiques ; et les catholiques me rejettent, me contrarient de tous les côtés,

2. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. IV des lettres, p. 440, lettre de Mgr Briand à M. Paradis, par laquelle il veut répondre aussi à MAI. Leclair, Prat, et Badeaux, 27 déc. 1773.

non-seulement dans les campagnes, mais aussi dans les villes, où naturellement il devrait y avoir plus d'éducation et de christianisme 3. "

Il s'agissait surtout du Père Couturier, qui desservait la paroisse des Trois-Rivières, et que l'Evêque voulait envoyer à Bécancour, mais qui s'obstinait à rester aux Trois-Rivières, malgré son Commissaire et malgré l'Evêque, soutenu par les marguilliers :

" J'ai cru vous faire plaisir en vous offrant la cure de Bécancour, lui écrit M^ Briand : c'est un bel endroit, et à portée de la ville ; et vous vous refusez d'y aller. . . Vous mériteriez un interdit général pour tout le diocèse. Vous oubliez le grand devoir de la subordination. . . Je ne vous parle point des mauvais propos que vous avez tenus, ni des menées que vous avez faites pour engager le peuple à la résistance, au lieu de le porter à l'obéissance. . . "

Le Prélat lui renouvela ses reproches pendant la visite et l'engagea fortement à se soumettre à sa décision. Le religieux se soumit en apparence, et suivant l'expression de l'Evêque, " fit bien des aveux hypocrites et simulés " ; mais après la visite il lui écrivit une lettre remplie d'impertinences :

" Je ne vous dirai pas, lui répond le Prélat, le jugement que je porte de votre lettre, mais voici la décision que j'en tire: je vous retire le confessionnal des religieuses et l'administration de la paroisse. Vous serez supérieur de votre maison: ce n'est pas mon affaire. Par grâce, je ne vous défend pas de confesser, avec les pouvoirs ordinaires, mais je ne veux pas même que mon grand vicaire vous en communique d'extraordinaires. . .

" Croyez-moi, mon Père, ajoute-t-il, allez droit, ne vous

3. Ibid., Reg. III, p. 599, lettre aux marguiliers des Trois-Rivières, 11 août 1769.

écartez point des règles de l'Eglise, si vous voulez travailler dans mon diocèse. J'aime les bons prêtres ; mais les indociles à leurs supérieurs, les acéphales, les gens qui ne respectent aucune règle, aucuns Canons de l'Eglise, et qui agissent à leur tête, ne seront jamais en faveur auprès de moi. "

Couturier finit par se décider à aller à Bécancour, mais non sans avoir reçu une troisième lettre de l'Evêque :

"Je vous aime, lui écrivait le Prélat, et c'est ce qui me fait vous avertir de vous conduire sagement. Je sais que vous cherchez à exciter du trouble : vous en serez la victime. Obéissez à votre supérieur, et vous n'en serez que mieux. Je vous placerai le moins mal qu'il sera possible; autrement vous resterez au couvent. Voilà un conseil d'ami. Toutes les représentations seront inutiles et retomberont sur vous.

" Mes prédécesseurs n'ont jamais regardé la cure des Trois-Rivières comme appartenant aux Récollets, et on ne la donnait au Supérieur que par décence 4. "

Couturier alla à Bécancour, et la paroisse de l' Immaculée- Conception des Trois-Rivières continua à être desservie par les Récollets jusqu'en 1777, qu'elle commença à avoir pour curé un prêtre séculier. Le premier fut Nicolas Maillou.

Le premier épisode de ce que Mgr Briand appelait " le règne du marguillage " aux Trois-Rivières était terminé : il y en eut plusieurs autres, dont nous aurons occasion de parler en leur temps.

M*1- Briand, arrivé le 2 juin aux Trois-Rivières, n'en partit que le 7, voulant faire non seulement la visite de la paroisse, mais aussi celle des Ursulines, dont M. Saint-Onge était le

4. Ibid., lettres de Mgr Briand au P. Nicolas Couturier, p. 395, 411, 595; I/67» 13 août 1768; 11 juillet 1769.

chapelain et le supérieur ecclésiastique. Ceux qui ont lu notre précédent volume savent que le pieux Prélat, n'étant encore que secrétaire de Msr de Pontbriand, avait passé avec lui une partie de l'année 1753, pendant qu'il était occupé à relever de ses ruines le monastère incendié l'année précédente 5. Il s'était attaché à cette maison, il aimait ces excellentes religieuses qu'il avait eu occasion de voir de si près, et dont il appréciait le mérite. Quelle ne fut donc pas sa douleur d'apprendre que la plupart s'étaient compromises dans les troubles de la ville dont nous venons de parler ! La supérieure seule avait montré de la prudence et de la discrétion, mais n'avait pas été écoutée 6. La visite canonique de l'Evêque elle-même eut peu d'effet, comme nous le voyons par la lettre qu'il écrivait à la supérieure le 11 septembre de l'année suivante :

" Il m'a fallu consulter le Seigneur, dit-il, sacrifier mon mécontentement et me rappeler tous mes anciens sentiments pour votre maison, avant de consentir à la profession de la sceur Lefebvre, dont vous me faites l'éloge. J'ai été fort indigné contre plusieurs de vos sœurs, qui se sont mêlées dans les brouilleries de votre ville. Il est fort étonnant que des filles qui n'ont d'autre support que l'Eglise, et qui (à moins qu'elles ne veuillent apostasier) devraient s'en rapporter, même aveuglément, dans ce temps-ci, à leur supérieur ecclésiastique, regimbent, et parlent dans des circonstances où le bon sens devrait les arrêter, si la religion n'est pas assez forte chez elles pour les soumettre à l'ordre.

" Je suis content de la conduite que vous avez tenue. Je pardonne encore, mais je m'aperçois que les divisions continuent toujours et depuis longtemps. Il serait peut-être mieux de prévenir que d'attendre les scandales. Je me détermine à

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