‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 149 sur 220 · Les Ursulines des Trois-Rivières, t. I, p · texte numérisé non relu

Les Ursulines des Trois-Rivières, t. I, p

ne pas devancer la Providence: nous regarderons les occasions comme une déclaration de sa volonté. "

Des Trois-Rivières, Mgr Briand traversa à la côte sud, et visita successivement Nicolet, la Baie-du-Febvre, Saint- François, Bécancour, Yamaska, Sorel, l'Ile du Pads, Saint- Ours, Saint-Denis, Saint-Antoine, Saint-Charles, Chambly et Saint- Joseph, puis traversa à Montréal, où il était le 16 juin.

Nicolet avait alors pour curé M. Louis-Marie Brassard, très digne prêtre, natif de Québec, renommé par son hospitalité, par son patriotisme vraiment canadien, et l'un de ceux qui en 1775 se montrèrent les plus dociles à la voix de leur évêque. Il desservait aussi la Baie-du-Febvre ou Baie-Saint- Antoine: cette paroisse n'eut un curé résidant qu'en 1786. M. Brassard était à Nicolet depuis 1750, et y resta jusqu'à sa mort, arrivée en 1800.

L'église de Nicolet que Msr Briand visita en 1768 était la deuxième église qui y avait été construite : elle datait de 1 734, et c'est le chanoine Thierry Hazeur, alors grand pénitencier du Chapitre de Québec, qui en avait posé la première pierre. Elle avait remplacé une pauvre chapelle en " bois rond ", couverte de chaume, qui datait de 1700, semblable à tant d'autres qui avaient excité la pitié de M^ de Saint- Vallier, dans ses courses apostoliques, et dont il dit : M La pauvreté où je les vis m'affligea sensiblement." Toutes pauvres qu'elles étaient, cependant, ces chapelles couvertes de paille attestaient la foi, la bonne volonté, l'esprit essentiellement religieux de nos pères.

L'église de Nicolet de 1734 fut remplacée elle-même en 1784 par une nouvelle église, qui fut bénite solennellement

par le grand vicaire Saint-Onge le 23 juin, et dont la première pierre avait été posée trois ans auparavant, le 17 juillet 1781.

La Baie-du-Febvre n'avait pas de curé résidant, mais elle avait son église, et dans cette église, comme partout ailleurs, des bancs, qui furent pour M. Brassard l'occasion d'une difficulté assez grave; et cette difficulté elle-même, le sujet d'une lettre de Mgr Briand, que nous croyons devoir citer ici comme document historique. Elle était adressée au grand vicaire Saint-Onge, et datée du 28 janvier 1768, quelques mois par conséquent avant la visite pastorale de l'Evêque :

" Je vous prie, écrivait le Prélat, de me mettre au fait d'une affaire jugée par M. Métrai, juge à paix, à l'occasion d'un banc que demande Durocher dans l'église de la Baie Saint-Antoine. Ce monsieur écrit à Son Excellence que le curé n'a pas voulu se soumettre au jugement, qu'il a refusé les sacrements à Durocher, l'a excommunié, et menacé de ne plus dire la messe à la Baie, qu'on a mis et remis le banc par force. Il marque qu'il vous a parlé pour finir cette affaire. Il a renvoyé les pièces, c'est-à-dire le contrat et la sentence, que j'ai en mains.

" Sur quoi je pense que M. Brassard a eu tort de ne pas suivre le prononcé, fût-il le plus injuste. C'est un forfait d'aller contre une sentence, qui mérite châtiment en Angleterre, et par tous les pays. On a la voie d'appel; mais en attendant, les choses tiennent état. Un curé n'a point droit de punir que par l'ordre du Supérieur, duement intimé. . .

" Quoi qu'il en soit, vous devez ordonner que la sentence de M. Métrai soit exécutée par provision, et que tout demeure en paix, jusqu'à ce que vous m'ayez informé plus clairement. Apaisez le dit Métrai, et faites-lui connaître que j'ai parlé à M. le Général, qui s'en rapporte à moi, et qu'il n'y a point à craindre qu'on retombe en pareille faute 7. "

Page 1