‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 155 sur 220 · Lettre du 20 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du 20 janvier

attenante au presbytère, que le bon curé avait construite avec ses économies, l'aide de ses paroissiens, et celle du Séminaire dont il faisait partie ! Les classes, commencées en 1765 dans cette maison, s'y continuèrent jusqu'en 1773, alors que collège et pensionnat — car il y avait un pensionnat — furent transférés à Montréal au Château Yaudreuil, toujours sous la direction de M. Curatteau, qui résigna pour cela son bénéfice de la Longue-Pointe: si grand était son dévouement à la belle œuvre de l'éducation de la jeunesse !

Voulons-nous avoir une idée' du dévouement de ce digne prêtre et de ses succès comme éducateur des jeunes gens : voici ce qu'écrivait en France, en 1770, un citoyen de Montréal 10 qui lui avait confié l'instruction de son fils :

" Il y a eu trois ans le premier du présent mois de juin 1770 que M. Curatteau, qui tient un collège de latin à une heure et demie de notre ville, s'est bien voulu charger de l'éducation de mon petit garçon. Il lui enseigne le latin avec un soin et des peines toutes particulières, ainsi qu'à tous les autres, sans cependant négliger la moindre chose de ses devoirs envers une cure assez considérable dont il est chargé. Je ne saurais trop vous en faire de louanges.

" J'ajouterai seulement que cet excellent homme est regardé parmi nous comme le père de la jeunesse, la colonne de l'éducation, l'exemple de la patience, le modèle de la vertu . . . Les Anglais même y ont fait attention, et quelquesuns, se dépouillant de leurs préjugés, lui ont confié l'éducation de leurs enfants u. "

10. Lettre de Jean Delisle de la Cailleterie à son père, Montréal, juin, 1770.

11. Le vieux presbytère de la Longue-Pointe, y compris l'annexe du collège, fut démoli en 1856. Pour en rappeler le souvenir, le digne curé actuel, Mgr Le Pailleur, a eu l'heureuse idée d'ériger, dans l'automne de 1915, sur remplacement de cet ancien édifice, une superbe statue du Christ, en marbre de Carrare: nouvel ornement au site, déjà si admirable, de Saint-François d'Assise de la Longue-Pointe, en face de Saint- Antoine de Padoue de Longueuil.

Msr Briand encouragea de son mieux le collège naissant de M. Curatteau, origine du grand collège de Montréal d'aujourd'hui. M. Montgolfier lui écrit un jour:

" M. Curatteau est bien reconnaissant de la bonté et de l'attention de Votre Grandeur à fournir son collège de régents. . . "

On faisait au collège de M. Curatteau ses premières classes, et on allait terminer ses études à Québec :

" Il y a beaucoup d'écoliers de Montréal, lui écrit-il, qui n'attendent qu'une bonne occasion pour descendre continuer leurs études à Québec. . . "

Et plus tard, dans l'automne de 1 775 :

" Les écoliers sont empêchés par les troubles de descendre chez vous 12. . . "

Mgr Briand arriva aux Trois-Rivières le 8 août, et n'en repartit que le lendemain pour aller coucher à Sainte-Anne de la Pérade chez le curé Louis-Michel Guay, bon Canadien natif de Lévis, ordonné prêtre en 1749 par Mgr de Pontbriand.

De Sainte-Anne, le Prélat se rendit le lendemain à la Pointe-aux-Trembles de Neuville, où il passa la nuit, et arriva à Québec le 1 1 août.

Ecrivant quelque temps après aux Dames de Pontbriand, visitandines à Rennes :

" J'ai fini, disait-il, la visite de tout mon diocèse. J'ai érigé huit paroisses nouvelles, permis à trois ou quatre qui commencent, de bâtir de petites chapelles.

" La colonie, depuis la fin de la guerre, se multiplie considérablement.

" J'ai fait la visite de mes sept communautés religieuses.

12. Lettres de M. Montgolfier à Mgr Briand, 11 nov. 1767, 17 et 25 septembre 1775.

" Ma santé a été un peu dérangée. Je suis mieux à présent, depuis environ quinze jours.

" Cette année, je ne sortirai pas. J'aurai d'autres occupations non moins essentielles. Plaise au Seigneur de m'aider à bien faire ce qu'il exige de moi ! Je vous prie, mesdames, de m'obtenir cette grâce 13. "

Page 1