Lettre du 28 déc
par se résoudre à le faire. Nous trouvons, du moins, dans les archives, à la date du 22 août 1768, et revêtu de sa signature, un document intitulé : " Prétentions de l'Evêque de Québec sur les Séminaires de son diocèse : " en voici la teneur :
" Ces Séminaires ne sont plus sujets à aucuns Supérieurs d'Ordre qui puissent veiller, ni avoir la moindre juridiction sur eux, le gouvernement anglais ayant défendu et anéanti tout rapport avec les maisons établies à Paris, desquelles ils dépendaient et auxquelles ils étaient obligés de rendre compte. Il est donc évident qu'ils rentrent dans le droit commun, et qu'ils doivent dépendre de l'Evêque de Québec, qu'ils doivent recevoir de lui une nouvelle forme d'existence, conformément à l'adresse présentée par le Chapitre de Québec et par les peuples de cette Province qui sont entrés dans les vues du dit Chapitre.
" L'Evêque, conséquemment, doit être regardé comme devant ériger de nouveau les Séminaires, et, en leur conservant leurs biens et possessions et administration d'iceux et d'icelles, leur donner de nouvelles règles et constitutions sous son autorité et sa juridiction. Et de là, il a droit de veiller i° à l'exécution et l'observation des dites règles et constitutions ; 20 rien de considérable ne doit se faire sans son autorisation.
" Le Supérieur élu ne peut avoir de droit, jusqu'à ce qu'il ait été, je ne dis pas béni, mais confirmé. Il lui devrait être libre d'assister à ces élections, sans y donner sa voix, et sans pouvoir y faire aucune contrainte aux électeurs. Il conviendrait au moins qu'on le priât d'y assister, ou qu'on l'avertît qu'on va faire ces élections, de façon cependant qu'elles fussent valides sans sa présence, mais non sans la confirmation. Il ne pourrait pourtant refuser aucun sujet élu sans en expliquer les raisons qu'il en aurait, lesquelles raisons seraient expliquées dans le Conseil, de façon que si elles
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étaient trouvées suffisantes pour exclure le sujet, on pût et fût obligé de procéder à une nouvelle élection.
" L'Evêque sera toujours censé Président partout où il se trouvera, et il pourra se trouver partout. . .
" On aura des égards pour les sujets offerts et recommandés par l'Evêque, quant à l'application des pensions, de façon cependant que l'Evêque ne prétendra recommander un plus grand nombre que le Séminaire, mais pourra refuser, sans en donner de raisons, ceux qu'il ne croira pas propres à l'état ecclésiastique, le Séminaire se conservant le droit d'en choisir d'autres. Mais dans ce cas le Séminaire ne serait pas obligé à recevoir dans la pension les dits écoliers refusés, à moins qu'ils ne payassent la pension entière, et qu'ils ne s'y comportassent selon les règles, (signé) J.-Ol., Ev. de Québec "». "
Quel était le but de Mgr Briand en adressant ce document à ses Séminaires? Leur imposer ses vues? Nous ne le croyons pas et n'avons rien trouvé qui le prouve. L'auteur de l'histoire manuscrite du Séminaire de Québec n'en dit pas un mot. Il voulait tout simplement, suivant nous, arriver à une entente, qui assurât les droits de l'Evêque, tout en sauvegardant l'autonomie de ces institutions si bienfaisantes et si nécessaires à son Eglise.
Pour ce qui regarde le Séminaire de Québec, les vieux directeurs qui à diverses reprises manifestèrent quelques dissentiments avec Msr Briand, les Récher, les Jacrau, les Boiret disparurent les uns après les autres : M. Gravé, seul, lui survécut plusieurs années 12 ; et nous savons la haute opinion que le Prélat avait de sa piété et de sa vertu. Quoiqu'il fût arrivé au Séminaire longtemps après les Bernières,
il. Copie d'après l'original conservé à l'archevêché de Québec, cartable Sém. de Québec, No. i, 22 août 1768.
12. Arrivé au Canada en 1754, et agrégé de suite au séminaire de Québec, il y mourut en 1802 à l'âge de 71 ans et huit mois.
les Maizerets et les Glandelet, il semblait avoir hérité de leur esprit, de leur trempe de caractère. Lui et son ami De Villars étaient les représentants de la tradition. Villars était retourné aux Missions-Etrangères : lui restait, à la fois craint et vénéré. Nul ne s'y entendait mieux que lui en affaires, nul ne possédait mieux la connaissance des hommes et des choses.
M. Faillon nous apprend à ce sujet un détail que nous aimons à consigner ici, en terminant ce chapitre. Durant le séjour qu'il fit à Montréal après le siège et la prise de Québec, M. Gravé avait été prié par M. Montgolfier de remplir les fonctions de chapelain à l'Hôpital-Général de Mme d'Youville. Il eut donc occasion de connaître de près cette vénérable servante de Dieu : et voici le témoignage qu'il rendait de sa vertu : ,
" Cette digne institutrice, écrivait-il, cette mère si tendrement aimée, dont le mérite était si fort au-dessus du commun, était une nouvelle Chantai. Car je ne crains pas de l'y comparer ; et, en lisant la vie de celle-là, on n'a, en mille endroits, qu'à changer le nom, pour se rappeler Mme d'Youville. Puisse-t-elle, ajoutait-il, avoir pour moi, auprès de Dieu, le même bon cœur qu'elle avait pendant sa vie ! Mais, hélas ! à présent qu'elle me connaît mieux, peut-être ne m'aime-t-elle plus 13. "
On a appelé la vénérable Marie de l'Incarnation " la Thérèse de la Nouvelle-France " : M. Gravé, qui a bien connu Mme d'Youville. ne craint pas de l'appeler " la Sainte Chantai de la Nouvelle-France " : cette appellation est aussi juste que l'autre, et elle restera au crédit de ce vénérable directeur et jusqu'à quatre fois supérieur du Séminaire de Québec.