‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 167 sur 220 · Lettre de · texte numérisé non relu

Lettre de

bien de la colonie, parce que je pensais que le gouvernement, sans blesser ses intérêts ni sa religion, le pouvait faire, et donner cette satisfaction à un peuple dont vous connaissez la docilité et la soumission, et lui laisser ce secours dont il a tiré jusqu'ici de grands avantages pour l'éducation de ses enfants, soit pour le clergé, soit pour les autres différents états de la société. Ce fut cette seule vue, lorsque j'étais à Londres, qui me fit demander à la Cour leur conservation avec tant d'instance. C'est par le même motif qu'après avoir expliqué bien au long mes sentiments sur ce sujet à Votre Excellence, j'osai l'année dernière présenter à Sa Très- Gracieuse Majesté George III, notre Souverain, une requête tendante à la même fin.

" Mais quelle a été ma surprise et ma douleur, lorsque j'ai appris que non seulement on détruisait les Jésuites, mais qu'on enlevait à l'Eglise leurs Biens mêmes consacrés à Dieu et à la religion, et qui étaient les seuls fonds qui restaient de ceux qui ci -devant étaient destinés à l'éducation de la jeunesse et à l'entretien du Collège, auquel le Roi de France donnait de plus 25,000 francs!

" Je pensais, mon cher Général, que ces Biens devaient naturellement être attribués au Séminaire. . . A ma prière, et plus encore pour les motifs de religion et les avantages de ?a société, il s'est chargé du collège en 1764. Vous l'avez approuvé, autorisé, encouragé par les prix mêmes que vous avez voulu donner aux écoliers. . . N'était-il pas naturel qu'on attribuât au Séminaire des Biens qui appartenaient au Collège tenu par les Pères Jésuites, dès qu'on ne veut plus qu'ils subsistent? . . .

" La gestion des Biens des Jésuites ne donnerait peutêtre pas quatre cents pièces à M. Amherst, que le Royaume peut gratifier par mille autres manières plus lucratives. . .

" On pourrait en donner une grande partie au Séminaire, et en considération du collège, et en considération de l'Evêque

qu'il doit nourrir et entretenir, et, s'il plaisait à Sa Majesté, quelque partie aux hôpitaux, qui sont très pauvres et hors d'état de soulager les misérables. . . "

Ni le Séminaire, ni l'Evêque, ni les Hôpitaux, que nous sachions, n'eurent de part aux Biens des Jésuites. Une partie en fut réservée; et le règlement définitif de ces Biens par la Cour de Rome a eu lieu de nos jours, grâce aux bonnes dispositions du gouvernement de Québec. Nous nous rappelons encore les nobles paroles que Mgr d'Hulst adressait à ce sujet, en 1891, à M. Mercier, alors premier ministre, à une séance de l'Université catholique de Paris, dont il était le Recteur :

" Il y a longtemps que nous n'avions vu des ministres catholiques comme vous, des ministres qui, voyant dans le trésor public des sommes qui n'appartiennent pas à l'Etat, ne veulent pas les laisser là, mais ont la naïveté de les rendre à leurs véritables possesseurs, ces possesseurs et ces propriétaires fussent-ils des Jésuites 1T. "

Il n'entre nullement dans le cadre de cet ouvrage de faire l'histoire des Biens des Jésuites. Nous voulions dire seulement avec quel soin et quelle vigilance Msr Briand se conduisit à leur égard.

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