MONSEIGNEUR BRIAND ET LES ACADIENS
LE Chapitre de Québec, dans la nomination qu'il avait faite en 1760 de plusieurs grands vicaires pour les différentes parties du diocèse, n'avait pas oublié l'Acadie: il avait renouvelé à l'ancien grand vicaire, M. Maillard, ses pouvoirs. Du reste, il n'avait pas de choix à faire : M. Maillard était là le seul ecclésiastique survivant aux révolutions de ce malheureux pays : tous les autres étaient partis, fuyant devant la persécution des colons anglais fanatiques, venant surtout de la Nouvelle- Angleterre. En 1749, Msr de Pontbriand ayant risqué d'y envoyer un missionnaire, M. Brassard, celui-ci se présenta devant le Conseil de Port-Royal pour demander l'autorisation voulue, et reçut immédiatement l'ordre de quitter la Province. M. Maillard, seul, avait été toléré à Halifax, parce qu'on avait besoin de lui pour contenir les Micmacs, restés fidèles de cœur à la France, et les empêcher de terroriser les nouveaux maîtres du pays. Le gouvernement avait tellement besoin de lui qu'il lui payait une pension de deux cents louis sterling \ Il va sans dire que les Acadiens profitaient du ministère de ce bon missionnaire. Il mourut au mois d'août 1762, sous le fort de Halifax. Tout est extraordinaire dans la carrière de ce saint prêtre, sa mort même, puisqu'il n'eut pour l'assister " pendant sa maladie, du moins pour ses besoins corporels ", qu'un mi-
1. Journal des J'isites pastorales de Mgr Plessis, Québec, 1903, p. 52.
nistre anglican, M. Wood. Ce détail nous est donné par l'abbé de l' Ile-Dieu dans une lettre à Mgr Briand 2. Il va sans dire qu'il refusa les secours spirituels offerts par ce ministre : " Il lui fit une réponse digne d'un prêtre catholique, écrit Mgr Plessis, et mourut sans sacrements, mais plein de confiance en la bonté de Dieu qu'il avait fidèlement servi .
Maillard ne laissait en mourant que quelques effets mobiliers, qu'il léguait à son domestique, et un bon nombre d'excellents livres dont l'abbé de l'Ile-Dieu aurait bien voulu faire bénéficier Mgr Briand et son séminaire. Nous ne savons s'il réussit à les leur faire parvenir. Mais, à cette occasion, l'abbé de l'Ile-Dieu nous apprend un détail qui nous fait voir la sollicitude de Msr Briand pour son clergé, et le désir qu'il avait d'avoir des prêtres studieux, instruits, faisant honneur à l'Eglise:
" Je ne puis vous dissimuler, écrivait-il à l'Evêque, la joie que m'a causée et l'édification que m'a donnée l'offre que vous avez faite à votre clergé de leur procurer les livres dont ils manquent. Voilà bien les moyens de vous les attacher, et je vous avoue, monseigneur, que je voudrais bien que la Providence me fournît les moyens de lui procurer tous les secours dont il a besoin. "
Le libraire de Paris qui fournissait à Msr Briand des livres pour son clergé était un M. de La Tour; et sa facture, pour la seule année 1767, se montait à 2,805 francs.
M. Maillard n'avait de parents, en France, qu'un vieux frère infirme, et ce vieillard était " dans un extrême besoin ". L'abbé de l'Ile-Dieu l'assista de son mieux, et paya deux mille francs de dettes qu'avait contractées pour lui le bon missionnaire.
2. Archiv. de l'Ev. de Q., lettre de l'abbé de l'Ile-Dieu à Mgr Briand, 18 fév. 1767.