‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 170 sur 220 · Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. C · texte numérisé non relu

Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. C

lors de la première ordination de Mgr Briand, le 6 juillet 1766, il fut ordonné prêtre dans la chapelle du Séminaire le 10 mai de l'année suivante, à l'âge de 26 ans et demi. C'était un ecclésiastique pieux. Employé au Séminaire jusqu'à son départ pour les missions de l'Acadie, il n'avait jamais manifesté aucune de ces idées échevelées en matière d'éducation dont il fit preuve plus tard. Les lettres qu'il adressa de ses missions à Mgr Briand respirent un zèle apostolique :

" Ma mission, écrit-il en 1769, a plus de cinq cents lieues de tour. Tout l'hiver, j'ai été en voyage, et je me suis bien trouvé de la raquette, qui n'est pas à beaucoup près aussi difficile qu'on se l'imagine. Ce qui m'a le plus fait souffrir, c'est la pluie continuelle des mois de janvier et de février. Dans le bois, couché sur une neige fondante, et à l'abri de quelques méchantes écorces, jugez de ma situation, mille fois heureuse, si, tandis que je ne pouvais avoir de feu pour réchauffer mon corps tout mouillé, j'eusse ressenti que mon cœur brûlait du feu de l'amour divin. Je crains et je tremble de ne pas correspondre à toutes les grâces que le Seigneur me fait. . . La carrière que j'ai à parcourir est grande, et le champ que j'ai à défricher est vaste. Hélas! que de sueurs et de travaux! Que de larmes secrètes ne suis-je pas forcé de verser souvent sans avoir personne qui puisse les essuyer! Que d'anxiétés, de doutes, sans avoir personne à qui m'ouvrir et qui puisse me rassurer ! Telle est ma situation. . . "

S'il avait besoin de consolation pour lui-même, qui pourrait dire toutes celles qu'il apporta à tant de bonnes familles acadiennes, qui n'avaient peut-être pas vu de prêtre depuis dix, quinze et vingt ans? Figurons-nous le contentement de ces bonnes gens, lorsqu'ils purent épancher leur âme dans le sein de ce zélé missionnaire, et lui dire leurs fautes pour en recevoir le pardon; leur piété et leur ferveur en assistant à la sainte messe, en recevant la sainte Eucharistie, les uns pour la première fois, d'autres au bout de tant d'années. M.

Bailly tâchait de rester trois ou quatre semaines dans chaque village, au milieu de chaque groupe de familles qu'il avait pu réunir, et ne quittait point ces bons Acadiens sans choisir parmi eux quelque personne de confiance qui pût le remplacer, après son départ, pour la prière publique, le dimanche, pour les baptêmes, et en général pour bien des choses qui ne requièrent pas les ordres sacrés. Puis il revenait à Halifax.

C'est là spécialement, en effet, qu'il avait été envoyé par Msr Briand, à la demande du gouverneur de la Nouvelle- Ecosse, qui le faisait venir, comme autrefois M. Maillard, dans un but intéressé, pour maintenir dans l'ordre les Micmacs, ennemis invétérés des Anglais. Il avait été parfaitement accueilli par ce gouverneur, mais ne tarda pas à s'apercevoir que sa présence à Halifax portait ombrage aux sectaires et aux ministres protestants, qui lui créèrent bien des ennuis. Ajoutons qu'il avait peut-être eu tort de se laisser accompagner en Acadie par un de ses frères, qui faisait un commerce lucratif, dans lequel on soupçonna qu'il avait quelque part : c'est un détail que nous donne le P. Labrosse dans une lettre que nous citerons tout-à-1'heure. Il ne tarda pas de prier Mgr Briand de le rappeler à Québec, où il revint en effet en 1772.

D'après lui, le meilleur pied-à-terre pour un missionnaire était dans la Baie-des-Chaleurs : de là, disait-il, ce prêtre pourrait, en habit séculier, et en usant de beaucoup de prudence, parcourir les différents postes de l'Acadie et secourir les Français et les sauvages de cette partie du diocèse. Il fit part de ce plan à l'Evêque, qui le goûta et se décida à envoyer dans cette mission le Père Labrosse.

Les pouvoirs donnés à ce bon Père Jésuite sont du 1 1 avril 1770:

" Xous vous donnons par ces présentes le pouvoir de desservir les habitants de Rimouski, de l'Ile- Verte et de Cacouna, et généralement tous les catholiques établis depuis

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Cacouna et au-dessous jusqu'à l'Acadie, l'Ile Saint-Jean et l'Ile-Royale, et faire toutes les fonctions sacrées dans ces différents endroits. "

Pour l'Acadie, l'Ile Saint-Jean et l'Ile-Royale, l'Evêque lui ajoutait des facultés extraordinaires, et en général, disaitil, " tous les pouvoirs nécessaires pour remplir votre ministère selon les vues que je vous ai communiquées de vive voix 9 ".

Le P. Labrosse était curé de Saint-Laurent, île d'Orléans, lorsqu'il reçut ces pouvoirs ; et il partit pour sa mission dans le cours de l'automne. Au lieu d'aller dans les missions de la côte nord, qu'on lui avait d'abord destinées, il partait pour celles de la côte sud, sans renoncer pourtant aux autres, où il alla plus tard, et où ce grand apôtre finit même sa carrière. Nous avons de lui une lettre à Msr Briand, datée " de la mission de Bonaventure ", remplie de détails qui nous semblent offrir le plus vif intérêt:

" Grâce à Dieu et à la bénédiction de Votre Grandeur, dit-il, je me suis rendu ici sans aucune indisposition. . . Je n'ai eu aucun retardement que celui que m'a causé un vent contraire de sept jours, qui, me retenant à Rimouski, m'a mis à portée d'y faire faire les pâques à tous ceux qui ont voulu les faire. De là, je suis heureusement arrivé en quatre jours à Bonaventure, où j'ai fixé mon hivernement, parce que ce poste, plus peuplé que les autres, est au centre de ceux de la Baie des Chaleurs, qui sont de la province de Québec.

" Avant de me mettre en hivernement, quoique la saison fût avancée, j'ai fait quelques excursions jusqu'à Ristigouche, chez les sauvages Micmacs. Leur ancienne église et

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