Ephes., V
9. Luc, I, 79. — Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. C, p. 308 vo, mandement du 4 sept. 1780.
C'est pour des raisons analogues — très graves désordres d'impureté et d'intempérance — que, dès 1759, n'étant encore que grand vicaire, notre pieux Prélat avait aboli la messe de minuit dans la ville, non à la campagne. La célébration de cette messe était encore interdite en 1776. Il aurait voulu la rétablir, " mais de grands inconvénients, disait-il, subsistent encore ". On le pria de laisser célébrer, du moins, la messe de l'aurore, à six heures du matin : ce qu'il permit volontiers : " La grand'messe pontificale, dit-il, sera retardée d'une demiheure, et le sermon aura lieu l'après-midi. "
La visite pastorale du diocèse était pour Mgr Briand l'occasion de donner à chaque paroisse non seulement les avis généraux qui peuvent convenir à toutes, mais beaucoup de recommandations particulières; et il en était de même pour les curés, à qui il répétait de vive voix ce qu'il leur avait déjà écrit, ou qu'il préparait à ce qu'il devait leur écrire. Voulonsnous avoir une idée de ces recommandations, toujours marquées au coin de la plus grande sagesse? voici, par exemple, celles qu'il adresse à un de ses curés, quelques mois après la visite :
" Je serais bien satisfait si vous pouviez ramener vos peuples de leurs préventions et de leur malice plus que payenne. Les payens aimaient leurs prêtres et les révéraient. . . Vous pourriez réussir par la patience, la prière et une grande douceur. Les Apôtres étaient des agneaux envoyés par le Sauveur parmi les loups, et ils en ont fait des brebis. Ainsi, souffrez, priez, aimez les âmes qui vous sont confiées, ayez pitié des pécheurs, considérez ceux qui vous affligent comme moins coupables, parce qu'ils sont plus ignorants, et qu'ils sentent moins les motifs que nous avons
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d'être à Dieu ; sans mollesse soyons portés à leur pardonner, comme nous voulons que Dieu nous pardonne. Certainement ils se convertiront, au moins un grand nombre, surtout si nous joignons la prière. Offrir son bréviaire, faire mémoire des plus obstinés, à la sainte messe, les offrir à Dieu au mémento, se les rappeler dans son action de grâces : ce sont des moyens que doivent employer tous les jours les vrais pasteurs des âmes. Je ne passe guère de jours, mon cher curé, que je ne prie pour mes prêtres. Vous y avez une grande part; vous en êtes, je le crois, persuadé, si vous me regardez toujours comme un de vos anciens amis, comme je le suis en effet. "
Qui n'admirerait cette condescendance de Mgr Briand à rappeler à ses subordonnés qu'il a été leur ami, leur confrère, le confident de leurs pensées, leur hôte, peut-être, avant d'être leur évêque?
" Evitez les invectives dans vos sermons, ajoute-t-il à ce bon curé. Parlez davantage des beautés de la vertu que de la laideur du vice. Ce n'est pas toujours le mieux de combattre de front les vices et les abus, mais il est bon de prendre des détours. Il est mieux que les pécheurs se disent qu'ils sont pécheurs, que si nous le leur disons nous-mêmes, ou leur donnons occasion de penser que nous les croyons tels 10. "
Voici maintenant son voisin, avec qui il est en chicane. Msr Briand commence par lui faire l'éloge de celui à qui il vient d'adresser une remontrance :
" Il est bon, dit-il, chrétien, généreux, charitable ; s'il a des défauts, qui n'en a pas? il n'a pas celui d'être intéressé: je le connais depuis trente-deux ans. . . " Il l'exhorte à se réconcilier avec lui; puis il ajoute:
" Souvenez-vous que mon intention est qu'aucun curé ne
10. Lettre du 22 fév. 1772 au curé Parent, de la Rivière-Quelle.
passe un mois sans se confesser. Si je n'ai pas encore parlé sur cet article, j'attends le moment; et je suis dans la résolution de veiller de plus près sur ce cas. Vous êtes obligé sous peine de péché mortel de vous confesser à Pâques : ce précepte ecclésiastique souffre une épikie, mais Dieu la mesure. Mon cher fils, tous les bons curés ne laissent point passer la quinzaine sans se confesser. Faites attention aux décisions de votre évêque et de votre vieux Père en Dieu ". . . "
Et maintenant voyons les avis qu'il donne à son ami Porlier, qui en a déjà reçu tant d'autres, et qu'il voudrait voir de plus en plus parfait:
" Je désire que vous ne paraissiez hors de votre maison qu'en habit ecclésiastique : vous en seriez plus respecté. C'est l'esprit de l'Eglise : les Canons l'ordonnent : et même dans la maison il faudrait être au moins en robe de chambre, et non pas en mantelet.
" Je sais que votre santé n'est pas forte ; mais je voudrais que, si en conscience on peut se dispenser du maigre, on évitât les scandales des faibles. . . Je ne sais que penser des pénitences, si on se dispense facilement des préceptes de l'Eglise.
" Vous êtes peut-être étonné de cet avis. Cependant il y a longtemps que je sais que les peuples sont scandalisés sur cet article, et cela par tout le diocèse, tantôt par forme de plaintes, tantôt par raillerie, tantôt par indignation, trouvant des tables trop bien servies, les jours maigres et de jeûne. Soyez à Dieu, réveillez la grâce de votre ordination, rappelez-vous les premières années de ferveur, ne recherchez point à devenir riche, qu'en vertus, en bonnes œuvres. Si vous aimez Jésus-Christ et les âmes, vous en avez un grand nombre, et point trop de temps pour les bien soigner. Songez qu'il faudra un jour, mon cher abbé, rendre compte et d'elles
il. Lettre de mai 1774.
et des talents que Dieu vous avait donnés pour le ministère. N'étiez-vous pas fait, si vous aviez voulu, pour être un exemple à tout votre canton, et la forme des autres ecclésiastiques? Vous êtes l'ancien 12. . . "
Et à un autre il disait :
" Les curés trop riches ne sont souvent ni les plus fervents ni les plus ecclésiastiques. Je pense que nous en valons mieux, quand nous avons de quoi vivre honnêtement, sans superflu, que les prêtres, aussi bien que les autres, n'emploient pas toujours selon les règles du christianisme, bien moins encore suivant les Canons et la doctrine des saints Pères 1S. "
Et il pouvait sans honte, et en toute humilité, se donner comme exemple:
" Il n'y a pas de curé dans le diocèse, écrit-il un jour, qui ne soit plus riche que moi. . . Je n'ai pas même un secrétaire. Celui que j'avais à demi, il me le faut céder aujourd'hui pour enseigner les ecclésiastiques. J'ai porté bien des soutanes retournées ; je n'ai pas un morceau de pain, ni un coup de vin à présenter à un ami. Je suis bien heureux qu'on me donne ma subsistance au Séminaire 14. . . "