DEUXIÈME VISITE PASTORALE DU DIOCÈSE
Dans son mandement pour sa deuxième visite pastorale du diocèse, qu'il publia au printemps de 1771, M*1" Briand n'avait annoncé son absence que jusqu'au 19 juillet, remettant aux années suivantes à continuer cette visite. Il prévoyait en effet qu'une foule d'affaires allaient l'occuper tout le reste de l'année. Le ciel était chargé de nuages; de toutes parts lui arrivaient de mauvaises nouvelles, comme si la Providence, en lui envoyant mille occasions d'exercer son énergie, sa fermeté, sa patience, voulait l'aguerrir contre l'agitation qu'allait soulever bientôt dans notre pays la vague de l'Indépendance américaine.
Ici, c'est un curé qu'il veut, pour de bonnes raisons, changer de paroisse, et qui s'obstine à rester là où il est, malgré l'Evêque :
" Faudra-t-il un procès ? lui écrit le Prélat. Vous êtes le premier, et le seul, jusqu'ici, à le vouloir. Je ne serai pas fâché de me mesurer avec vous. . ., et de vous perdre entièrement, et pour toujours. Je pars pour mes visites; attendez mon retour pour poursuivre vos droits *...."
Par amour pour la paix, il le laissa encore deux ans dans sa paroisse ; et lorsqu'il y passa en visite pastorale, il nomma un autre curé à sa place.
Ailleurs, c'est une paroisse où l'on organise des courses,
1. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. IV des lettres, p. 225, lettre du 13 juin 1771.
le dimanche, " au grand scandale, dit l'Evêque, de nos frères séparés, chez lesquels ces sortes de courses sont défendues le dimanche ". Suivant les conseils du Prélat, le curé s'élève fortement contre ce désordre : à l'encontre du curé, le marguillier en charge, à la fois syndic et juge de paix, traite publiquement le sermon de " folie de prêtre ", et suivant l'expression de Mgr Briand, " vomit des paroles outrageantes contre le clergé 2 ". L'Evêque exige qu'il se démette de sa charge de marguillier et de syndic : ce qu'il exécute ; et on élit un autre marguillier à sa place. Il exige de plus qu'il demande pardon, publiquement, à la porte de l'église, des paroles outrageantes qu'il a prononcées contre le curé et le clergé en général : et sur son refus, " il l'abandonne à la justice de Dieu, défendant à tout prêtre, curé et religieux, de l'admettre à aucun sacrement ". Il donne à cet effet une lettre pastorale qui doit être lue en chaire dans l'église de la paroisse et celles des paroisses voisines 3. Les curés voisins interviennent, et obtiennent que le Prélat se contente d'une réparation par écrit de la part du coupable.
Hélas ! la même paroisse est bientôt témoin d'un autre scandale, encore plus grand. Deux personnes liées par un empêchement dont l'Evêque lui-même n'a pas le pouvoir de dispenser, ont l'impiété de se marier quand même, contre les règles de l'Eglise, et aux applaudissements de leurs parents et de leurs amis. Un simulacre d'autel s'élève dans leur maison, et un individu qui s'improvise grand'prêtre — ses concitoyens l'appelèrent le pape, et le nom lui resta — singe les cérémonies de l'Eglise catholique, reçoit leur consentement de mariage et les proclame bien et duement mariés. L'Evêque, instruit de cet attentat, les déclare " excommuniés, sortis de l'Eglise ", et non seulement eux, " mais aussi