‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 195 sur 220 · Ibid., p. 465 à · texte numérisé non relu

Ibid., p. 465 à

sert à la fois la sienne, le Cap Saint-Ignace, Saint-Jean Port-Joli et l'Ile-aux-Grues. Si restreint est le nombre des prêtres au Canada! Mgr Briand, cependant, ne se décourage pas : partout, dans sa visite, il recommande à ses diocésains de prier Dieu pour qu'il suscite des vocations; puis il se sert contre le vice et les désordres, des armes spirituelles que l'Eglise met à sa disposition: les avertissements, les menaces d'excommunication, l'excommunication elle-même, quand il le faut ; et il exhorte les curés à le soutenir, et à travailler de concert avec lui pour sauver les peuples : écrivant à l'un d'eux, par exemple, Jean-Baptiste Gatien, curé de Lotbinière :

" Vous voyez, dit-il, de quelle manière nous prenons la défense des curés, et avec quel zèle et application nous soutenons la gloire de Dieu et l'autorité de l'Eglise. Nous espérons que vous nous seconderez. Nous vous avons confié cette portion de notre troupeau, ayez-en un soin particulier. Nous les aimons véritablement en Notre-Seigneur ces pauvres peuples, et nous voudrions, au prix de notre vie, les sauver.

" Tels doivent être vos sentiments. Mais il ne suffit pas qu'ils soient sur les lèvres, il faut qu'ils soient dans le cœur, et que de là ils passent en œuvre. Ainsi, mon cher Gatien, redoublez vos soins, ne soyez occupé nuit et jour que du salut de vos enfants : c'est l'esprit et la conduite de Dieu à notre égard. De nocte consargens, dit-il par son prophète. Nous récitons tous les jours dans notre bréviaire ce que doit faire un bon curé, et quelle est sa destination : c'est par la bouche de votre patron et du mien que l'oracle a été prononcé : Ad dandam scientiam saint is plebi ejus, in remissionem peccatorum eorum. Instruisez, catéchisez, reprenez, exhortez, administrez, mon cher Jean-Baptiste; souvenezvous de cette vérité qui nous est annoncée à nous autres prêtres : Vœ mihi, si non evangelisavero, nécessitas enim mihi incnmbit. C'est à ce ministère que le Seigneur vous a appelé et que votre salut est attaché. "

Nous avons insinué quelque part, dans un chapitre précédent, que les Canadiens d'aujourd'hui valent probablement mieux que leurs pères. Mais à qui le devons-nous, sinon aux Briand, aux Gatien, aux Bedard, aux Sarault, aux Dufrost de la Gemmerais, et tant d'autres bons curés d'autrefois qui travaillèrent avec un zèle et une énergie indomptables à réformer leurs peuples, lesquels, suivant l'expression même de Msr Briand, avaient été affreusement " dérangés dans leurs mœurs " par les malheurs de la guerre, de la Conquête et de ses conséquences.

Ce que nous avons cité tout à l'heure d'une lettre de Msr Briand à M. Gatien était écrit à l'occasion du presbytère que les habitants de sa paroisse devaient lui construire, et dont la construction était indéfiniment retardée par la mauvaise volonté d'un certain nombre:

" J'ai tous les papiers qui concernent la bâtisse du presbytère, lui écrit de nouveau l'Evêque. Je vous les renvoie. Si je ne connaissais toute la malice d'un habitant lorsqu'il a pris un travers, je serais étonné de la fureur avec laquelle on se déchaîne contre un ouvrage qui a tant de rapport à la justice et à la religion.

" Croiriez- vous que tous ces gens-là qui me sont venus trouver, dans leur fureur impie n'ont pas craint de me présenter une requête dans laquelle ils me supplient de vous retirer, qu'ils aiment mieux ne point avoir de curé, et qu'ils feront eux-mêmes l'office ! A-t-on jamais vu rien de pareil?. . . S'il n'était pas si tard, j'eusse envoyé un commissaire examinateur, ou j'y eusse été moi-même. Je verrai à ma visite l'année prochaine ce qui en sera. En attendant, les mutins demeureront sous la malédiction et privés des sacrements: j'entends ceux qui m'ont présenté la requête5. . . "

Même indocilité dans une autre paroisse, de la part de

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