‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 197 sur 220 · Ibid., p. 307, lettre à M. Saint-Germain, 3 avril · texte numérisé non relu

Ibid., p. 307, lettre à M. Saint-Germain, 3 avril

raie du diocèse, au printemps de 1772, Mgr Briand voulut faire la visite canonique de ses communautés religieuses. Celle des Ursulines commença le 26 mars et dura jusqu'au 3 avril. En la terminant, il leur adressa d'encourageantes paroles :

" Vous n'avez point perdu, leur dit-il, l'ancien esprit de la maison, qui a toujours été la bonne odeur de Jésus-Christ dans cette colonie, et vous continuez d'être une communauté digne de la vénération, de l'estime et de toute l'affection d'un Evêque 8. "

Il partit de Québec le dimanche 24 mai, et se rendit le soir à Saint-Nicolas, pour y faire sa visite pastorale le lendemain. Il était accompagné, comme l'année précédente, du Père Lefranc, de M. Pressait et de M. Hubert. De Saint- Nicolas, il alla à Saint-Antoine, puis à Sainte-Croix, puis à Lotbinière, où il était le 28. Le soir du 28, il se rendit à Saint-Jean Deschaillons, et le lendemain à Saint-Pierre les Becquets. C'est encore le Père Demers, récollet, qui desservait ces deux paroisses, et un autre Père Récollet desservait aussi Saint-Nicolas.

" Le soir du 29, disait l' Evêque dans son mandement, passant à Gentilly pour marquer la place de l'église, nous nous rendrons à Bécancour, où nous ferons la visite le 30.

Bécancour avait pour curé le Père récollet Couturier, qui desservait autrefois Trois-Rivières. De Bécancour, le Prélat traversa à Champlain, où il était le dimanche 31 mai. Le soir, il se rendit à Batiscan, puis à Sainte-Geneviève, où il fit sa visite le Ier juin. Batiscan et Sainte-Geneviève étaient desservis par le même prêtre, M. Lefebvre, qui eut pour successeur le futur evêque Panet.

Notre Prélat était à Sainte-Anne le 2 juin au matin, le

8. Ibid., p. 343, lettre aux Ursulines de Q., après sa visite, 3 avril 1772.

soir aux Grondines, et le lendemain à Deschambault, où le bon curé Ménage était encore en parfaite santé, mais n'avait plus que quelques mois à vivre. Il mourut en effet le 12 janvier 1773; et Mgr Briand écrivait à cette occasion à l'un de ses missionnaires.

" M. Ménage, qui vient de mourir à 89 ans, a desservi jusqu'à cinq jours avant sa mort 9. . . "

Le 4 juin au matin, il était au Cap-Santé, le soir aux Ecureuils, le lendemain à la Pointe-aux-Trembles, le 6 juin à Saint-Augustin, et retournait le soir même à Québec.

La première partie de son programme pour 1772 était complétée. Il allait passer un peu plus d'un mois dans sa ville épiscopale, et repartir le 20 juillet pour n'y plus revenir cette année.

Dans la liste des paroisses qu'il venait de parcourir, nous ne voyons ni Saint-Henri, ni la Beauce, où il était allé en 1767 . Il y avait dans ces endroits de grandes difficultés par rapport aux sites des églises à bâtir, et il voulait y faire luimême une visite spéciale en temps opportun. A Saint-Henri, surtout, il y avait un de ces Français pleins de morgue et de bagout, qui en imposent aux ignorants par un certain vernis d'éducation et une grande facilité de langage: il faisait l'esprit fort, et empêchait les habitants de s'entendre pour la construction des édifices religieux. Nous verrons dans un prochain volume que l'Evêque n'eut pas de peine à le faire descendre du piédestal où il s'était installé grâce à la complaisance trop facile de nos bons Canadiens, toujours portés à admirer les étrangers.

Dans la Beauce, il n'y avait qu'un missionnaire, M. Verreau, pour les trois paroisses qui commençaient : Sainte- Marie, Saint-Joseph, et Saint-François d'Assise. Il faisait

9. Ibid., p. 363, lettre au P. Simple Bocquet, miss, à Détroit, 24 avril T773-

sa résidence ordinaire à Saint-Joseph, et allait dire la messe de temps en temps aux deux autres paroisses. Ceux de Saint-François lui faisaient tant de misères que l'Evêque les priva de ce bienfait, mais le leur rendit bientôt, à la sollicitation de leur seigneur, M. de Léry :

" La conduite des habitants de Saint-François de Beauce, écrit-il à M. Verreau, mériterait sûrement mon indignation. 11 m'en a coûté pour la calmer; et si je n'avais pas pour M. et Madame de Léry autant de considération et de respect, je vous aurais défendu d'avoir aucun soin de leurs âmes et de recevoir leurs dîmes. Mais je n'ai pu résister à leurs sollicitations, d'autant plus qu'ils m'ont assuré que tous les habitants de leur seigneurie n'approuvaient pas les idées et les menées de deux ou trois mutins, qui ont répandu qu'ils s'adresseraient à M Carleton, lorsqu'il serait arrivé; qu'ils n'étaient pas obligés à la dîme, que vous ne la gagniez pas, que c'était vous qui ne vouliez pas aller chez eux, que leurs enfants ne savaient pas un mot de catéchisme, et qu'ils avaient eu peur de vous comme du diable lorsqu'une fois vous allâtes à Saint-François, et qu'ils s'enfuirent de frayeur dans le bois. . . "

On le voit, Msr Briand savait faire indirectement la leçon aux curés, comme il la faisait aux paroissiens. Il continue :

" Qu'ils examinent entre eux s'ils veulent continuer d'être les enfants de l'Eglise et de Jésus-Christ, ou apostasier. S'ils veulent apostasier, je ne m'embarrasserai ni d'eux ni de leur salut. S'ils veulent continuer d'être les enfants de l'Eglise, qu'ils obéissent donc et s'en rapportent à moi. . . C'est à moi à pourvoir à tout, et à tout arranger pour la gloire de Dieu et le salut des fidèles de tout le diocèse. Cette poignée de gens fait plus de bruit et de menaces que tout le diocèse ensemble.

" Quoi qu'il en soit, je lève, en considération seulement de M. et de Madame de Léry, la défense que je vous avais faite

d'aller chez eux dire la messe. Vous irez seulement une fois par mois, sur la semaine, pour confesser les vieillards, nourrices et femmes enceintes, et pour instruire les enfants, mais ils continueront d'être de la paroisse de Saint-Joseph pour toutes les choses de la religion, jusqu'à ce que j'aie été chez eux moi-même marquer et bénir l'endroit de l'église et du cimetière: ce que je ferai peut-être dans dix-huit ou vingt mois, c'est-à-dire en 1774, soit dans l'hiver si le pont prend, et que mes affaires le permettent, soit dans l'été si les chemins sont beaux. Mais jusque-là, que l'on ne me tracasse point: autrement, ils ne seront pas préférés à bien d'autres peuples qui méritent aussi de la considération et des soins, et qui demandent des curés. Alors, lorsque je mettrai un second curé à la Beauce, je réglerai quand ils auront la messe le dimanche, et cela, ayant égard à leur nombre et à celui de la paroisse Saint-Joseph.

" Voilà, monsieur, ce que vous lirez à tous les habitants assemblés, et vous leur ferez connaître de quelle importance il est pour eux de se conformer à mes idées. Sans quoi, cette présente faveur serait de nul effet, et nous verrions qui l'emporterait d'eux ou de moi auprès de M. Carleton 10. "

La lettre était très claire. Eh bien, au bout de quelques mois, étant encore à Montréal, où il resta après sa visite, il recevait des habitants de Saint-François une requête demandant que la place de l'église fût changée. Il se contenta de leur répondre :

" Je vous répète que je ne réglerai rien que dans ma prochaine visite ". "

Nous avons vu qu'il avait réglé, dans son mandement pour la visite pastorale, qu'en partant de Saint-Pierre les Bec-

10. Ibid., p. 319, lettre à M. Verreau, à la Beauce, 24 avril 1772.

11. Ibid., p. 361, lettre aux habitants de la seigneurie de M. de Léry, 14 janvier 1773.

quets, il " passerait à Gentilly pour marquer la place de l'église ". Comme partout ailleurs, les habitants de Gentilly étaient divisés à ce sujet, mais ils finirent par s'entendre sur l'endroit marqué par le Prélat : il leur écrit de Québec, où il vient d'arriver après neuf mois de séjour à Montréal :

" Nous ne saurions assez vous louer de votre zèle et de votre religieux empressement pour élever au Seigneur un temple où vous puissiez vous réunir pour lui rendre les hommages qui lui sont dus. . . Notre joie a été des plus vives quand nous avons appris que vous étiez dans les mêmes sentiments sur la place de cette église, et que toute division sur ce point était cessée. . . Nous vous exhortons à persévérer dans ces saintes dispositions, et à veiller que le démon de la discorde ne s'introduise point parmi vous. . .

" Quant à saint Olivier, que vous désignez pour être votre patron, il y a déjà une paroisse érigée sous son invocation: je vous exhorterais à prendre un autre patron, du nombre de ceux qui ne le sont point encore dans ce pays, par exemple, saint Philippe, qui est un des noms de mon coadjuteur. . . Entendez-vous, au reste, avec M. de Léry, et choisissez de concert avec lui 12. Je me ferai un plaisir d'entrer dans vos vues

L'année suivante, le Prélat écrivait à M. Saint-Onge, grand vicaire aux Trois-Rivières :

" J'ai donné Gentilly au Père Théodore, que je crois un bon sujet et que vous trouverez, je pense, soumis et obéissant. J'espère qu'il viendra à bout de faire bâtir et le presbytère de Bécancour et l'église de Gentilly 14. " ^

12. Nous croyons qu'on finit par choisir saint Edouard. Il y avait déjà un saint Philippe, du côté de Montréal.

13. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. C, p. 279 vo, lettre aux habit, de Gentilly, 31 mai 1773.

14. Ibid., Reg. IV des lettres, p. 451, lettre à M. Saint-Onge, 18 janv. I774-

h EGLISE DU CANADA

Soumis et obéissant: voilà ce que Msr Briand ne cessait de redire à son clergé, persuadé de la grande vérité de cette parole de saint Jérôme : " La perfection ne demande pas des personnes insensibles, mais des personnes soumises 15. "

15. Cité par M. Tronson, dans sa Correspondance, t. II, p. 195.

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