CHAPITRE XXXIII
DEUXIÈME VISITE PASTORALE DU DIOCÈSE {\J'J2') (suite)
Mgr Briand avait séparé en deux étapes sa visite pastorale de 1772. Après avoir terminé la première partie, il revint à Québec, où il passa cinq ou six semaines avant de reprendre sa course apostolique. Son but n'était pas seulement de se reposer un peu de ses fatigues, mais aussi de s'entendre avec le gouverneur Cramahé, qui allait partir de son côté pour sa " tournée " annuelle dans nos campagnes, et de l'entretenir dans ses bonnes dispositions à l'égard des Canadiens.
C'est un fait remarquable que les gouverneurs anglais qui eurent le bon esprit de chercher à connaître par eux-mêmes le peuple canadien, sa religion, ses institutions et ses mœurs, furent en conséquence de leur impartialité même chéris et obéis au delà de leurs espérances. Carleton aimait à tel point les habitants de nos campagnes, qu'il se rendait au milieu de nos bourgades catholiques pour voir de plus près ce peuple dont il voulait être le père et l'ami. Le village de Saint- François du Sud, qu'il honorait ainsi un jour de sa présence, ne trouvant pas de salle assez vaste pour les populations qui accouraient de toutes parts vers ce bon gouverneur, fit la réception sous un pavillon champêtre orné de sapins, dressé en face de l'église paroissiale.
Cramahé ne nous était pas moins sympathique que Carleton : il aimait à voir les habitants chez eux, et à se rendre compte par lui-même de leur état, de leurs travaux, de leurs
besoins, de leurs sentiments, afin de corriger les faux rapports que l'on faisait souvent contre eux à la Cour, et de dire de nous, au contraire, tout le bien qu'il pouvait. Sa correspondance fait foi de ses bonnes dispositions à notre égard :
"Les Canadiens sont tranquilles, écrit-il à Hillsborough. . . 11 n'est pas vrai que, s'attendant à la guerre, ils se soient conduits avec insolence. . . Ils désirent vivement qu'un gouvernement favorable soit définitivement établi dans leur pays, et ils ont confiance dans la bonté du Roi. "
Faisant allusion à l'Acte de Québec que Carleton espérait faire passer au Parlement de Londres, et qu'attendaient les Canadiens avec tant d'anxiété :
" S'il y a des plaintes, au Canada, écrit encore Cramahé à Hillsborough, cela ne peut venir que de l'incertitude où l'on est par rapport au maintien des lois françaises et à l'emploi de la langue française. . . Les Canadiens français n'ont pas de mauvaises intentions \ "
Mër Briand tenait à entretenir ces bonnes dispositions du gouverneur à notre égard. Aussi ne s'était-il pas fait prier pour accéder à la demande qu'il lui avait faite d'écrire à tous les curés, afin qu'ils missent en garde leurs paroissiens contre un piège qu'on pouvait essayer de leur tendre :
" Son Excellence notre Lieutenant Gouverneur, leur écrit le Prélat, souhaite que vous avertissiez vos habitants de ne point donner retraite aux soldats déserteurs ni d'acheter leurs habillements. Il ne lui serait pas possible d'exempter de la sévérité des lois ceux qui tomberaient en contravention 2. "
Mgr Briand vit plusieurs fois le gouverneur avant son départ pour sa tournée annuelle, et ce qu'il lui dit de nos pa-