Mand. des Ev. de Q., t. II, p
roisses ne put que lui faire une impression favorable. Aussi Cramahé écrivait-il à Darmouth l'année suivante :
" Dans ma dernière tournée, j'ai trouvé partout les populations prospères. Le seul moyen sûr de gagner l'affection des Canadiens, ajoutait-il, c'est de leur accorder toute la liberté possible dans l'exercice de leur religion. A mesure que mourront les vieux prêtres, la Province se créera un clergé canadien ; mais pour cela il faut quelqu'un qui exerce les fonctions épiscopales, et la nomination d'un Coadjuteur évitera à l'Evêque la nécessité de traverser les mers pour se faire consacrer 3. . . "
Ne croirait-on pas entendre Mgr Briand lui-même exposer ses vues à la Cour? C'est-à-dire que le pieux et habile Prélat ayant su gagner la confiance parfaite du gouverneur par sa loyauté et ses bons procédés, avait aussi réussi à lui faire partager ses sentiments pour le bon gouvernement de notre Eglise canadienne.
Après avoir pris quelques semaines de repos dans sa ville épiscopale, il repartit le 20 juillet pour la visite de ses paroisses, et se rendit tout droit à Nicolet chez le bon curé Brassard. M. Brassard, comme nous l'avons déjà vu, desservait aussi la Baie du Febvre, paroisse distincte, mais qui n'avait pas encore de curé résidant. L'Evêque fit la visite de Nicolet le matin du 21 juillet, et le soir celle de la Baie du Febvre, puis le lendemain le 22, celle de Saint-François, où il y avait deux Pères Jésuites, le P. Maquet et le P. Germain, l'un pour la paroisse canadienne, l'autre pour la mission des Abénaquis.
Le 23, il était à Yamaska, le 24 à Sorel, le 25 à Saint-
3. Archiv. du Canada. Papiers d'Etat, Q. 9, lettre du 22 juin 1773.
Ours, le dimanche 26 à Saint-Denis, le 27 à Saint-Antoine, le 28 à Saint-Charles, d'où il se rendit le s©ir à Belœil. Cette paroisse était desservie par le curé de Saint-Charles, Mathieu Camin-La-Taille, qui lui avait fait donner pour titulaire le saint évangéliste Mathieu, dont il portait le nom. Elle recevait la visite de l'Evêque pour la première fois. MÊr Briand y mit un curé résidant l'année suivante, M. Demeulle, qu'il ordonna le 4 avril 1773 dans l'église paroissiale de Montréal.
M. Demeulle était un des seize ou dix-sept élèves qui terminèrent leur cours classique en 1769 au Séminaire de Québec. Le " petit collège " de Mgr Briand commençait à porter ses fruits. Les années se suivent et ne se ressemblent pas: celle de 1769 était exceptionnelle par rapport à celles qui l'avaient précédée; mais l'année 1773 la surpassa, puisqu'elle vit dix-neuf élèves terminer leur études au Séminaire de Québec 4. Parmi ceux qui achevèrent leur cours classique en même temps que Demeulle figurent Louis de Salaberry, père du héros de Chateauguay, et Joseph Papineau, de Montréal, père du célèbre patriote canadien, et grand patriote lui-même. Avec Demeulle se firent prêtres Brassard-Deschenaux, Jean Lefebvre, Louis Payet, Antoine Foucher, Joseph Compain, François Noiseux 5, Augustin-David Hubert et Joseph Racine. Ainsi commençait à se réaliser la parole de Cramahé: " A mesure que mourront les vieux prêtres, la Province se créera un clergé canadien."
Msr Briand estimait beaucoup M. Demeulle 6. Le curé de Varennes, M. Morand, étant malade, il l'avait ordonné pour le lui donner comme vicaire : écrivant de Montréal aux habitants de Varennes :
4. Catalogue des officiers et des élèves du Sém. de Québec, 1848, p. 22.
5. L'auteur de la Liste chronologique des Evêques et des Prêtres. . . du Canada, publiée en 1833.