Lettre du io mars 1775. p. ,-.-n
église, sous prétexte qu'il la regardait comme sa cathédrale, et qu'eux ne voulaient la rebâtir que comme église simplement paroissiale. A l'occasion de son entrée solennelle, Msr Briand voulut faire aux citoyens de sa ville épiscopale un plaisir digne de son grand cœur. Leur église n'avait encore qu'une cloche d'emprunt, que leur avait généreusement fournie la fabrique de Charlesbourg. Le Prélat s'entendit avec îe marguiilier en charge, M. LeCompte-Dupré, et le pria d'en faire venir une d'Europe, lui recommandant le plus grand secret, car il voulait causer une surprise. En attendant l'arrivée de la cloche, M. Dupré fit consolider le clocher : le curé de Charlesbourg, M. Morisseau, celui de Saint-Charles, M. Sarault, et celui de Sainte-Foy, M. Borel, avaient bien voulu lui fournir tout le bois nécessaire. La cloche arriva à Québec dès le commencement de septembre, et fut immédiatement placée dans le bas de la cathédrale: elle pesait 2255 livres. Quelques marguilliers l'y ayant vue — ils étaient douze; leurs noms sont dans les archives — eurent le courage d'adresser au marguiilier en charge une protestation contre l'achat de cette cloche ; mais à leur grande confusion, il y eut immédiatement une contre-protestation, signée par une centaine de citoyens de la ville. A leur plus grande confusion, encore, fut lu en chaire le dimanche suivant un magnifique mandement de Msr Briand, daté du premier octobre, et adressé " aux citoyens de la ville de Québec ", dans lequel il leur disait qu'il leur faisait présent de cette cloche, " voulant leur donner des preuves de la vraie et tendre affection dont il n'avait pas cessé un moment, malgré les difficultés, d'être pénétré pour eux tous. "
La bénédiction de la cloche eut lieu le jeudi suivant. C'est Msr Desglis, oncle du marguiilier en charge, qui présida la cérémonie. La cloche " fut nommée Louise par M. Montgolfier, vicaire général du diocèse, et Demoiselle de Léry. représentant madame sa mère " ; et le 9 octobre suivant, les
marguilliers réunis en assemblée décidèrent d'aller remercier Monseigneur du magnifique présent qu'il leur avait fait 7.
En faisant, en 1774, comme nous l'avons vu plus haut, la revue du passé, l'appréciation des résultats obtenus, le tableau de l'état de son Eglise, après les huit premières années de son administration, il semble que le pieux Prélat voulait marquer comme une étape, une date de repère, dans sa carrière épiscopale. Pressentait-il la tempête qui allait éclater et s'abattre sur son Eglise, et les luttes d'un nouveau genre qu'il allait avoir à soutenir, d'un bout à l'autre de son immense diocèse? Le souffle pestilentiel de l'Indépendance américaine commençait déjà à se faire sentir au Canada et à remuer les esprits. Le Prélat était préparé à faire face à l'orage.
7. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. C. — Archiv. paroissiales de N. D. de Québec.
Fin
Abénaquis, les sauvages, 137, 258, 373.
Abercrombie, le juge, 39, 42.
Acadie et Acadiens, 6, 46, 258, 306, 308-321, 323, 330, 392.