CHAPITRE III
rapports de m. bri and avec le clergé, avant d'être évêque
Nous avons cité, au chapitre précédent, une lettre de M. Briand à M. Perreault, grand vicaire des Trois- Rivières, au sujet des prières ordonnées pour le Roi et la famille Royale. Il avait confié cette lettre, datée du 22 février 1762 l, à un voyageur qui se rendait de Québec à Montréal :
" Le porteur de cette lettre, disait-il, va vous percer le cœur de douleur. Il porte l'alarme à Montréal. En vérité, en l'adorant avec soumission, reconnaissons que Dieu appesantit terriblement sa main sur nous. Avouerons-nous enfin que nous étions bien coupables, et oserons-nous encore, sous de vains et frivoles prétextes, excuser une conduite assez condamnée par l'esprit de l'Evangile? Vous les savez ces crimes qui régnaient, et dont on faisait peu de cas. Je ne parle pas des grands désordres. Je parle de la vanité 2, de T amour des richesses, père de l'injustice, des bals, de la profanation des saints jours, du défaut de religion, etc, poussés à l'excès dans cette colonie. "
Quel était ce voyageur, à qui M. Briand avait confié cette
1. Juste la date de la visite au manoir de Saint-Jean Port-Joli, de M. de Saint-Luc, l'un des sept survivants du fameux naufrage de l'Auguste, visite racontée par M. de Gaspé dans ses Anciens Canadiens, p. 263, édition de 1863.
2. " On ne connaît ni grands, ni petits, tous se portent au luxe, à la vanité, avec une ambition des plus grandes." (Les Ursulines de Québec, t. III, p. 163).
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lettre, et quelles mauvaises nouvelles allait-il porter à Montréal? La chose n'est pas dite dans la dépêche de M. Briand à M. Perreault; mais nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que le porteur de cette lettre n'était autre que M. de LaCorne de Saint-Luc 3, qui, un des sept passagers réchappes du fameux naufrage de Y Auguste, sur les côtes du Cap-Breton 4, s'en allait porter à Montréal la triste nouvelle de ce désastre, qui plongeait dans le deuil tant de familles canadiennes 5, dont les parents et amis, profitant de la faculté que leur donnait la Capitulation, avaient opté pour la France, et s'étaient embarqués sur le seul vaisseau qu'on avait mis à leur disposition 6. M. Briand, qui voyait en toutes choses la main de la Providence, regardait les malheurs qui depuis tant d'années s'appesantissaient sur la colonie comme des châtiments de la mauvaise conduite de beaucoup de Canadiens : non pas qu'il regardât comme méchants, et les ayant mérités, toutes les victimes des malheurs qui arrivaient ; mais souvent, dans ces circonstances, les bons paient pour les méchants : qn<e non rapid, tune exsolvebam 7. Nous est avis que M. de Saint-Luc n'était pas loin de penser comme lui : écrivant un jour de Paris à ses amis du Canada — M. Briand était alors évêque — :
" Surtout, disait-il, soyez d'accord avec votre Prélat, qui est éclairé par les grâces de son état, vous verrez que tout ira bien. Vous ne devez faire qu'un corps et une. âme, et suivre aveuglément l'avis de votre premier pasteur 8. . . "
3. Louis-Luc de La Corne de Saint-Luc, frère de Joseph-Marie, Doyen du Chapitre de Québec.
4. Le 16 novembre 1761. Le navire avait quitté Québec le 15 octobre.
5. Il périt 114 personnes dans le naufrage de Y Auguste. {Les Ursulines de Q., t. III, p. 142).
6. " Plusieurs familles passaient en France dans l'unique but d'y établir convenablement leurs jeunes filles, sans danger pour la foi. " (Ibid., P- 53)-