‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 33 sur 220 · Lettre du 5 nov · texte numérisé non relu

Lettre du 5 nov

anglais et protestant, ou quelque personnage important de ses amis, et de les mettre dans leurs intérêts, pour forcer la main de M. Briand et obtenir plus sûrement ce qu'ils voulaient. Un de ces curés avait ainsi obtenu une paroisse, à la sollicitation de M. Abercrombie, et maintenant il n'avait plus que des déboires dans cette cure. Il avait du zèle, mais un zèle qui n'était pas toujours sage, ni éclairé. Il reçoit un jour une lettre de M. Cramahé, secrétaire du Gouverneur, qui le mande chez lui pour répondre à certaines plaintes des paroissiens. M. Murray ayant contribué à le faire placer, croyait avoir droit de demander des explications à son protégé. Au lieu de se rendre chez le Gouverneur, où il redoute d'être réprimandé, il lui écrit une lettre, mais une lettre très compromettante, que le Gouverneur s'empresse de communiquer à M. Briand: et celui-ci de venir charitablement au secours de ce prêtre:

" Vous n'avez pas sagement écrit à M. le Général. Vous avez passé les bornes de la prudence, au sujet de la famille que vous refusez 22. Avez-vous refusé de les entendre en confession? Vous avez mal fait, et je vous avais dit positivement de ne refuser personne et de recevoir tous ceux qui se présenteraient à vous; que vous pouviez leur proposer de s'adresser à d'autres, mais que s'ils persistaient, vous étiez obligé de les recevoir. Les aviez-vous entendus en confession, et leur aviez-vous refusé l'absolution? Vous ne deviez pas parler des raisons, ni même entrer en explication sur cet article : et vous mettez que ce n'est pas la seule raison, mais qu'il y en a bien d'autres à vous connues et que vous ne pouvez pas révéler. Voilà qui est mal; et Son Excellence l'a compris. Il dit que vous êtes un ignorant. J'ai fait mon

22. Une des filles de la maison vivait en concubinage avec un de ces soldats qu'on logeait un peu partout chez les habitants de la campagne. Le curé ne se contentait pas de " refuser " d'absoudre cette fille, mais toute la famille.

possible pour vous excuser, lui représentant que la crainte a pu vous troubler. Il a ajouté qu'il voyait bien que je connaissais mieux les sujets que lui, et qu'il était fâché de m'avoir engagé à vous donner cette cure, mais que c'était M. Abercrombie qui lui mandait que vous croyiez qu'elle vous était due, et que vous la demandiez.

" Vous sentez, monsieur, ce que je dois penser, et combien je dois adorer les desseins de Dieu, combien vous-même vous devez les craindre, et que tôt ou tard, quand on s'appuie sur un bras de chair, on en est puni du grand et redoutable Dieu.

" Humiliez-vous donc sous sa main, regrettez cette faute. Depuis que vous êtes dans cette paroisse, vous n'avez eu que de la peine, parce que le Bon Dieu n'a point eu de part à votre entrée 2S. "

Voilà quelques exemples des remarques désagréables que le vicaire capitulaire pouvait avoir à faire à des confrères. Quel courage ne lui fallait-il pas lorsqu'il avait à les adresser à des prêtres bien plus âgés que lui ! Voyons-le, par exemple, aux prises avec le vieux Ménage, curé de Deschambault, pour un mariage célébré dans les conditions les plus irrégulières et les plus insolites :

" S'il est vrai, lui écrit-il, que vous avez célébré ce mariage sans certificat de liberté de la part des grands vicaires, sans publication et sans dispense, comme M. Perreault me l'affirme, sans permission du curé de la fille, comme M. Saint- Onge m'en a assuré, vous devez sentir combien vous êtes blâmable.' Je vous avoue que j'ai eu toutes les peines du monde à me laisser persuader qu'un curé aussi respectable, et aussi ancien et en réputation comme vous dans ce diocèse, se fût oublié jusqu'au point de commettre des fautes aussi grossières contre les lois de l'Eglise et de l'Etat. Vous avez

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