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Lettre du 13 nov

APRES IvA CONQUETE 49

" Je suis charmé que M. X. se soit rapproché de vous. J'aurais eu peine à exécuter les menaces que je vous avais dit de lui faire de ma part.

" M. Murray est ennemi du crime 9, et je ne doutais point qu'il ne vous écrivît à votre goût. Ces sortes d'exhortations sont plus pathétiques que les nôtres vis-à-vis des habitants. . .

" Revenons au corps de votre lettre. Je me crois obligé d'en relever quelques phrases, dans lesquelles vous paraissez vous oublier, ou ne pas vous souvenir à qui vous écrivez :

" Ne pensez pas, dites-vous, que j'aie envie de poursuivre les assassinats ; vous entendes mal ma lettre, si vous l'interprétez ainsi.

" J'entends votre lettre, je la garde heureusement, et ma réponse, que vous n'entendez pas vous-même. Je vous avertis seulement que nous ne devons pas poursuivre. Il suffisait de répondre poliment que vous n'étiez pas dans le dessein de poursuivre.

"Que voulez-vous dire? pouvant cependant bien me passer de cette cure. Ne servons-nous l'Eglise que pour avoir

g. Beau témoignage en faveur de ce Gouverneur, qui semble, en effet, d'après les archives, avoir toujours été au Canada de mœurs irréprochables ! Sa femme était restée en Angleterre. Il lui écrivit nombre de fois pour la faire venir; mais elle resta sourde à ses appels. Nous avons de lui une de ces lettres, datée du 6 nov. 1763, où il l'exhorte à venir le rejoindre. Il lui vante les bienfaits d'un voyage en mer: " Every body knows a sea voyage is a remedy for nervous disorders, and certainly this is the most healthful climate under the sun. " Il fait miroiter à ses yeux le plaisir qu'elle aura de partager les honneurs de sa haute position : " Hère am I fixed Governor of an immense populous country- Had I the inclination (which really is not the case) to décline so great an honour, I should deservedly become the ridicule of mankind, and a disgrâce to every person connected with me. " Il lui indique la voie de New-York comme la préférable pour se rendre au Canada; mais quant à ses effets, qu'elle les envoie directement à Québec. Surtout, qu'elle n'oublie pas de se pourvoir de nombreuses et riches toilettes : " I need not tell you how necessary it will be to provide yourself with a large stock of magnificent cloths. The people of this country are very vain, love show, and will expect to see their Governor's Lady dressed as she ought to be. " (Archiv. du Canada, Série M. 898-B vol. I, p. 21). — Encore une fois, nous ne croyons pas que sa " Dear Délia" soit jamais venue au Canada.

du pain, comme un ouvrier mercenaire? Voulez-vous vous retirer chez vos parents, pour y vivre particulier, avec le simple pouvoir de célébrer? Voilà encore un étrange oubli. Pensez-vous être beaucoup nécessaire? Voulez-vous profiter de la disette des prêtres pour vous faire valoir? Si vous faites réflexion, vous vous blâmerez d'écrire ainsi à un supérieur. . .

" Vous terminez votre lettre par ces paroles : quoique un peu piqué, je ne puis uï empêcher de me dire avec un trèà profond respect. Ce mot piqué est-il respectueux? Voilà bien de la contradiction, mon cher monsieur. Je n'y suis pas sensible. Je pense que vous n'avez pas cru si mal écrire; vous ne trouverez rien dans la lettre à laquelle vous répondez, qui soit capable de vous piquer, ni de vous engager à écrire d'une manière si haute et si impérieuse.

" Vous avez encore plus mauvaise grâce de m'écrire ainsi, à moi, qui me suis employé pour vous rendre ce que vous êtes. Vous n'eussiez point été ordonné, si, à la sollicitation de madame votre mère, je n'eusse parlé à feu M5*- de Pontbriand, qui vous trouvait faible en science. Si vous êtes content dans votre vocation, je mérite votre reconnaissance, et par cet endroit-là seul vous devriez vous observer à mon égard 10. . . "

C'est ainsi que M. Briand se voyait obligé, à son grand regret, de traiter certains curés, qui, parce qu'il n'était pas évêque, prenaient à son égard des airs grossiers et indépendants, manquant même, quelquefois, au devoir, pourtant si naturel, de la reconnaissance.

Il n'eut généralement que des rapports très agréables avec ses confrères du Chapitre, à l'exception d'un seul, M. Gaillard. Ce chanoine desservait la paroisse de Lanoraie, dans le district de Montréal. La cure de Varennes étant vacante, il

io. Lettre du 2 fév. 1763.

lui prit envie de l'avoir. Il se présenta donc à l'assemblée du Chapitre du 6 octobre 1760 pour la demander:

" Je suis, dit-il, dans le dessein de me consacrer le reste de mes jours à la desserte des paroisses. . . Je supplie le Chapitre de seconder mon désir en me donnant des titres pour Sainte-Anne de Varennes, vacante depuis plusieurs années par le décès du sieur Ulric, son dernier et paisible possesseur n. Je demande toutefois l'an et jour d'option entre mon canonicat et la dite paroisse, suivant les règles du droit. "

Plein de suffisance, il allait même jusqu'à demander des lettres de grand vicaire : ce qui lui fut nettement refusé.

L'autre demande ne souriait guère, non plus, au Chapitre ; mais M. Briand, toujours enclin aux bons procédés, fit pencher la balance en sa faveur, et Ton décida d'expédier à M. Gaillard des lettres de fixation à la cure de Varennes.

M. Montgolfier était opposé à cette nomination. Ecrivant à M. Briand : " La paroisse de Varennes, disait-il, se trouve dans le district que le Chapitre m'a spécialement confié. " Il se plaignait beaucoup de la conduite de M. Gaillard à Lanoraie, l'accusant, entre autres choses, de célébrer des mariages " contre les règles " ; et il demandait à M. Briand " des règles de conduite, s'il arrivait que les choses fussent poussées plus avant 12 ".

M. Briand se décida alors à écrire à M. Gaillard, qui ne cessait de l'importuner pour avoir des lettres de grand vicaire : il s'efforce de lui inculquer cette science qui manque à bien du monde : la connaissance de soi-même :

" Je ne sais, lui dit-il, sur quel ton répondre à vos deux dernières lettres. Si je parle franchement et comme je pense, je vous dirai des vérités qui vous affligeront. Si je

11. Après M. Ulric, la paroisse avait été desservie par M. Petit- Maisonbasse, puis par M. de Lacoudraie, qui venait de mourir.

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