‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 44 sur 220 · Lettre de nov · texte numérisé non relu

Lettre de nov

Qui n'admirerait le bon accord qui existait, à cette période de notre histoire, entre tous ceux qui prenaient part à la conduite de notre Eglise: bon accord des chanoines entre eux, bon accord entre les grands vicaires, bon accord entre ceux-ci et le Chapitre ? Briand est l'âme de cette entente cordiale. Que de bien ne peut-on pas en attendre ! Que d'œuvres s'opéreront sous la conduite d'un tel Chef ! Il n'est pas encore évêque : nous ne nous occupons, pour le moment, que de son administration comme vicaire capitulaire: et déjà nous saluons dans le district de Québec la fondation d'un magnifique Couvent, qui fera dans nos paroisses un bien incalculable. Ce couvent est l'œuvre d'un curé admirable, M. Bedard, l'un des collaborateurs les plus zélés de M. Briand.

Et que d'autres curés pleins de zèle et d'attachement à leur devoir! Pour n'en citer que quelques-uns, voici Chevalier, curé de la Rivière-Ouelle, à qui Briand écrivait un jour:

"Je ne saurais trop louer votre zèle ; " puis, à propos de componende pour une dispense : " Vous ferez payer, dit-il, ce que vous jugerez à propos, et vous le garderez; je vous le donne en considération du soin que vous avez de votre famille. "

Voici Curot, curé du Cap Saint-Ignace : que de mérite n'at-il pas dans sa paroisse, où, comme nous le verrons, il rencontre tant de mauvaise volonté! Voici Truteau, curé de Kamouraska, dont le ministère s'étend jusqu'à l'Ile- Verte et au delà. Voici Noël, curé de Saint-Antoine, homme d'une piété admirable. Voici Brassard, curé de Nicolet, ce grand ami de l'éducation, qui léguera par testament le peu de bien qu'il aura à sa mort pour l'instruction des jeunes gens.

Et Dufrost de la Gemmerais, curé de Saint-Joseph de Lévis, Sarault, curé de Saint-Charles, quels admirables collaborateurs de Briand pour l'œuvre du saint ministère! C'est à Dufrost, de préférence à tout autre, qu'il confie les prêtres qui ont eu quelques défaillances:

" Vous vous prêterez de cœur à cette bonne œuvre, lui écrit-il un jour ; nous devons avoir plus de zèle que nous n'en avons pour les prêtres tombés 19. "

Il lui associe pour cette œuvre charitable le curé Sarault, l'homme sage et prudent par excellence. Il leur recommande à tous deux un jeune prêtre qu'il se voit obligé de retirer d'une paroisse pour le mettre dans une autre. Mais avant de lui confier cette cure, il veut qu'il fasse une retraite chez le curé Dufrost:

" Je vous supplie de le recevoir chez vous, écrit-il à ce dernier. Je paierai moi-même sa pension. J'ai confiance que vous n'épargnerez rien pour faire rentrer ce jeune prêtre dans l'esprit de son état, dont il s'est si vite écarté. Il est jeune, et il n'est pas impossible qu'il se retire du précipice. . ."

Tant de bonté et de commisération méritaient leur récompense: ce jeune curé desservit quelques années la paroisse qui lui avait été confiée, puis une couple d'autres; et on le trouve plus tard dans les missions de la Côte Nord, à Tadoussac, à Nataskouan, au Labrador, où il mourut an 1784 dans l'exercice du saint ministère.

Page 1