Arch. de l'Ev. de Q., Reg. III des lettres
64 i/ÉGUSE DU CANADA
titre, et à se contenter pour notre Eglise d'un simple vicaire apostolique, comme aux premiers temps de M81- de Laval. Nous verrons d'ailleurs que Rome elle-même, pour des motifs à elle, et excellents, sans doute, favorisait ce dernier projet. Mais n'anticipons pas.
Nous sommes au printemps de 1763: il y a juste trois ans que Mgr de Pontbriand a rendu sa belle âme à Dieu : c'est son " ombre " vivante, comme l'abbé de l'Ile-Dieu appelait M. Briand, qui dirige notre Eglise; et personne ne paraît s'occuper de faire remplir par qui de droit la vacance du siège épiscopal. On s'en occupe, cependant, depuis longtemps à Paris. Sitôt qu'il a appris la mort de M61- de Pontbriand, l'abbé de l'Ile-Dieu s'est mis en correspondance avec Rome, soit directement avec le Préfet de la Propagande, soit indirectement par le Nonce de Paris. De son côté, M. de LaCorne n'attend que le moment que le sort du Canada sera définitivement réglé, pour se rendre à Londres et négocier l'affaire de l'épiscopat canadien.
Sitôt que lui arrive à Paris, où il réside, la nouvelle de la signature du Traité, le Doyen du Chapitre de Québec se met donc en route pour Londres. Il y est rendu dès le commencement de mars, et, de concert avec l'ambassadeur de France auprès de la Cour d'Angleterre, s'occupe immédiatement de l'affaire en question. Il y met du zèle, du dévouement, une ardeur sincère ; et il est encouragé par ses amis :
" Je vous souhaite, lui écrit l'un d'eux, tout le succès que vous désirez. Je pense que les Anglais, comme d'habiles gens, voudront traiter favorablement leurs nouveaux sujets pour se les attacher. Il leur en coûtera peu pour leur faire goûter
l'avantage d'avoir changé de maîtres, puisqu'ils n'ont qu'à faire le contraire de ce que nous faisions 13. "
Ce n'était pas flatteur pour la France, mais M. de La- Corne était Canadien avant tout, et bien décidé à remplir les vues du Chapitre de Québec, qui l'avait nommé grand vicaire " pour le mettre en état de travailler plus efficacement au bien du diocèse ". . . Il restera à Londres tout le printemps et une partie de l'été, il y retournera l'année suivante, il y retournera encore une troisième fois, et n'épargnera rien pour mener à bonne fin la grande affaire qui intéresse si vivement l'Eglise du Canada. M. Briand, qui est au fait de ses démarches, ne craindra pas de lui rendre ce témoignage :
" S'il y a un évêque à Québec, c'est à M. de LaCorne qu'on en sera redevable 14. "
Il appartenait à une de nos meilleures et plus méritantes familles canadiennes : grand air, belles et nobles manières, excellente éducation, il avait tout ce qu'il faut pour se présenter avec avantage dans les Bureaux ministériels anglais. Ce ne fut cependant que le 18 mai qu'il put faire tenir au comte d'Egremont, secrétaire d'état dans le cabinet de Lord Bute, la lettre suivante:
" Milord, ayant l'honneur d'occuper la première place du clergé du Canada, chargé d'ailleurs d'une procuration la plus ample du Chapitre de Québec, qui gouverne le diocèse pendant la vacance du siège épiscopal, je me suis vu dans la nécessité, par devoir et par état, de passer à Londres pour y solliciter auprès de notre nouveau Souverain un règlement stable sur l'exercice de la religion et sur les moyens d'exercer cette même religion selon le Rite Romain, ainsi qu'il est accordé.
13 Lettre de l'abbé de Frischeneau à M. de La Corne, 23 mars 1763, citée dans les Recherches historiques, vol. XV, p. 295. 14. Lettre de M. Briand à M. Jollivet, oct. 1763.
" J'ai l'honneur de vous adresser, milord, un mémoire que j'ai fait à cette occasion. Vous y verrez que je n'ai envisagé que l'avantage du Roi, l'intérêt de la nation et la tranquillité des nouveaux sujets de Sa Majesté. . .
" J'ai lieu d'espérer, milord, de votre équité un succès favorable aux Canadiens. Je vous demande en grâce de me faire donner une prompte réponse. J'ai différentes raisons qui me rappellent en France, principalement pour y aller prendre les eaux de Beaumetz pour ma santé, qui est extrêmement dérangée depuis trois ans. Ma vive reconnaissance égalera le très profond respect avec lequel je suis. . . (signé) LaCorne de Chapt, abbé de l'Etoile, Doyen du Chapitre de Québec 15. "
Dans son mémoire, très fort et très énergique, M. de LaCorne exprimait l'espoir que les Canadiens ne seraient pas traités comme au Maryland, où, " dans le principe, on avait accordé une liberté plénière pour l'exercice de la religion, et où cette religion n'est plus que sur le pied de tolérance ". . . ; ni comme en Irlande, " où, malgré la capitulation de Limerick, on persécute la religion de façon que beaucoup d'Irlandais ont été obligés de se retirer en France " ; mais qu'au contraire ils jouiraient du " gouvernement le plus doux et le plus équitable, sous les lois d'un jeune Monarque, dont les vertus et la piété leur sont connues. . .
" A Québec, ajoutait-il, il y a un Evêché en titre, un Chapitre et un Séminaire. C'était le Roi de France, sous l'ancien régime, qui nommait l'Evêque. La chose n'ayant plus lieu maintenant, il y a deux alternatives : entretenir au Canada un vicaire apostolique ou évêque in partibus. Cet évêque, soumis à une Puissance étrangère, et toujours dépendant d'elle, pourrait être suspect, et causer quelque inquiétude. L'on propose l'autre alternative : faire élire l'Evêque par le