‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 70 sur 220 · Mand. des Bv. de Q., t. II, p · texte numérisé non relu

Mand. des Bv. de Q., t. II, p

9. Des ministres en grève! — C'est précisément en cette année (1765) que fut voté au Parlement anglais le fameux Impôt du Timbre que l'on fut obligé de révoquer l'année suivante.

îépngnance extrême, et que je redoute en vérité plus que la mort. J'en ai toutes les raisons possibles. Je n'y consentirais jamais, si je ne prévoyais pas ce qui en arriverait de fâcheux, et si je ne me flattais pas de l'espérance de pouvoir m'en décharger bientôt en faveur de quelque autre plus capable.

" Je vous prie, ajoute-t-il, d'assurer tous messieurs les curés de mon sincère et parfait attachement, et de me recommander à leurs prières et saints sacrifices. J'en ai grand besoin, et je crois les mériter, puisque ce n'est que par amour pour leur patrie que j'ai entrepris un voyage si pénible, dégoûtant, et si contraire à mon caractère et à mes inclinations 10. "

Que de fois, dans le cours de son épiscopat, au milieu des difficultés inhérentes à toute administration, M. Briand n'aura-t-il pas occasion de rappeler aux curés et aux fidèles de son diocèse, que s'il a accepté d'être évêque, c'était malgré lui, et uniquement par amour pour eux et par dévouement à 1 Eglise du Canada!

Le gouverneur Murray avait envoyé à Londres son secrétaire Cramahé pour surveiller ses propres affaires; et Cramahé lui écrivait un jour :

"Ce pauvre Briand fait pitié à voir; et je crains que l'affaire de l'Evêché de Québec, qui aurait réussi l'année dernière, s'il avait été ici, n'échoue maintenant. Je n'ai pas craint de dire franchement mon opinion, que la mesure en question était nécessaire pour satisfaire le peuple canadien au point de vue religieux. On paraît le croire également, mais on craint, je pense, de donner des armes à l'opposition : il y a ces troubles récemment arrivés en Irlande, et il y en a qui ne se gênent pas de dire qu'ils ont été fomentés par les prêtres u. "

io. Reg. III des lettres, p. 215, lettre du 16 juillet 1765. 11. Lettre du 0 février 1765.

Avant d'écrire à M. Marchand la belle lettre que nous avons citée tout-à-1'heure, M. Briand en avait adressé une autre aux vénérables sœurs de M81- de Pontbriand, les Visitandines de Rennes:

" Mesdames, depuis la mort du très respectable et à jamais regrettable évêque M81- de Pontbriand, votre illustre frère, je n'ai reçu aucune nouvelle de sa famille, quoique j'aie écrit à M. le comte de Nevet, à M. l'abbé de Saint- Marien, et à vous, mesdames.

" La lettre dont vous m'avez honoré cette année, m'a surpris, comblé de joie, et renouvelé mon ancienne et toujours récente douleur. Je n'entrerai pas dans une plus longue explication, qui ne pourrait qu'être affligeante pour vous, mesdames, et pour moi.

" Quelle chute horrible, après M61" de Pontbriand ! Me voici à Londres occupé à poursuivre sa dignité! J'ai fui, j'ai résisté tant qu'il a été possible sans exposer la religion. Comme je lui avais promis l'obéissance, dès le premier jour qu'il m'agréa pour travailler sous ses ordres, j'aime à me représenter qu'il continue du ciel à me charger d'emplois répugnants, comme il le faisait pendant sa vie, et cela par la trop grande bonté que ce digne Prélat a toujours eue pour moi.

" Les affaires de la religion ayant été remises après la tenue du Parlement, je ne sais encore quand je passerai en France, et même si on permettra que j'y passe. On m'obligera peut-être d'aller dans les Etats de la Reine de Hongrie 12, car on est ici extrêmement opposé à ce que les Canadiens aient communication avec les Français. C'est un sacrifice à joindre à bien d'autres. Je vous supplie de m'accorder le suffrage de saintes et ferventes prières. Je crois les mé-

12. La Belgique; elle appartenait alors à l'Autriche-Hongrie.

riter, par les bontés dont m'a honoré jusqu'à la fin, et sans interruption 13, M^ votre frère 14. . . "

Ce qui soutenait M. Briand dans les négociations qu'il avait entreprises pour se faire reconnaître et admettre par la Cour de Londres comme Evêque du Canada, et lui faisait espérer qu'en dépit des atermoiements elle finirait par consentir, c'est qu'il se savait bien recommandé par le gouverneur Murray : là où avait échoué M. Montgolfier, il ne pouvait que réussir:

" Je suis bien recommandé par notre gouverneur, écrivaitil à l'abbé de l'Ile-Dieu, et j'espère ne trouver aucune difficulté à la Cour de Londres. Je compte beaucoup sur vos mouvements auprès de celle de Rome 15. "

Ce n'était pas tout, en effet, d'être choisi et proposé pour évêque par le Chapitre de Québec, ni même d'être accepté par le gouvernement anglais, il fallait surtout être agréé par le Saint-Siège, il fallait avoir ses Bulles ; et c'est à quoi s'employèrent avec un zèle admirable l'abbé de l'Ile-Dieu et M. de LaCorne. Dès le 12 novembre, aussitôt qu'il a connu l'arrivée en Angleterre de M. Briand, l'abbé de l'Ile-Dieu écrit au cardinal Préfet de la Propagande, pour la lui apprendre :

" Cet ecclésiastique, dit-il, est un homme d'un très grand mérite, et reconnu pour tel par tout le clergé du Canada et par le gouvernement anglais.

"M. l'Evêque de Québec le prit auprès de lui en 1741, lorsqu'il partit pour se rendre à l'Evêché auquel le Roi l'avait nommé, et il n'a jamais voulu quitter son Evêque; il a même

13. On dirait qu'il fait ici allusion à son compatriote La Ville- Angevin, qui, lui, avait encouru la disgrâce de son évêque, comme nous l'avons dit dans notre précédent volume, p. 286.

14. Lettre du 12 fév. 1765, publiée dans la Revue Canadienne, t. VIII, P- 441-

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