‹ L'eglise du CanadaChapitre 107 sur 197 · Lettre de Mgr Desglis à M. Jones, 23 oct · texte numérisé non relu

Lettre de Mgr Desglis à M. Jones, 23 oct

M. Jones, missionnaire à Halifax, un pouvoir spécial, — sans toutefois vous ôter la prééminence—pour gouverner en chef, sous notre autorité, toutes les missions où il jugera à propos de placer quelqu'un de ces prêtres. Il est de même nation qu'eux, parle la même langue, les connaît pour la plupart, et sera par conséquent plus en état que personne de juger de leurs talents, et de leur répondre, dans l’occasion, d’autant qu’il n’y a plus lieu d’espérer que le diocèse de Québec puisse fournir par lui-même un nombre suffisant d'ouvriers pour tous ces cantons, qui augmentent considérablement.

«Bien entendu, néanmoins, que M. LeRoux et M. Girouard continuent de relever de vous.

« M. Girouard doit faire son principal domicile à Bonaventure, parce que les habitants de Tracadièche m’écrivent qu’ils n’ont point de chapelle ?, »

Antoine Girouard était un jeune acadien qui avait terminé ses études au Séminaire de Québec en 1782, et que l'Evêque venait d’ordonner pour son pays natal. M. Bourg lui confia les missions de la Baie des Chaleurs. Nous voyons donc en Acadie, à la date de 1787, trois missionnaires de langue française, parlant parfaitement l’anglais : MM. Bourg LeRoux et Girouard. Il y en a même un quatrième, du nom de Le Dru #, « qui s’est installé curé à la Baie Sainte-Marie et au Cap-Sable». Mais c’est un intrus :

« Cest un religieux canoniquement ordonné, écrit l’Evéque de Québec à M. Bourg, mais qui ne montre point de permission de ses supérieurs qui l’autorise à aller de tout

ee Lettre de Mgr Desglis à M. Bourg, à la Baïe des Chaleurs, 15 oct. 23. Ne serait-ce pas ce Père Le Dru, carmélite, mentionné dans notre

pie UE vol. (p. 340), qui travaillait en 1783 dans les missions illinoises ? 4

côté. Vous ne devez plus l’'employer; vous devez regarder comme nuls les actes de juridiction qu'il pourrait faire par la suite ».

Ce religieux, sans aucune autorisation, avait parcouru l'Ile Saint-Jean, et collecté cinq cents dollars.

Depuis la mort de M. James MacDonald, il n’y avait pas de missionnaire à l’Ile Saint-Jean; et en attendant qu’il y en eût un, le grand vicaire de Québec, M. Gravé, avait autorisé un brave Acadien de l’endroit, Jean Doucet, qui demeurait à Racico, «à baptiser, par toute l’Ile, et à recevoir le consentement de mariage... Vous exercerez ces pouvoirs, lui disait.il, jusqu’à ce que vous ayez un autre missionnaire, ou la visite de M. Bourg, qui vous les continuera s’il le juge à propos ?{ ».

M. Jones, qui s'était installé à Halifax, était un prédicateur remarquable, ce qui lui donnait beaucoup de prestige parmi ses fidèles de langue anglaise. L’Evêque de Québec, écrivant à M. Hussey, lui donnait à ce sujet un singulier détail : ce n’était pas tant la vertu et la piété que l’on prisait dans un missionnaire, que l’éloquence, la science et la richesse :

« Répandus pour la plupart parmi les Protestants, ils ont pris beaucoup de leurs préjugés. Ils n’estiment les missionnaires que quand ils sont prédicateurs insignes, et versés dans toutes les sciences. Suivant M. Jones, ajoutait le Prélat, il faudrait pour ces contrées des Ecclésiastiques versés dans la langue irlandaise, remarquables par leur science et leur éloquence, et qui fussent assez riches pour se passer du secours temporel des peuples. Je sens qu’il est difficile de trouver des missionnaires de cette trempe. Si cependant vous pouviez leur en procurer quelqu'un, soit par vous-même, ou par le moyen de l’évêque de Cork, je

Page 1