Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. C., pièce du 6 oct
vous en aurais la plus vive obligation. Pour cet effet, je charge M. Jones de vous rendre un compte détaillé de l’état de sa mission, afin que vous puissiez plus facilement prendre des mesures en conséquence *... »
M. Jones eut bientôt avec lui trois autres prêtres de langue anglaise: MM. Phelan, Power et Grace. Tous furent employés dans les missions acadiennes.
Il en arriva deux autres, qui reçurent une autre destination : l'Evêque de Québec écrivant à M. Hussey :
«J'ai reçu, dit-il, avec reconnaissance MM. les abbés Burke et McDonnell, que vous avez eu la bonté de m’envoyer. J'ai payé le passage du premier, suivant vos désirs. Il reste au Séminaire de Québec pour enseigner la philosophie. L'autre rejoindra probablement, en qualité de missionnaire, sa troupe écossaise, qui va s'établir à Catarakoui. »
Voyez-vous se dessiner les premières lignes d’une future métropole catholique, dans le Haut-Canada?
L'arrivée de M. Burke au Séminaire répondait à une demande spéciale de l'Evêque de Québec à ME Butler, évêque de Cork:
« Si vous nous envoyez des prêtres, ils ne seront pas de trop, s'ils veulent se consacrer au service de la jeunesse dans le Séminaire de Québec. Il faudrait pour cet emploi savoir le français, ou avoir une facilité à le bien apprendre. Les sciences tombent ici à vue d'œil. Les humanités, la rhétorique ne sont plus rien; la philosophie dégénère beaucoup; la théologie même a beaucoup besoin qu’on l’aide.
«La vie de ce Séminaire est une vie aisée, et quoique ceux qui s'y lient par une espèce de contrat, dont toutes les clauses sont en leur faveur, à moins qu’ils ne cessent d’y
25. Archiv. de l'Ev. de Q. lettre de Mgr Desglis à M. Hussey, 19 sept. 1786.
vivre sacerdotalement, ne puissent prétendre à aucune fortune, cependant on n’y manque absolument de rien, ni en santé, ni en maladie. On y vit en un mot avec plus d’abondance qu’on ne fait d'ordinaire dans aucun séminaire de France; et l’Evêque lui-même y vit en commun, ne mangeant jamais en ville, excepté chez le gouverneur et les principales personnes.
« Vous observerez sans doute, monseigneur, que des hommes qui se destinent à cet emploi, qui est le fondement de tout le bien qui peut se faire dans mon diocèse, doivent être non seulement des hommes de vertu et de science, mais encore d’un caractère doux et sociable %, »
Si la description de la vie matérielle du Séminaire de Québec, telle que donnée ici, était bien engageante, celle des études ne l'était guère; et quand on se rappelle Îles noms de quelques-uns de ceux qui venaient de terminet dans ce Séminaire leur cours classique: Pierre Bedard, Louis Bourdage, Poulin de Courval, Louis Lelièvre, Lefèvre Duchouquet, Jean-Baptiste Perras, Jean-Joseph Roy, Joseph- Octave Plessis, on est porté à croire que cette description, où tout était représenté comme s’en allant à la décadence, ne rendait pas tout-à-fait justice à l'institution 77.
26. Archiv. de l'Ev. de Q,. lettre de Mgr Desglis à Mgr Butler, évêque de Cork, 23 oct. 1785.
27. On lit dans la Gazette de Québec du 4 oct. 1787: “Le premier octobre commença au Séminaire de Québec la classe de Mathématique. Les jeunes gens Français et Anglais y pourront assister gratis. Les leçons commencent par les éléments d’arithmétique jusqu’au 15 octobre, puis les éléments d’algèbre, qui dureront, y compris le calcul des Radicaux, les proportions, les équations, etc, jusqu’au premier janvier. Puis les éléments de géométrie, de trigonométrie, des sections coniques et de leurs usages, surtout par rapport au système physique du monde selon . les principes de M. Newton, jusqu'au 13 mars. Les leçons commenceront à 8 heures du matin jusqu’à 10, et à 2 heures P. M. jusqu'à 4, en français, expliquées sommairement en anglais. À cette époque, commenceront depuis 8 heures du matin jusqu'à 9 seulement des leçons de nautique et de tout ce qui la concerne, jusqu’au 15 août, en anglais, et sommairement expliquées en français. [1 n’y aura point de leçons les dimanches et fêtes, non plus qu’un autre jour par semaine, qui sera ordinairement le jeudi.”
Quoi qu’il en soit, M. Burke, arrivé à Québec en 1787, y enseigua la philosophie durant trois ou quatre ans, mais ne paraît pas s'être beaucoup attaché à la maison. Il se sentait évidemment appelé, lui aussi, à une vie moins sédentaire, à une vie de courses et de missions. Dès 1791, on le trouve curé de Saint-Pierre et Saint-Laurent, île ‘d'Orléans ; mais il n’y est pas longtemps. En 1794, il est à Halifax, et l’année suivante le voilà dans le Haut-Canada, à la Rivière-aux-Raïsins. Deux ans plus tard, il est rendu à Niagara, inaugurant sans doute quelque nouvelle mission. Il ne cessera de voyager que lorsqu'il deviendra vicaire apostolique de la Nouvelle-Ecosse, résidant à Halifax. C’est là que nous le retrouverons plus tard.