C'était encore Cramahé
tants de cette Province, qui le regardaient comme leur Père et leur Protecteur.
«Son Excellence le général Haldimand et plusieurs messieurs qui l’ont accompagné jusqu'au Trou-Saint Patrice, revinrent le soir 1,,,» | Remarquons que tout cela s’écrivait, pour ainsi dire, sous les yeux d'Haldimand, qui d’ailleurs avait été témoin luimême, puisqu'il accompagnait Carleton, des adieux touchants que la population lui avait faits. La Gazette de Qué. bec, dont l'autorité était déjà très grande !!, en faisant un si bel éloge de Carleton, ne semblait-elle pas dire à son successeur: /nspice et fac secundum exemplar ? Et remarquons aussi qu’il n’y avait pas un mot de trop dans cet éloge. Carleton était vraiment «le Père et le Protecteur» des Canadiens; et ceux ci le « regardaient » comme tel. Toutes les chroniques de l’époque s'accordent à dire qu’il n’avait pas de plus grand plaisir, lorsqu'il en avait le temps et l’occasion, que d’aller voir nos habitants chez eux, dans leurs habitations, sur leurs fermes, dans leur village. Il aimait les Canadiens, il s’intéressait à eux, à leurs travaux,
10. La Gasette de Québec ajoutait: “ Plusieurs transports et vaisseaux partirent sous convoi de la frégate: à bord desquels sont passagers Pierre Livius, écuyer, docteur ès Lois, avec sa famille; le brigadier général Maclean, colonel commandant des Royaux Montagnards Emigrants; MM. Munro, Baïlly et McKenna, prêtres: Guillaume Gordon, écuyer; M. Lizot, marchand, et sa famille; M. Gregory Grant, marchand; le capitaine David-Alexandre Grant, du régiment Royal Américain; plusieurs officiers militaires, etc.”
L'abbé Bailly ne fit donc pas la traversée sur le même vaisseau que Carleton, mais sur un des navires qui accompagnaient lu frégate, Ileût été peu convenable qu’il se séparât de ses confrères Munro et McKenna, que Ces de son côté, n’était probablement pas bien aise de prendre avec lui.
11. Elle était la propriété de William Brown, oncle de John Neilson, qui n'avait alors que deux ans, étant né en Ecosse en 1776, et qui fut, comme on sait, le grand ami des Canadiens français. Fondée en 1764, la Gazette de Québec est “la doyenne de la presse de l'Amérique Britannique”. Kle était publiée en anglais et en français. (Chauveau, L'Instruction publique au Canada, p. 315).
il les traitait toujours «avec cet air affable et cette politesse» dont parle le journal que nous venons de citer. Faut-il s'étonner qu’on en ait vu quelques-uns «fondre en larmes », sur son passage, lors de son départ ?
« Des personnes dignes de foi, décédées parmi nous ces années dernières, écrit l’annaliste des Ursulines, nous ont assuré qu’il aimait à tel point les habitants de nos campagues, qu’il se rendait au milieu de nos bourgades catholiques pour voir de plus près ce peuple dont i! voulait être le père et l’ami. Le village de Saint-François du Sud qu’il honorait ainsi un jour de sa présence, ne trouvant pas de salle assez vaste pour les populations qui accouraient de toutes parts vers ce gracieux gouverneur, fit la réception sous un pavillon champêtre orné de sapins, dressé en face de l’église paroissiale 2? »,
Voilà qui nous donne une idée de la popularité que s'était acquise Carleton, sans la rechercher, mais tout naturellement, par sa bonté envers les Canadiens.
On raconte de la Reine Victoria, que lorsque le premier ministre Lord Melbourne vint lui annoncer qu’elle était devenue reine d'Angleterre par la mort de son oncle Guillaume IV, la première parole qu’elle prononça fut celle ci: « Je veux être bonne.» Et elle le fut en effet pendant toute la durée de son long et admirable règne (1837-1901), s’efforçant toujours d'exercer pour le bonheur de ses sujets l’influence que pouvait lui laisser son rôle de Reine constitutionnelle,
La bonté, voilà aussi la note caractéristique de Carleton ; et c’est ce qui manquait surtout à Haldimand. Jamais un historien n’osera l’appeler «le Père et le Protecteur du peuple », sans se couvrir de ridicule. On ne peut citer, dans les six années de son administration, un seul trait de