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Les Ursulines de Québec, t. III, p

bonté de sa part envers les Canadiens. Son grand malheur, pour nous, c'est qu’il n’était pas anglais: c'était un Suisse, un étranger, qui n’avait aucun intérêt à faire de nous de bons sujets anglais, mais qui était intéressé au contraire à nous faire passer pour pires que nous wétions, afin d’avoir occasion de faire montre de son zèle pour les intérêts britanniques.

Parcourez sa correspondance avec les secrétaires d'Etat pour les colonies: elle n’est qu'un tissu d’insinuations perfides contre la loyauté des Canadiens, contre celle de notre clergé, en particulier: jamais un fait bien avéré, jamais une preuve à l'appui de ces insinuations: rien que des soupçons, des bruits qui courent, des frayeurs qui hantent son esprit. Il commence ses lamentations le premier automne après son arrivée. La France vient de prendre parti pour l'Indépendance américaine : « il a peur» que cela réveille des sentiments de rébellion chez les Canadiens. Le printemps suivant: « C’est l'opinion générale, dit-il, qu’une flotte française va venir et remonter le Saint-Laurent dans le cours de l'été... « Je crains » beaucoup que nos Canadiens la voient arriver avec plaisir... « J'appréhende » une insurrection générale contre nous ...»

Hélas! nos bons habitants des campagnes, tout occupés à leurs travaux — ceux du moins qui ne le sont pas aux corvées d’'Haldimand — ne songent nullement à l’insurrection, ni à l'annexion aux Etats-Unis: l'affaire de 1775 les a assagis. Si les Français nous arrivent, si Bougainville, si Lamothe-Piquet se montrent à Québec, on les verra avec plaisir: qui pourrait nous en faire un crime? Mais la volonté, chez les Canadiens, de prendre part à une insurrection contre le gouvernement, où en est la preuve? Et

13. Coll. Haldimand, lettres d'Haldimand à Lord Germaine, 15 oct. 1778; 18 juin 1770; 14 sept. 1770.

si M# Briand avait eu cette preuve, — aucun m'était plus à même que lui de l’avoir — croit-on qu’il n'aurait pas été le premier à élever la voix, comme il le fit en 1775? Mais ce n’est plus lui qui parle à son clergé, qui dicte aux curés leur devoir, c'est Haldimand ! Ecrivant à l’un d'eux :

« Faites comprendre à vos paroissiens, lui dit-il, leur devoir envers leur prince 14, »

On attribue à Rochambeau le projet de venir par le Saint-Laurent reprendre le Canada pour la France, «lui tout seul, sans le secours des rebelles 15, » Pourquoi ne l’at-il pas fait? évidemment parce qu’il n'était pas sûr du concours des Canadiens ; et puis, les Américains, qui avaient contribué en 1759 à enlever le Canada à la France, auraientils été bien aises de revoir de nouveau la France s'établir à côté d'eux? Quel cas les Canadiens firent-ils de la Proclamation que le comte d'Estaing fit afficher à la porte des églises, les invitant à s’unir à la France et aux Américains contre l’Angleterre? Aucun, que nous sachions: ils se tinrent tranquilles. Le curé Porlier, qui s'était rendu impossible à Sainte-Anne de la Pocatière par son zèle exagéré pour le recrutement des volontaires de M. de Beaujeu, était rendu à Saint-Ours, et continuait à y faire du zèle en faveur des Anglais : il avait intérêt à le faire, espérant obtenir nous ne savons quelle mission de la part d'Haldimand: mais le P. de Bérey passa avant lui 6, Porlier ayant vu la Proclamation de D'Estaing à la porte de son église, n’eut rien de plus pressé que de la porter au commandant de Sorel, Saint-Léger, pour la faire remettre au gouverneur. Et le commandant écrivant à Haldimand :

RE CO LR re 14. Coll. Haldimand, B. 66. lettre d'Haldimand au curé de Saint- Ours, 5 juin 1770.

15. Ibid, B. 137, lettre de Riedesel à Haldimand, 4 mars 1782.

16. Ibid., B. 66, lettre d'Haldimand au curé Porlier: “ Je vous l'aurais donnée (cette mission), si une offre antérieure n’avait pas été faite par le P. de Bérey.”

« Je lui ai demandé, dit-il, ainsi qu'aux curés de Saint- Denis et de Saint-Antoine 7, de faire tout en leur pouvoir pour découvrir la personne qui l’a affichée !#, »

Mais personne n'était bien aise de se faire mouchard pour plaire au gouverneur. Celui-ci en est indigné :

« Aucune autre copie de cette Proclamation, écrit-il à Lord Germaine, ne nous a été apportée, quoique «probablement » beaucoup d'habitants, et certainement la plupart des curés en ont eu connaissance...»

Et comment peut-il en être certain? Avec le mot « probablement » on peut aller très loin. Une fois lancé dans la voie des insinuations contre le clergé, il ne sait plus s’arrêter: « Depuis l'alliance des Français avec les colons rebelles, dit-il, le clergé canadien, qui s’est si bien comporté en 1775 et 76, est bien refroidi à l'égard des intérêts britanniques.. Cette alliance, ajoute-t-il ailleurs, a certainement opéré un grand changement dans lPesprit du clergé ; et ce changement a eu une grande influence sur tout le peuple... Je sais bien, ajoute-t-il encore, la bonne conduite du clergé, lors de l'invasion de 1775; mais «je sais» aussi que depuis l'alliance de la France avec les colonies, depuis la proclamation du comte d'Estaing, depuis la circulaire adressée par M. de La Fayette aux Canadiens et aux Sauvages, beaucoup de prêtres ont changé d'opinion, et «je crains » beaucoup qu’advenant une autre invasion, ils suivraient un autre système de conduite #...»

Eh bien, pour appuyer ses insinuations contre le clergé canadien, il n’a pas un autre nom à apporter en preuve que celui de La Valinière. Voilà le seul cas dont il peut

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