Coll. Haldimand, B. 136, lettre du 7 mai
19. Coll. Haldimand, lettres d'Haldimand à Lord Germaine, 14 sept, 1779; 25 oct. 1780.
disposer : aussi le répète-t-il trois ou quatre fois. Les Sulpiciens et l'Evêque en ont disposé avant lui; ils ont laissé le’gouverneur libre d'agir comme il l’entendra à l'égard de ce prêtre ; et nous avons vu qu’il se hâta de le faire passer en Europe, après avoir prié M#' Briand «de le faire venir à Québec avec tout son bagage *, »
Par ses insinuations perfides contre le clergé canadien, par son insistance à vouloir le faire passer, à la Cour, comme tout dévoué à la France et hostile aux intérêts britanniques, Haldimand fit plus de mal à notre Eglise que par la persécution ouverte. Et remarquons qu’il a bien soin de ne jamais mettre en cause M£' Briand: tant ila peur que le Prélat ne dénonce son jeu perfide! Il parle, au contraire, «de ses bonnes dispositions,» de sa «probité. » L’Evêque « désire recruter ses prêtres dans les séminaires de France, dit-il; il subit l’influence des Jésuites; mais il est lui-même honorable #. » Ecrivant un jour à M£' Briand lui-même, qui a cru devoir lui communiquer une requête des habitants de la Rivière-Ouelle contre leur curé, il se montre juste et convenable à son égard:
« Je vous renvoie, dit-il, la pétition des habitants de la Rivière-Ouelle, et j'en désapprouve le style. La décision, pour la partie spirituelle de la plainte contre le curé, est du ressort de l’évêque. J'ai ordonné au capitaine de milice de venir immédiatement rendre compte de sa conduite irrégulière et indécente en avertissant le curé, à la demande des habitants, de quitter le presbytère. Je connais trop bien, ajoute-t-il, la bonne conduite du clergé du Canada envers le Gouverneinent, pour permettre aucune insolence,
20. Ibid., B. 66, lettre d'Haldimand à Mgr Briand, 14 oct. 1770. 21. Ibid., B. 55, lettre d'Haldimand à Lord Germaine, 5 juillet 1781; B. 56, à Lord North, 20 juin 1783; B. 57, à Lord North, 19 juin 1783.
et j'ai trop confiance dans l’Evêque pour permettre à qui que ce soit d’empiéter sur ses droits et de désobéir à ses ordres *.,.,9
La tactique d'Haldimand est donc évidente: écrivant à l'Evêque, il n’a que des éloges pour «la bonne conduite de son clergé envers le gouvernement ;» écrivant à la Cour, il n’a que défiance et insinuations perfides à l’adresse de ce même clergé, qu’il représente d’ailleurs comme très ignorant :
« Les prêtres canadiens, dit-il, viennent pour la plupart de la plus basse classe du peuple: ils sont aussi ignorants et aussi dénués de principes que ceux dont ils viennent *. »
Et remarquons que ce n’est pas de sa part une simple boutade, il revient sur le même sujet l’année suivante : « Beaucoup de paroisses, dit-il, étant devenues vacantes par la mort de leurs curés, l'Evêque s’est vu obligé de conférer les Ordres à des étudiants qui n'avaient été au Séminaire que trop peu d'anriées et n'étaient pas qualifiés pour la prêtrise... Le Séminaire de Québec, ajoute-t-il, dont la plupart des membres venus de France sont morts, a été obligé de les remplacer par plusieurs de ces Canadiens, fils d'artisans, forgerons, charpentiers, etc, qui n’ayant jamais eu eux-mêmes beaucoup d'éducation, ne peuvent pas en donner aux autres; de sorte que les prêtres qui vont se succéder,
dans la suite, deviendront de plus en plus ignorants %#...»
Est-ce pour faire pièce au gouverneur qu’on lui envoya un jour une lettre marquée «très secrète », dans laquelle il était dit que les bruits couraient que «le Pape avait émis une Bulle déliant les Canadiens de leur serment d’allé-
22, Ibid., B. 66, lettre du 13 juin 1780.
23. ILid., lettre d'Haldimand à Lord Germaine, 14 sept.1770. 24. Ibid., lettre du même au même, 25 oct. 1780.
geance au Roi d'Angleterre, à condition de reporter cette allégeance à la France?» Haldimand prit la chose tellement au sérieux, qu'il envoya la lettre à Lord Germaine, ajoutant à la fin de sa propre dépêche: « Ces bruits sont-ils vrais ou faux, ils n’en ont pas moins leur effet 25, »
Il va sans dire que nous n'avons ici à parler, dans cet ouvrage, que des rapports d'Haldimand avec l'Eglise du Canada. Laiïssons aux historiens du pays en général la tâche de raconter les gestes, devenus d’ailleurs légendaires, d’Haldimand emprisonnant les Canadiens sur de simples soupçons de déloyauté: Mesplets, Jautard, Laterrière, et une infinité d’autres, ou bien les déportant tout simplement dans une autre Province, comme D’Abadie, par exemple, qu’il envoie à Halifax, parce qu’il passe pour être très attaché à la cause de l’Indépendance, ou Voyer, qu’il envoie à Londres, sur «une simple probabilité qu’il est porteur de quelque message américain #%...» Les démêlés de DuCalvet et autres personnages du même acabit avec le gouverneur wappartiennent nullement à l’histoire de notre Eglise.
Haldimand reçut un jour, à propos de sa manière d'agir, une bonne leçon de Lord Germaine:
« Je crois à propos de vous faire remarquer, lui écrit le Secrétaire d'Etat, que le fait de déporter quelqu’un en Angleterre sans avoir une preuve certaine de sa culpabilité, et sans nous transmettre en même temps cette preuve, ne peut avoir d’autre résultat que de faire soupçonner la faiblesse du gouvernement. Personne, dans ce pays, ne doit être mis en prison, à moins d’être convaincu de crime vérifié par un ou plusieurs témoins dignes de foi ?7,..»