CHAPITRE XV
HALDIMAND ET L'ÉGLISE DU CANADA (sure)
te des plus mauvais services qu'Haldimand rendit à
l'Eglise du Canada, ce fut de se refuser obstinément aux demandes réitérées de M£ Briand et de M. Montgolfer de faire venir quelques prêtres de France pour leurs Séminaires, qui en avaient un extrême besoin. Il est vrai que ses Instructions, comme celles de Carleton, ne lui permettaient de laisser nommer aux cures que « des Canadiens de naissance.» Pour les prêtres Français, on ne tolérait que ceux qui étaient déjà au Canada. Mais les Instructions royales ne parlaient que des cures, et non pas des Séminaires. M£ Briand espérait pouvoir se passer d'étrangers pour ses paroïsses ; maïs il en avait besoin pour son Séminaire de Québec, et M. Montgolfer, également, pour le sien, à Montréal ; et ni l’un ni l’autre ne voulaient pour leurs Séminaires d’autres prêtres que des Français ou des Canadiens. Ne fallait-il pas conserver à ces Institutions, si chères à notre pays, l'esprit de leur fondation; et cet esprit, n'est-ce pas à sa source qu’il fallait aller pour l’entretenir et le fortifier, c’est-à-dire à Saint-Sulpice de Paris pour le Séminaire de Montréal, aux Missions-Etrangères pour le Séminaire de Québec? Mais ces idées, d’un ordre tout spirituel, étaient-elles à la portée d'Haldimand, élevé dans un des cantons les plus fanatiques de la Suisse, le canton de Vaud, et n'ayant nullement pris en Angleterre le véritable caractère anglais, si généralement ouvert à tout ce qui est noble et juste? |
Sait-on ce qu’il avait imaginé pour fournir des prêtres à M# Briand? N’allons pas croire en effet qu’il était homme à se contenter de son titre de « Gouverneur en Chef de la Province de Québec.» Il s'était constitué fournisseur de prêtres pour l'Eglise du Canada, et poussait même la générosité jusqu’à ne vouloir que des prêtres de bonnes mœurs et de langue française. Mais comme il avait en horreur tout ce qui venait de France et dépendait, comme il disait, de la Maison de Bourbon, il allait chercher ses prêtres dans le duché de Savoie, qui touchait à la Suisse et appartenait. alors à la Sardaigne !, Kcoutons-le plutôt exposant ses vues à Lord Germaine quelques semaines seulement après son arrivée à Québec :
« Pour recruter le clergé, qui s'éteint à vue d’œil, j'ai repassé dans mon esprit les endroits d’où on pourrait tirer quelques prêtres, et je crois que le duché de Savoie, où il y a abondance de Nobles dans la pauvreté, pourrait nous en fournir. Nous pourrions nous assurer de leur caractère et de leurs principes par notre ambassadetr en Sardaigne. Cette mesure aurait pour résultat de créer une louable émulation parmi les Canadiens et les engagerait à faire tous leurs efforts pour mériter la faveur du gouvernement ?, »
Haldimand n'ayant pas été rebuté après cette première ouverture, revient à son projet l’année suivante :
« Plus je considère, dit-il, l’état du clergé dans ce pays, plus je me convainc de l'avantage qu’il y aurait À envoyer au Canada un certain nombre de prêtres appartenant à quelqu’une des nations catholiques d'Europe qui ont le moins de rapport avec la France, comme je l’ai dit dans une lettre précédente... »
1. La Savoie n'appartient à la France que depuis 1860. 2. Coll. Haldimand, lettre du 14 sept. 1770.
Viennent ensuite ses insinuations ordinaires contre la loyauté du clergé canadien: il est ignorant, d’ailleurs, sans éducation, et ne se recrute que dans la classe des artisans, forgerons, charpentiers, etc. Le clergé va devenir de plus en plus ignorant :
«Le moyen de remédier à cela, écrit-il à Lord Germaine, ce serait de faire venir de la Savoie cinq ou six prêtres de bonnes mœurs et de bonne éducation. J'ai toute raison de croire que le Séminaire de Québec les prendrait, car les directeurs de cette maison comprennent le besoin qu’ils ont de professeurs pour l’éducation de la jeunesse. Mais s’il ne les prenait pas, on pourrait facilement leur procurer des cures, où ils auraient environ deux cents louis de revenu par année. Leur nombre pourrait être augmenté d'année en année, suivant que l’occasion le demanderait, ou que l’expérience prouverait la chose utile au service du Roi ou au peuple de la Province. Je n'ai pas été à même de me procurer un état exact et précis du revenu des différentes paroisses. En général, les cures au Canada valent cent louis par année. Quelques-unes vont jusqu’à cinq cents louis, et beaucoup valent de deux à trois cents louis par année ? ».
En voyant tant de sollicitude de la part d'Haldimand pour le Séminaire de Québec et pour le diocèse en général, en le voyant surtout si au fait du revenu des curés, on est à se demander qui était le plus évêque, de lui, ou de ME Briand, et quel est celui des deux qui disposait des bénéfices ecclésiastiques. Lord Germaine lui répondit le printemps suivant:
« Lord Hillsborough “ n’a eu rien de plus pressé que de faire application pour avoir des prêtres Savoyards pour le