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Secrétaire d'Etat pour les Affaires Etrangères

Canada. La principale difficulté était de savoir quel était le revenu des bénéfices que vous vous proposiez de leur donner : vous nous l’avez fait connaître. J'espère que nous aurons des prêtres à vous envoyer par la flotte de l’automne prochain 5».

Ce ne fut cependant que l’année suivante que l’on put enracoler deux. Mais hélas ! — triste contretemps pour eux —ils furent faits prisonniers sur un vaisseau ennemi, dans le trajet de la Savoie au Canada 6,

On chercha en Angleterre à se reprendre; et Lord Sydney écrivant à Haldimaud au printemps de 1784:

« J'attends de jour en jour, lui dit-il, les quatre prêtres que nous avons demandés il y a quelque temps en Savoie, et s’ils viennent, je ne perdrai pas un instant avant de les envoyer au Canada. J'ai insisté pour que dans le choix de ces messieurs on n’acceptât que des gens de bon caractère, doués de talents et d’une bonne éducation, et j'ai confiance que je ne serai point désappointé à ce sujet 7».

Ces quatre prêtres Savoyards furent-ils réellement envoyés en Angleterre? Ce qui est certain, c’est qu’ils ne vinrent jamais au Canada. La Providence épargna à Mer Briand l’ennui de les placer. Il est probable que le rappel . d’'Haldimand, déjà décidé à cette date, mit fin à toute cette affaire; et comment ces prêtres auraient-ils été accucillis à Québec par le successeur d'Haldimand, alors qu’il était bien connu que leur présence n’y était désirée ni par l’Evêque, ni par M. Montgolfer, ni par personne ?

On commençait en effet à s'inquiéter, surtout à Québec et à Montréal, des démarches peu autorisées d’'Haldimand pour faire venir ici des prêtres étrangers, sans l’aveu de

5. Lettre de Lord Germaine à Haldimand, 12 avril 1781. 6. Lettre de Lord North à Haldimand, 8 août 1783. ° 7. Lettre de Sydney à Haldimand, 8 avril 1784.

l'Évêque, des Séminaires, du clergé en général. De quoi se mélait-il? N’avait:il pas assez de gouverner le pays, et fallait-il encore qu’il mît la main aux affaires de l'Eglise ? S'il ne voulait pas de prêtres Français a Canada, qu’il laissât donc l’'Évêque administrer son diocèse avec Îles éléments que la divine Providence laissait à sa disposition.

Ce qui mit le comble au mécontentement de tous les honnêtes gens du pays, non seulement des catholiques, mais même des protestants, surtout ceux de Montréal, c'est la manière dont il avait traité deux excellents prêtres Français, deux Sulpiciens de Paris, qui étaient arrivés à Québec au printemps de l’année précédente, le 22 mai 1783, et qu’il avait renvoyés immédiatement en Europe avec un saus-gêne vraiment outrageant. Nous avons déjà dit un mot de ce triste épisode; mais il convient d’en raconter du moins les principaux détails.

De l’aveu d'Haldimand lui-même, ni M# Briand, ni M. Montgoifier ne savaient rien d'avance de l’arrivée de ces deux prêtres 8 On se rappelle que le vénérable supérieur du Séminaire de Montréal avait demandé à Carleton la permission de faire venir deux prêtres de France. Il avait écrit À Paris dans l'automne de 1776. Personne m'était venu, probablement parce qu’il avait donné contreordre, en voyant les mauvaises dispositions d'Haldimand et du gouvernement. Mais le Séminaire de Paris n'avait pas oublié sa demande; il connaissait les besoins du Séminaire de Montréal; et lorsqu’au printemps de 1783 MM. Ciquart et Capel manifestèrent l'intention d’aller au Canada, le Supérieur de Paris les encouragea beaucoup dans leur généreuse résolution. M. Ciquart était un Auvergnat *; M.

8. “I have the satisfaction that neither the Bishop, nor Mr. Montgolfer, had any knowledge of the matter previous to their aAfHVAr a (Lettre d'Haldimand à Lord North, 19 juin 1783).

9. Il était né à Vie-le-Comte, non loin de Clermont-Ferrand. Il avait deux ans de prétrise. ;

Capel, un Lyonnais: tous deux, des ecclésiastiques d’une vertu éprouvée. Ils arrivèrent à Québec «en habits séculiers,» comme l'avait recommandé Carleton la première fois qu’on lui avait parlé de la chose, allèrent présenter leurs hommages à M£' Briand, sans songer à Haldimand — crime abominable aux yeux de celui-ci, — puis se hâtèrent de monter à Montréal.

Mais laissons Haldimand raconter lui-même ses faits et gestes par rapport à ces bons prêtres. Il écrit à Lord North, et commence par lui redire son éternelle marotte: faire venir des prêtres de Savoie :

« C’est le moyen vraiment efficace, dit-il, de détruire l’influence française dans le clergé, chose que le gouvernement ne devrait jamais perdre de vue. Mon attention vient d’être attirée sur ce sujet par une tentative qui a été faite d'introduire deux prêtres français dans le Séminaire de Montréal. Ils sont arrivés ce printemps, en habit séculier, sur un vaisseau marchand. Je suis en état de dire que ni lP'Evêque, ni M. Montgolfier n’en savaient rien d’avance: seulement, l’Evêque, retenu à sa chambre depuis plusieurs mois par la maladie, leur a permis de monter à Montréal sans qu’ils se soient même présentés à moi, comme c'était pourtant leur devoir de le faire. M. Montgolfier m’informa immédiatement de leur arrivée, me priant de la manière la plus énergique de leur permettre de rester et de s’agréger au Séminaire. Malgré mon grand désir de l’obliger — car je n’ai en général que des éloges à faire de sa conduite — j'ai cru de mon devoir d’insister pour qu’ils retournent immédiatement en Europe. J'espère que ce sera la dernière tentative d'introduire des prêtres de France au Canada.

« L'Evêque, ajoute-t-il, désire beaucoup que les Séminaires de Québec et de Montréal recrutent leurs membres en France. Mais il y a à cela plusieurs objections. L’Evêque est vieux et très infirme. Il a subi longtemps l’in-

fluence des Jésuites: l’un d'eux est son confesseur ; et quoiqu'il soit un homme trop probe pour agir contrairement À son devoir envers le gouvernement, son grand zèle pour l’orthodoxie en matière de religion peut l’engager à favoriser l'influence française par lintroduction de prêtres de la France en ce pays. Les Jésuites sont le seul ordre de prêtres réguliers qui ont montré de l'attachement aux Rebelles dans le cours de la guerre. Ils sont vieux et peu nombreux : autrement il serait peut-être prudent de nous en débarrasser complètement. Le gouvernement de ce pays doit veiller plus que jamais contre les machinations de la Frauce et du Congrès américain. J’insiste donc pour un envoi de prêtres au Canada, soit de la Savoie, soit de n'importe quel pays d'Europe qui ne soit pas sous la dépendance de la Maison de Bourbon. Pourvu que le gouvernement assure aux Canadiens le libre exercice de leur religion, il doit leur être indifférent que leurs prêtres viennent de tel ou tel pays !. »

La chose ne leur était pas du tout indifférente; et ils allaient bientôt le montrer, à Haldimand, d’abord, puis au gouvernement anglais lui-même.

Mais n’avohs-nous pas eu raison d'affirmer, en citant textuellement, du reste, sa correspondance, que rien n'était plus insidieux et plus nuisible à notre Eglise que les insinuations perfdes du gouverneur ?

S'il faut en croire Haldimand, M. Montgolfer, en lui annonçant l’arrivée de ses confrères, lui aurait promis de ne pas leur permettre de porter l’habit ecclésiastique ni de faite aucune fonction de leur ministère, avant d’avoir reçu ses ordres. Aussi entra-t-il en fureur lorsqu'il apprit qu’ils avaient assisté à une procession religieuse, à Montréal, et que l’un d'eux avait même prêché. Nous avons le

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