Lettre d'Haldimand à Lord North, 19 juin
prétendu sermon de M. Ciquart, il figure dans la collection Haldimand. Est-ce Haldimand lui-même qui l'y a mis, pour sa propre honte? Ce n’est nullement un sermon, dans le vrai sens du mot. C’est tout simplement une courte allocution du bon missionnaire, venant dire aux citoyens de Montréal, de la part de Saint-Sulpice de Paris, que le Séminaire ne les avait pas oubliés, qu’il les gardait dans son cœur, et qu’il s’efforcerait toujours de leur être utile et bon dans la mesure de ses forces. Haldimand ignoraitil que c'étaient les Sulpiciens qui avaient fait Montréal ce qu'il était, qui s'étaient toujours associés à ses progrès, qui Pentretenaient, qui le desservaient, qui le comblaient de bienfaits? S'il l’ignorait, il n'avait qu'à écouter ce que les Anglais eux-mêmes de Montréal lui firent dire par M. Brassier, qui descendit à Québec pour accompagner ses confrères. Il n'avait qu’à lire attentivement la pétition que lui envoyèrent les citoyens par leurs députés, MM. Mézières et Adhémar, le priant de leur laisser les deux bons prêtres, que sou aide-de-camp était venu chercher à Montréal comme des malfaiteurs.
Voilà donc MM. Ciquart et Capel de retour à Québec, après avo : ; «::< Cix jours à peine avec leurs confrères de Montréal. Li. Brassier a beau représenter au gouverneur que les Anglais eux-mêmes réclament leur maïntien dans le pays : «Ils vous font dire expressément, ajoute-t-il, que si les Américains s'étaient emparés du Canada, ils n'auraient pas craint, eux, de laisser le Séminaire avoir autant de prêtres de France qu’il l’aurait désiré. » — « Ce sont des incendiaires, réplique Haldimand ; ils sont les ennemis de leur Roi et de leur pays; ils désirent entraîner les Canadiens et le Séminaire de Montréal dans une mauvaise affaire, qui leur sera fatale à eux-mêmes et à la religion. »
Même réponse à Mézières, avocat Canadien, et à Adhémar, riche marchand de Montréal : « Mézières, dit-il, homme
loyal; Adhémar, caractère suspect ;» et pourquoi donc ? «parce qu’il a fait un voyage en France en 1777 ” L»
Les deux Sulpiciens sont embarqués sur un vaisseau, avec l’aide-de-camp. Maïs comme l’un d'eux, M. Ciquatt, se dit malade, l’aide-de-camp a ordre de le laisser débarquer à la Malbaie.
M. Ciquart en profite pour demander la permission de dire la messe aux habitants de l'endroit, qui seront si heureux de l'avoir, n'étant desservis qu’à de rares intervalles par le curé des Eboulements et de lIle-aux-Coudres, M. Compain %, La messe dite, M. Ciquart, en bon Auvergnat qui ne craint ni dangers ni fatigues, aidé d’ailleurs par les habitants, prend la fuite, et se sauve à travers les bois vers Montréal.
Que devint pendant ce temps M. Capel? Haldimand a oublié de nous le dire. Mais à peine le gouverneur a-t-il apprit la fuite de M. Ciquart, qu’il envoie à Montréal son autre aide-de-camp 1%, M. de Saint-Ours, courir après, —triste commission pour un Canadien qui se respecte—et le réclamer de M. Montgolfier. Celui-ci, obéissant au gouverneur, remet son confrère à l’aide-de-camp, qui le ramène à Québec :
«llest maintenant au Bic, écrit Haldimand à Lord North le 15 juillet, persistant à ne pas parler de M. Capel, et il y attend le départ de la frégate le Pandore # avec les
11. Le fait de n'avoir jamais été en France était, aux yeux d'Haldimand, la meilleure des recommandations. Voici ce qu'il écrit quelque part de M. Hubert: * He has the peculiar advantage over other Canadians who may be thought to possess equal merit, that he has never been in France...” (Lettre à Lord Sydney, 5 oct. 1784).
12. C'est lui qui, en 1784, fut chargé de faire le recensement des paroisses de la Petite-Rivière, Baie Saint-Paul, Ile-aux-Coudres, Eboulements et Malbaie.