‹ L'eglise du CanadaChapitre 150 sur 197 · Archiv. de l'Ev. de Q., Rég. D.-E., p. 29 vo · texte numérisé non relu

Archiv. de l'Ev. de Q., Rég. D.-E., p. 29 vo

qu’il est, lui évêque, ainsi que tous ceux qui sont en communion avec lui, et le simple «chrétien» qu'est le protestant. Voilà certes un Evêque digne des temps apostoliques, un Evêque dont les Canadiens devaient être fiers.

La réponse, en français, qu'Hamilton lui adressa le lendemain au Séminaire est très belle et tout à son honneur:

« La lettre que Votre Grandeur m'’a fait l'honneur de m'écrire et que je reçus hier soir, m’a causé la peine la plus sensible, principalement comme c’est de l’état de votre santé que vient la détermination que vous avez prise de vous démettre d’une charge que vous avez si dignement remplie.

« La Province en général, j'en suis très persuadé, regrettera votre retraite, rendant en même temps témoignage à la patience et à la fermeté avec lesquelles vous avez soutenu une maladie obstinée et douloureuse.

« Je ne tarderai pas à transmettre au ministre d'Etat la lettre de Votre Seigneurie, et je me ferai l'honneur de vous en communiquer au plus tôt le résultat.

«Les dispositions bienfaisantes de Votre Seigneurie m'étant connues particulièrement, je vous supplie de me croire bien intéressé à votre repos. Souhaitant donc que vous puissiez jouir dans la retraite de cette tranquillité à laquelle vous avez tant contribué, j'ai l'honneur d’être, monseigneur, avec la vénération la plus sincère et le plus profond respect, votre, etc, HENRY HAMILTON. »

Hamilton et M# Briand n'étaient pas étrangers l’un à l'autre, et se connaissaient depuis longtemps. Avant d’être lieutenant-gouverneur à Québec, Hamilton l'avait été à Détroit, qui appartenait encore au diocèse de l’Evêque, et les catholiques n'avaient eu qu’à s’en féliciter. En sa qualité de lieutenant-gouverneur de Québec, Hamilton était Président du Conseil Législatif, et le Conseil venait . de prendre une décision qui avait fait grand plaisir à l'Evé-

que. Dans l’année qui précéda son départ de Québec, Haldimand avait reçu ordre de la Cour de faire décréter par le Conseil que la loi d'Æabeas Corpus s'appliqueraïit désormais aux Canadiens. Le Conseil avait rendu une ordonnance à cet effet; mais par une étrange restriction il excluait du bénéfice de la loi «les personnes qui avaient prononcé des vœux dans les Couvents de la Province.» Les Communautés religieuses se récrièrent contre cette odieuse exclusion, et, par l'entremise de M. Gravé, adressèrent respectueusement à M. Hamilton, président du Conseil, des «Observations pour être communiquées par Sa Grâce à tous les honorables membres du Conseil Législatif, et qu’ils sont priés de prendre en considération.» Le Conseil amenda son ordonnance par laquelle il avait mis en force la loi d'ÆZabeas Corpus au Canada, et rendit justice aux Communautés religieuses; puis le Greffier adressa à M#" Briand la lettre suivante :

« Monseigneur, il m’est ordonné par les honorables membres du Conseil Législatif de vous faire passer un article, dans lequel les communautés et les maisons religieuses de cette Province se trouvaient concernées, et qui a été retranché de l’ordonnance au désir de leurs représentations. Votre Grandeur jugera par elle-même des intentions et des motifs que renfermait cet article. J'ai l'honneur, etc. Williams, G. du C. L.»

Le Prélat, d'autant plus heureux de cette décision que la grande majorité du Conseil était anglaise et protestante, répondit le même jour au Président:

« Rien n’est plus flatteur pour moi que la politesse dont vous venez de m’honorer en m’envoyant un article dans lequel les Communautés et les maisons religieuses de cette Province se trouvaient concernées, et qui a été retranché de l’ordonnance, au désir de leurs représentations.

« Je vous suis infiniment redevable d’avoir bien voulu les

écouter. Si je désire quelque relâche à mes maux, c’est pour continuer à m’user au bien de la Province, à retenir toutes les Communautés et les peuples que Dieu m’a confiés dans l’obéissance au Roi et à son auguste Parlement.

«J'ose vous prier de consigner dans vos Registres ce présent témoignage de mon dévouement à Sa Très Gracieuse Majesté, de mon éternelle reconnaissance pour vos faveurs, et du profond respect avec lequel je suis, monsieur et messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur, J.-Ol., Evêque de Québec. »

M£ Briand donna formellement sa démission le 29 novembre 1784. Les notaires Berthelot d’Artigny et Antoine Panet en dressèrent l'acte, dans lequel il était coustaté que l’'Evêque, « malade depuis plusieurs années de corps, était néanmoins très sain d’esprit, de mémoire, d’evtendement et de jugement.» M£# Desglis était présent et signa l'acte de démission, ainsi que M£' Briand lui-même et les deux notaires.

Détail curieux et caractéristique, qui montre combien on était sur ses gardes contre tout ce qui aurait pu faire soupçonner le moindre manque de loyauté à la Couronne: il était dit dans l’acte de démission que M£ Briand se démettait de l'Evêché «en faveur de son Coadjuteur, qui, de l’agrément de Sa Majesté, et par l’autorité du Souverain Pontife Clément XIV, a dès ci-devant obtenu la Coadjutorerie cu futuré successione, et peut actuellement être le seul Evêque en Canada qui puisse exercer les mêmes fonctions que ME Briand. »

« Sa Majesté : » mais quelle Majesté? celle de France, ou celle d'Angleterre? Pour nous, il nous semble qu’il ne pouvait y avoir le moindre malentendu à ce sujet. Eh bien, il fut décidé de mander de nouveau les deux notaires

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