Vie de Mgr de Laval, t. II, p
éclairer et concilier les esprits, toucher les cœurs, maintenir tout le monde dans les droits sentiers ?
M# Briand se hâta de répondre, à Montréal, au Coadjuteur, qu’il estimait beaucoup, qu’il affectionnait, pour ainsi dire, comme un fils, à la nomination duquel il avait applaudi et même contribué, mais dont il n 'approuvait pas évidemment l'attitude dans les circonstances présentes :
« Monseigneur, dit-il, j'ai reçu le jour de l’Ascension après midi votre lettre du 28 avril. Je gémis dans mon cœur et devant Dieu de voir la paix troublée dans cette pauvre Eglise du Canada. Je m'étais toujours efforcé de la maintenir. Je ne puis aujourd’hui que prier le Souverain Pasteur d'avoir pitié de cette portion de son troupeau, et de rétablir l'union et la concorde parmi les chefs qui la gouvernent.
« Pour répondre à vos questions, il est sans contredit que vous devez lui obéir, et abandonner la visite, s’il vous lordonne. De casser un grand vicaire, n’est point une preuve d’aliénation d'esprit. Et supposé qu’il eût effectivement l'esprit aliéné, il faudrait observer bien des formalités auparavant de le déclarer inhabile, de prendre sur lui l’autorité, et de rejeter ses ordres.
« Je crois avoir entendu dire que ME l’Evêque de Québec est choqué de ce que vous ne lui avez point rendu compte de vos visites. Il pourrait peut-être bien l’être encore de ce que vous entreprenez de les poursuivre sans lui en avoir : donné avis. Pour vous mettre en règle et pour obvier à tous les inconvénients qui pourraient en résulter, avant de reprendre la visite vous devriez au moins lui écrire que vous allez la continuer sous ses ordres, et qu’à votre arrivée à Québec vous l’instruirez fidèlement de toutes vos opérations. Cette déférence qui lui est due et qui est dans l’ordre, vous mettrait à l’abri de tout, et le contenterait. Il me semble même que les mandements de vos visites auraient
“dû être écrits en son nom, et signés par lui; car vous trou. verez peut-être des curés instruits et malins qui pourraient vous chicaner.
«Voilà, monseigueur, mes sentiments, que je vous développe avec la même confiance que vous me les demandez. Je les crois fondés sur les Canons, et selon la hiérarchie ecclésiastique. Je serai toujours disposé à donner mes avis, quand on les exigera, sans en être plus mécontent si on ne les suit pas. J'espère du zèle et de la prudence de Votre Grandeur que vous sacrifierez tout à la paix et au bonheur de la religion. Je suis avec un tendre et sincère attache. ment, monseigneur,.….. J.-Ol., ancien évêque de Québec 5, »
Ab, la belle et admirable lettre, dans sa franchise et sa simplicité! Comme elle mettait toutes choses au point ! Aussi, quel heureux résultat n’eut-elle pas immédiatement ! ME Hubert s'empressa de suivre l'avis de Mer Briand et. d'écrire au vénérable Evêque de Québec une lettre, dont celui-ci fut si content, qu'il lui répondit aussitôt de la manière la plus obligeante, sans même faire allusion à ce qui s'était passé: tout était déjà oublié : du moment qu’on reconnaissait l'autorité de son siège, et qu’on avait pour lui quelque égard — c'était bien le moins qu’il pût exiger — il était prêt à tout accorder. Plût au Ciel que M. Gravé eût suivi l'exemple de M# Hubert!
«Mon cher Coadjuteur, écrit M# Desglis, j'ai reçu avec bien du plaisir votre lettre. Je suis fort content que M. Poujet veuille bien encore vous aider dans cette nouvelle campague. La demande qu’il vous a faite d’un prêtre pour desservir sa paroisse en son absence est sûrement bien juste, et vous ne pouviez pas mieux faire que de jeter vos vues sur M. Gagnon 16 pour desservir sa cure. Notre M. D AN NS les
15. Archiv. de l'Ev. de Q,, Reg. IV des lettres, lettre de Mgr Briand à Mgr Hubert, à Montréal, 5 mai 1788.
16. Ce M. Gagnon n'était à Saint-Charles que depuis quelques mois, et le bon M. Sarault en avait assez: “ Votre lettre à Mgr l'Ancien, lui
Poujet le mérite bien, et M. Sarault peut fort bien faire seul son ouvrage 11.
« J'ai lieu de croire que M. Montgolfier vous a commu niqué la copie d’une lettre que j'ai reçue de M. Hussey dans ce mois-ci.
«Je ne manquerai pas, mon cher coadjuteur, de prier Dieu pour votre conservation et pour l’heureux succès de vos visites. Mais je ne pourrai pas vous recommander au saint sacrifice, car je ne dis pas la messe depuis Pâques : les jambes me manquent tout-à-fait.
« Je me dis de tout cœur avec la plus respectueuse considération... L.-Ph., Evêque de Québec . »
Certes, cette lettre n'accusait pas un prélat à l'esprit dérangé et aliéné, comme on avait eu la charité, en certains quartiers, de représenter M#' Desglis.
Lä lettre suivante du vénérable Evêque de Québec à M£ Briand, écrite dans le même temps, le dénotait encore moins :
«Monseigneur, j'ai reçu dimanche dernier une lettre de M. l'abbé Hussey en date du 8 février. Elle m’a bien
écrit Mgr Hubert, m'ayant fait connaître les justes sujets de méconten-
tement que vous avez de M. Gagnon, j'ai résolu de vous en débarrasser
au plus tôt, persuadé que vous aimerez mieux vous passer de vicaire d'ici à quelque temps que d'en avoir un de cette trempe. Je vous prie
donc de lui donnr son congé. Je le destine à vicarier dans le district
de Montréal, où étant sous mes yeux il réprimera, j'espère, ses petites saillies, ou bien on y mettra ordre. Voici le mandat que je lui adresse:
“ Monsieur, aussitôt la présente reçue, il vous plaira vous-transporter à
“ Gainte-Geneviève de Berthier pour desservir cette paroisse en qualité “ de vicaire pendant l'absence de M. Poujet, qui doit nous accompagner “ dans la visite de la rivière Chambly. Vous ne manquerez pas de faire “ vos remerciements à M. Sarault et de vous rendre à Berthier avant la
“ fête de la Pentecôte. Je vous souhaite une parfaite santé, et suis...
“ Jean-François, Ev. d'Almyre.” (Reg. IV des lettres, lettre de mai
17. M. Joseph Gagnon devint plus tard curé des paroisses Saint- François et Sainte-Famille, île d'Orléans, et, d’après Tanguay, il “ fut un généreux bienfaiteur de l'éducation dans ces. deux paroisses. ” (Tanguay, Répertoire du Clergé, p. 137).