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Lettre de Mgr Desglis à Mgr Hubert, 12 mai

tt APRÈS LA CONQUÊTE 305 réjoui, et m’enhardit de nouveau à lui continuer ma confiance. Je crois que ce monsieur est vraiment disposé À rendre de grands services à notre diocèse. Je vous envoie copie de sa lettre, présumant qu’elle vous ferait plaisir,

« J'ai reçu en même temps une lettre, datée le 16 février, d’un prêtre de la chapelle catholique de Frédéricton, dans les colonies voisines du Maryland. Je me la suis fait expliquer. En voici à peu près le contenu : ilime demande de faire circuler parmi les Anglais catholiques du Canada une édition anglaise de l’Zmztation de Jésus-Christ, qu’il a publiée lui-même en Irlande il y a deux ans. Je vous envoie sa lettre pour la communiquer à M. Burke #. Il vous en donnera sûrement une claire explication *. »

Du reste, ne suffit-il pas de la belle lettre pastorale que ME Desglis avait adressée l’automne précédent «aux Catholiques de la Nouvelle-Ecosse, » pour montrer que le Prélat était à la hauteur de toutes ses fonctions épiscopales. Donnons-en les principaux passages: jamais les différentes parties de l’Acadie catholique n’avaient encore été mentionnées aussi distinctement, et à part, dans un mandement:

« À Nos Très Chers Enfants en Notre-Seigneur Jésus- Christ, les Catholiques Anglais, Ecossais, Irlandais, Acadiens et autres établis à Halifax, au Cap-Breton, à l’Ile

- Saint-Jean, à Shelburne, Autigonish, à Digby, à Memramcook, au Cap-Sable, à la Baie Sainte-Marie, à Miramichi, à Annaréchaque, et généralement dans toutes les parties de la Nouvelle-Ecosse, Salut et Bénédiction.

« Dieu ayant permis, Nos Très Chers Enfants, que par notre qualité d’évêque de Québec nous fussions chargé de la conduite de vos Âmes, nous avons appris avec une joie inexprimable que, dispersés que vous êtes, confondus avec

10. M. Burke était au Séminaire de Québec depuis l’année précédente, 20. Lettre du 5 mai 1788.

des-religionnaires étrarigérs,-et n'ayant: point pour la plu-: pârtautant de.secours spirituels qu’il, vous ‘en faudrait.et

que nous: désirerions vous en: procurer, vous aviez néan-

moins persévéré constamment dans votre foi et votre

attachement à la Communion Romaine... Vous avez des

sentiments d'honneut, de religion et de zèle pour les inté-

rêts de Dieu. Vous l’aimez, vous observez sa loi...»

Il les engage à remercier Dieu de toutes ces grâces... Il leur explique ensuite que s’il ne leur donne pas autant de missionnaires qu’ils en voudraient, cela ne veut pas dire qu’il les! a oubliés : il n’en a point. Ici même, dit-il, «au centre du diocèse, il y ades peuples innombrables auxquels, nous ne pouvons donner de pasteurs, à cause de la rareté des ecclésiastiques. Vous en manqueriez encore, si les vertueux missionnaires Européens ne se fussent transportés chez vous avec une ardeur dont nous conserverons éternellement le souvenir... Ayez donc pour eux beaucoup de respect, d’obéissance et d’affection. Gardez-vous bien de lés contrister par vos péchés et vos dérèglements. .….»

Il s'adresse ensuite à chacun des groupes catholiques de l’Acadie:

«Je dis aux catholiques d'Halifax: Révérez M. Jones. C’est un homme d’un grand mérite, et auquel vous avez des obligations infinies. Suivez ponctuellement ses conseils, surtout pour votre conduite extérieure. Vous êtes liés par vos intérêts et par votre commerce avec des citoyens d’une autre croyance que vous. Vivez en paix avec eux. Ayez pour les personnes tous les égards possibles. Cédez-leur partout la première place. Mais s’ils vous donnent de mauvais exemples, s’ils vous tiennent des discours séduisants et pernicieux, défiez-vous de leurs paroles et souvenezvous de votre religion.

« Je dis aux fidèles de Memramcook : M. LeRoux a fondé votre chapelle et l’a entretenue en grande partie à ses frais depuis plusieurs années. Faites attention à cette bonne

œuvre. Ne lui refusez pas son légitime. Ayez de la vénération pour son grand âge, et ne l’obligez pas de payer les droits à une église qui lui.appartient à quelque chose près.

« Je dis aux fidèles de la Baie Sainte-Marie et du Cap- . Sable : Quoique vous soyez presque tous Acadiens, si cependant on vous donne des missionnaires anglais, ne vous affigez pas. Ayez-en soin et espérez que dans peu de temps ils sauront assez le français pour confesser et instruire ceux d’entre vous qui n’entendent pas l'anglais.

«Je dis à ceux de l’Ile Saint-Jean, du Cap-Breton, de Miramichi et d'Annaréchaque: Soyez fidèles au Roi que Dieu fait régner sur vous, sachez que vous ne pouvez être bons chrétiens ni vrais catholiques, si vous n'êtes bons et loyaux sujets de Sa Majesté. Toute puissance vient de Dieu, et sans examiner de quelle nature est cette puissance, dès qu’elle est légitime, vous devez vous y soumettre...

« Enfin, je vous dis à tous: Aimez-vous les uns les autres, comme Jésus-Christ vous aime. Qu'il n’y ait point dans vos congrégations de divisions, de guerre. Rappelez-vous souvent que vous avez tous le même Dieu, la même foi, le inême baptême, que vous participez tous aux mêmes sacrements, et que vous espérez tous la même récompense éternelle. C’est en esprit de cette union que nous vous adressons cette lettre en commun, et voulons qu’elle soit lue dans toutes les missions de la Nouvelle-Ecosse, au prône de la messe paroissiale, trois dimanches consécutifs... »

Voilà comment les Evêques de Québec aimaient leurs enfants de l’Acadie! La première lettre pastorale de ME Briand fut pour eux; et c’est aussi à eux que M# Desglis, qui ne fut pas assez longtemps évêque de Québec pour en publier un grand nombre, adressa la dernière qu’il écrivit, comme un testament d'amour et de tendresse paternelle

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