Reg. D. E, 12 juin
«Le diocèse de Québec, dit-il, est d’une si grande étendue, et les fidèles y sont en si grand nombre, que quatre étés ne suffisent qu’à peine pour les visiter. Depuis deux ans que j'ai reçu la consécration épiscopale, j'en ai commencé la visite qui n'avait pas été faite depuis quatorze ans, à raison de la guerre, et des infirmités de mes prédécesseurs; et quoique je n’aie pas encore visité la moitié des paroisses du diocèse, néanmoins plus de quatorze mille personnes ont déjà reçu de mes mains le sacrement de Confirmation.
«Ce pays, naturellement fertile, s’'augmente considérablement de jour en jour, tant par les établissements des Auglais, que par ceux des Canadiens. La religion dominante est toujours la Catholique Romaine, et quoique depuis vingtneuf ans que l'Angleterre nous a conquis, graud nombre d'Anglais se soient portés en Canada, ils sont pourtant et seront probablement toujours beaucoup moins nombreux que les Catholiques, tellement qu’il y a un tiers des paroisses de la campagne où l’on aurait peine à trouver trois familles protestantes.
« J'ai remarqué en faisant la visite pastorale beaucoup de foi parmi les peuples, et d’attachement à notre sainte religion. Mais il est à craindre qu’ils ne perdent de ces bons sentiments par la rareté des ouvriers évangéliques, qui ne peuvent suffire habituellement aux instructions, ayant trop de terrain à parcourir. Il n’y a dans le diocèse de Québec que cent-quarante prêtres: ce qui est insuffisant pour un peuple immense comme celui-ci. La plupart des prêtres sont Canadiens, et tous le seront bientôt; car le ministère Britannique ne permet pas que l'on y admette des ecclésiastiques européens, surtout des Français. Son opposition sur cet article, manifestée en plusieurs occasions, réduit le diocèse.anx seuls sujets qu’il peut produire de lui-même, ce qui est une ressource très médiocre. Nonobstant cela, nous ävons des actions de grâces à rendre à Dieu de la
protection que le Gouvernement Britannique veut bien accorder aux Catholiques, en général, et au clergé en particulier. Les curés de ce diocèse ont joui paisiblement jusqu'à ce jour des revenus de leurs bénéfices, et le gouvernement ne paraît aucunement disposé à les inquiéter làdessus, non plus que sur le libre exercice de la religion.
« Les prêtres de ce pays sont bons engénéral; ils portent l’habit ecclésiastique et célèbrent la messe tous les jours. On voit parmi eux peu de vices grossiers et scandaleux ; ils aiment leurs Evêques et en sont aimés réciproqgnement,»
On le voit, les impressions de M£# Hubert sur son clergé s'étaient déjà un peu modifiées depuis l’année précédente ; et nous avions raison de croire qu’il avait trop généralisé, lorsqw’il avait parlé à M. de Villars «du relâchement du clergé canadien.» Tant il est vrai que les personnes même les plus sages, même les plus éclairées et les plus élevées en dignité, ont toujours raison de se défier de leurs premières impressions! Le même tableau, vu une seconde fois, est souvent différent de ce qu’il paraissait à première vue.
Le Prélat parlait ensuite des Sauvages du Canada, et n’en paraissait pas enthousiasmé :
« Les missions sauvages, dit-il, autrefois très nombreuses, sont réduites à six ou sept, auxquelles on a soin de donner des missionnaires. En général il y a peu de choses à faire pour le salut de ces barbares, que l'usage immodéré des boissons enivrantes expose tous les jours à commettre de grands crimes. J'ai été moi-même missionnaire chez eux pendant plusieurs années, et j'ai vu combien peu on en devait espérer. »
Il passe ensuite à ses Séminaires, aux Religieux et aux Religieuses de son diocèse :
«Les deux Séminaires de Montréal et de Québec se soutiennent daus la ferveur. C’est de ce dernier, où les
ecclésiastiques sont élevés dans l'étude et dans la piété, que l'Évêque tire des prêtres pour le service du diocèse.
«Il reste en Canada quatre prêtres ex-Jésuites®. Ces prêtres ont rendu beaucoup de services au diocèse, et en rendent encore tous les jours, quoique fort avancés en âge.
«Trois couvents de Récollets, autrefois bien remplis, sont presque vides aujourd'hui et menacent d’une ruine prochaine. Il ne leur reste en tout que cinq prêtres? et quelques frères laïs.
«Enfin nous avons en Canada deux communautés d'Ursulines, trois de religieuses hospitalières, et une de filles séculières, qui sont d’un très grand secours pour l'instruction des enfants de leur sexe, et pour le soin des infirmes. Rien de plus édifiant que la manière dont la ferveur s’est soctenue dans ces six maisons, qui forment vraiment la portion la plus pure du troupeau que Dieu nous a confié.
« Voilà, monseigneur, en abrégé, le véritable état actuel du diocèse de Québec. J’ose supplier Votre Eminence de vouloir bien transmettre aux pieds du trône du Souverain Pontife! ces nouvelles de cette partie de son troupeau. Assurément elles réjouiront son cœur paternel, surtout, monseigneur, si vous voulez bien faire connaître à Sa Sainteté le dévouement sincère et l’obéissance parfaite de ce diocèse et de son Evêque au Saint-Siège apostolique! »
C'est ainsi que ME Hubert, qui fut toujours si attaché à Rome, se tournait, dès le commencement de son épiscopat, vers le centre de l'Unité Catholique, pour exposer aussi exactement que possible au Saint-Siège l’état de l'Eglise dont il venait de prendre le gouvernement.
8. Les Pères de Glapion, Well, Girault de Villeneuve et Casot.
0. Le Père de Bérey, le P. Carpentier, le P. Chrysostôme Dugast, le P. Louis Demers et le P. Dominique Pétrimoux.
10. Le Très-Saint-Père Pie VI, Jean-Ange Braschi, alors régnant (1775-1790).