‹ L'eglise du CanadaChapitre 41 sur 197 · TE£ DEUM D’ACTIONS DE GRACES · texte numérisé non relu

TE£ DEUM D’ACTIONS DE GRACES

F y a plus d’un rapprochement à faire entre le siège de Québec de 1690 et celui de 1775. Dans les deux cas, ce sont les Anglo-américains de la Nouvelle-Angleterre qui viennent assiéger notre ville, et non pas les Anglais de la Grande-Bretagne. En 1600, ils veulent se venger des expéditions foudroyantes que Frontenac a dirigées contre eux, l'hiver précédent, à Corlar, à Salmon Falls et à Casco; ils se présentent en ennemis devant Québec avec trente vaisseaux de guerre, commandés par Phipps. Frontenac est maître chez lui: il est sûr de toute la population canadienne, et leur répond par la bouche de ses canons. Le siège ne dure que sept jours; et Phipps !, à sa courte honte, retourne avec ses vaisseaux à Boston d’où il est parti.

En 1775, Carleton, notre excellent gouverneur anglais, qui ressemble à Frontenac sous tant de rapports ?, est isolé dans Québec, au milieu d’un pays qui s’est donné, pour ainsi dire, aux Américains. (Ceux-ci se présentent en « amis » devant notre ville, et sont d’autant plus surpris d’y

1. Né à Pemquid, en Acadie, il était le vingt-sixième enfant d’une pauvre famille. Il fut successivement berger, matelot, capitaine de navire, gouverneur du Massachusetts.

2. Voir notre brochure Mgr Briand et les Gouverneurs de son temps, Evreux, 1916, p. 14.

trouver de la résistance, que tout le reste du pays est à eux. Leur commandant, Richard Montgomery, s’oublie même jusqu’à envoyer à Carleton une sommation insultante, indigne de son caractère et de sa réputation de galant homme; car tous les chroniqueurs de l’époque s'accordent à faire l'éloge de cet officier américain, choisi pour l'expédition par Washington lui-même :

«Cet officier, écrit une annaliste, jouissait de l’estime générale; il était si bon, qu’il était impossible de ne pas l’aimer, l’admirer et s'attacher à lui 5 ».

Carleton, qui le connaît bien, puisqu'il a combattu à ses côtés, en 1750, sur les Plaines d'Abraham, se contente de lui répondre par le silence, en attendant de le faire, comme Frontenac, par la bouche de ses canons. Toute la colonie sympathise avec les Américains ; mais Carleton a pour lui le droit et la justice : avec le groupe de soldats intrépides qu’il a autour de lui, il soutient noblement la défense de notre ville; et après un siège de six mois il voit les Américains se retirer découragés, s'éloigner peu à peu de Québec, puis quitter notre pays.

Qui a sauvé Québec en 1775? Sa garnison courageuse et intrépide, sans doute. Mais ne craignons pas de le dire, avec ME Briand: « Marie a conservé cette ville, qui seule restait fidèle {. » Et le pieux Prélat ajoutait: « Fasse le Ciel que ce bienfait signalé de la divine Providence pour une ville que nous devons tous regarder comme le dernier boulevard qui restait à la province et à la religion de nos pères, puisse dessiller les yeux à tous ceux de nos frères

que l'esprit d’erreur et de mensonge avait aveuglés ! »

Marie conserva notre ville en 1775 comme elle l'avait

conservée en 1690. Ceux qui ont lu la le de Mor de

3. Mgr de Saint-Vallier et l'HGh.-Général, p. 408. 4. Lettre aux Visitandines de Rennes, 27 sept. 1776.

Laval se rappellent peut-être les détails religieux que nous y avons donnés sur la défense de Québec par Frontenac contre Phipps et ses Bostonnaïis 5: le beau mandement que M£" de Saint-Vallier donna à cette occasion, où il disait entre autres choses : « Vous garderez en vain notre ville, si le Seigneur ne la garde; » le geste héroïque de nos iutrépides Canadiens, qui, ayant abattu le pavillon de l’amiral américain, allèrent le chercher à la nage, à la vue des ennemis stupéfaits, et l’apportèrent en triomphe à la cathédrale, où il resta suspendu à la voûte, comme témoignage de reconnaissance envers Dieu; le geste de-foi non moins admirable de M£ de Laval, faisant arborer au haut du clocher de la cathédrale un tableau de la sainte Famille, comme un gage d’espérance; la belle et pieuse correspondance du vénéré Prélat, écrivant entre autres choses à son ami Denonville: « Vous avez raison de qualifier ce pays du nom d’un pays de miracle: jamais Dieu n’a fait plus paraître sa puissance que cette année sur lui..; » l'acte de reconnaissance de M£" de Saïnt-Vallier, donnant à l'église de la Basse-Ville, qu’il avait commencé à bâtir, le titre de Notre-Dame de la Victoire, en souvenir de la protection de Marie sur l'Eglise du Canada. Quels grands et saints Evêques nous avons eus à toutes les périodes critiques de notre histoire: Laval et Saint-Vallier en 1600, Pontbriand en 1759, Briand en 1775, et plus tard Plessis en 1812!

En 1775, tout se fait doucement et sans bruit, comme il convient aux circonstances, mais avec la même piété, la même confiance en Dieu et en Marie qu’en 1690. Pas de mandement de M£' Briand à ses diocésains, cela va sans dire: il est enfermé dans la ville: nous n’avons de lui aucune corespondance durant les mois du siège: mais il

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