‹ L'eglise du CanadaChapitre 67 sur 197 · Archiv. de l'Ev. de Q., Rég. C., p. 139 ro et suiv · texte numérisé non relu

Archiv. de l'Ev. de Q., Rég. C., p. 139 ro et suiv

Jele regrette, ilest vrai, et dans ce moment je me sens les entrailles particulièrement attendries sur ses malheurs. Mais vous me remarquez bien que jamais il ne pourra plus se reproduire dans ces pays-ci sans empirer les suites de ses égarements. Qu'il se console donc de vous avoir pour Père dans ces contrées lointaines, où, redressé par vos soins, il ne doit aspirer désormais à d’autre patrie que celle des vrais pénitents, qui seule peut réellement terminer l’exil et les calamités des mortels. Continuez-lui vos bontés, je vous en supplie instamment, en vous remerciant de celles que vous lui avez déjà témoignées, avec une reconnaissance aussi affectueuse que si j’en avais moi-même éprouvé les effets 15, »

Qui n'admirerait la sollicitude et la charité du vénérable Supérieur du Séminaire de Montréal à l’égard de ces deux ecclésiastiques étrangers, le prêtre hongrois et le Religieux allemand dont nous venons de parler? Hélas! que n’avaitil pas, dans le même temps, à souffrir, de la part d’un de ses propres confrères de Saint-Sulpice, M. de la Valinière, curé de l’Assomption! Ce prêtre avait donné, comme le P. Floquet, dans les idées annexionnistes, et il était incontrôlable. M. Montgolfer écrivant un jour à M£ Briand:

« J'ai eu l'honneur, dit-il, de décharger mon cœur à M. le Général Carleton à son sujet: je le crois des plus coupables, et le moins revenu de ceux qui s'étaient montrés rebelles. Son Excellence me laisse la liberté d’en user à son égard comme je le jugerai à propos. Le besoin de prêtres m'oblige de l’employer, quoique à regret. Si Votre Grandeur juge à propos qu’il soit retiré, et s’il y avait moyen de pourvoir aux besoins essentiels de cette grande

15. Lettre du Père Schmidt, abbé de Vadegasse, à M. Montgolfier, 15 mars 1779. — Cette lettre, en français, était accompagnée d’une autre, en latin, à M Braün lui-même, dans laquelle le Père abbé lui faisait mille recommandations et lui donnait des nouvelles de l’abbaye, — A ces lettres était joint le dimissoire accordé à Braün le 7 janvier précédent par le Général de l'Ordre des Prémontrés, G. Manoury.

paroisse 1, je n’y verrais aucun inconvénient. Mais je souhaiterais alors que le sujet fût éloigné du pays. Il est absolument volontaire, et, quoique de bonnes mœurs, il nous causerait infailliblement quelque autre chagrin 7.»

M Briand choisit un moyen terme à l’égard de M. de La Valinière: au lieu de l’éloigner complètement du pays, il se contenta de l’éloigner de Montréal, et le nomma curé de Saint-Roch des Aulnaies, où il lui causa mille ennuis, allant même jusqu’à le menacer d’un procès par rapport à cette annexion de quelques habitants de Saint-Roch à Saint- Jeau-Port-Joli, dont nous avons parlé plus haut :

« Je vois, lui écrit M# Briand à propos de cette menace, que vous avez plus d’esprit que moi, mais je soutiendrai toujours que je suis droit et sincère... Je vous attends, et je suis prêt à me mettre sur la sellette pour vous répondre ; et je n’en aurai point honte !8, »

Au bout d’une année, le Prélat fut obligé de le retirer de Saint-Roch, et lui confia la cure de Sainte-Anne; mais il ne tarda pas de s’y rendre impossible comme ailleurs: c'était la dixième ou douzième paroisse qu’il mettait sers dessus dessous par ses agissements déraisonnables, fruit d’un esprit inquiet, bizarre, mal équilibré. «Il est absolument volontaire,» écrivait M. Montgolfer; et il en citait un exemple à M£' Briand. Sous prétexte, probablement, qu’il était Sulpicien, quand il quittait une paroisse desservie par Saint-Sulpice, un presbytère, par conséquent, aménagé par les Sulpiciens, il s’'emparait tout bonnement du ménage, et le transportait avec lui dans la nouvelle paroisse où il était nommé, sans s'occuper — tellement forte était chez lui l’habitude — si la nouvelle paroisse était de celles

16. C'était la paroisse du fameux Walker, qui n'avait probablement pas peu contribué à “ américaniser ” ce pauvre La Valinière,

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