Invasion du Canada, p
15. Ceci fait voir une fois de plus la bonne entente qui existait entre Mgr Briand et M. Montgolfer, entre Montréal et Québec.
ans et plus les Anglais mêmes. On a su mon mandement, et on a dit à cette occasion mille pauvretés qui font pitié et qui supposent bien peu d’esprit de religion.
« Mais la réputation des Trois-Rivières s’est bien établie, pat l'occasion présente. J'en ai été charmé ‘6. »
Nos Canadiens m'ont couvert de confusion, parce que je les aime. Voilà bien qui caractérise M& Briand: il aime les Canadiens, il s’est attaché à eux, il admire le courage avec lequel ils ont supporté la séparation de la mère patrie et se sont remis à leurs travaux pour réparer les ruines de la Conquête. Que de fois sans doute il s’est plu à vanter leur bon esprit et leur loyauté, lorsqu'il en a eu l’occasion, devant leurs nouveaux maîtres! Et voilà qu’ils viennent lui donner le démenti le plus honteux par leurs sympathies et leur agissements annexionistes! Eh bien, il cherche, malgré tout, à les excuser: « Je les ai excusés tant que j'ai pu,» dit-il. Et il nous semble l'entendre dire, avec son fin sourire, à ceux qui les méprisent: « Pourquoi seraient-1ls plus loyaux que vos Anglais du Canada, dont la plupart ne cachent nullement leurs sympathies pour leurs congénères de la Nouvelle-Angleterre ? »
Certes, ce n’est pas là le langage qu’il tient aux Canadiens eux-mêmes: nous l’avons vu par son mandement : « Vos serments, votre religion vous imposent une obligation indispensable de défendre votre patrie et votre Roi. F3 N’écoutez pas les séditieux qui cherchent à étoufier en vous les sentiments de soumission à vos légitimes supérieurs.» Ces recommandations, il y tiendra jusqu’à la fin, envers et contre tous; il les sanctionnera par les peines les plus graves: et il aura la consolation de voir son clergé, à très peu d’exceptions près, la plupart des nobles, la plupart des bourgeois des villes et des campagnes Jui
16. Archiv. de l'Evêché de Québec, Reg. IIT des lettres; p. 530.
rester fidèles ; mais des habitants, en général, tout ce qu’il pourra obtenir, ce sera l’abstention extérieure, une neutralité plus ou moins sincère; un bon nombre diront « mille pauvretés » de son mandemant; les sympathies, en général, sont pour les Américains: nous avons là-dessus son propre témoignage :
« Presque toute la colonie, écrit-il quelque part, désirait que Québec fût pris 11, »
Comment expliquer un pareil état de choses? On a beau dire que «la population était prospère !, » que « les Canadiens étaient le plus heureux peuple de l’univers #, » il ne nous en paraît pas moins certain que le régime anglais, pour une raison ou pour une autre, n'avait pas jeté dans le pays de profondes racines, et que les cœurs étaient encore, peutêtre plus que jamais, avec la « douce France,» avec son régime paternel, dont on a dit « mille pauvretés, » mais qui valait bien celui de Londres et du Massachusetts.
L’invasion militaire du Canada par les Américains avait été précédée par l’invasion de leurs idées. Depuis plus de deux ans, des émissaires du fameux Comité de correspondance établi à Boston à l’instigation de Samuel Adams *!, parcouraient nos campagnes, sous différents prétextes, et s'apitoyaient sur le sort des Canadiens, faisant miroiter à leurs yeux les prétendus avantages qu'ils auraient à s’annexer à la future République. Aux paroles viendront bientôt s'ajouter les écrits : on répandra partout, en les jetant à la porte des maisons, des copies imprimées d’une « lettre adressée aux habitants de la Province de Québec, de la
17. Revue Canadienne, t. VIT, p. 441, lettre de Mgr Briand aux Visitandines de Rennes, 27 sept. 1776.
18. Archiv. du Canada, Papiers d'Etat, Q. 0, lettre de Cramahé à Darmouth, 22 juin 1773.