Documents Constitutionnels, p
les rendre le plus acceptables possible. «Après tout, se disait Carleton, qui avait vu à l’œuvre le Roi, ses ministres, les membres du Parlement, que veut l'Angleterre ? Se faire agréer des Canadiens, leur rendre aussi supportable que possible le nouveau régime auquel ils sont soumis, se les attacher par un bon gouvernement, afin qu’ils soient pour elle une force et un appui au delà des mers, plutôt qu’une source de difficultés et de faiblesse. Les Instructions qu’elle nous donne ne peuvent avoir d’autre but: prenons-les donc dans ce sens. »
Carleton, plein de droiture et de bon sens, était naturellement porté à la bienveillance; et tout le temps de son administration il n’eut en vue que de procurer le bien de notre Province, laissant souvent de côté la lettre de ses Instructions pour n’en prendre que l'esprit, au risque même, quelquefois, de se créer bien des misères de la part des exagérés et des intransigeants du parti anglais, dont il dérangeait les calculs.
On assure qu'avant de revenir au Canada, porteur de l’Acte de Québec, qu’il avait gagné au prix de tant de travail, d'habileté et de luttes courageuses, « il avait exprimé le désir d’être laissé à lui-même autant que possible à l'égard des arrangements ecclésiastiques %. » C'était bien prudent, de sa part ; et c’est en mettant ce désir à exécution qu’il sut se rendre si aimable, si conciliant et si heureux dans ses rapports avec le Chef de l'Eglise canadienne. Jamais il n’y eut plus d'harmonie entre l'Eglise et l'Etat au Canada que sous son administration.
Dans l’Acte de Québec proprement dit, il n’y a, à vrai dire, qu’un mot qui sonne mal à une oreille catholique: le mot « Suprématie » : nous en avons parlé dans notre volume précédent 5 La loi accordait aux catholiques «le libre