Silas Farmer, History of Detroit, p
Le P. Potier correspondait peu avec son Evêque, probablement parce qu’il n'était que le second à Détroit; c’est le Père Franciscain qui avait les pouvoirs de grand vicaire. Il se contentait d'écrire pour son ami, le P. de Bonnécamps, d’abord, pour lui-même ensuite, quelques notes toutes personnelles, une espèce de journal, généralement sans beaucoup d'intérêt: nous en avons cité quelques bribes ailleurs. Le P. Bocquet écrivait assez régulièrement à ME Briand; et ses lettres nous font connaître l’état religieux de Détroit, à cette époque.
Il était loin d’être parfait: ce qui d’ailleurs n’a pas lieu de nous surprendre, la mission de Détroit étant si éloignée de son premier chef spirituel. Le gouverneur protestant de l'endroit, étant plus près, en profitait pour s’ingérer dans les affaires ecclésiastiques, les dispenses de parenté pour le mariage, par exemple, la publication des bans; et les missionnaires, un peu faibles, subissaient cet état de choses. ME£"' Briand écrit un jour au P. Bocquet:
« J'ai reçu, depuis ma répouse à votre première et l’envoi de la dispense pour le sieur Legras, vos deux lettres en date du 27 avril, et une du 30 juin, ensemble copie de prétendue dispense, ou ordre de publier, donné par le Commandant.
« Vous ne pouvez ignorer que le Commandant ne pouvait accorder cette dispense; et vos doutes m'ont étrangement surpris. J'eusse mieux aimé qu’usant d’épikie, vous eussiez pris sur vous de dispenser, et cela eût été plus raisonné et plus sensé. Dieu soit béni! J'espère que vous ne tomberez plus en pareille faute. J'en aï parlé à M. Carleton, qui a blâmé l'officier, et qui m’a promis d’en écrire à M. Gage !?. Or, pour vous instruire, il faut que vous sachiez que le roi d'Angleterre n’exerce que par l’archevêque, ou plutôt qu’il
. 19. Gage, commandant des forces anglaises en Amérique, et résidant à New-York, avait juridiction sur tous ces commandants locaux.
ne fait aucune fonction ecclésiastique par lui-même ; et les fit-1l, donnât-il ses pouvoirs à exercer par ses officiers, les reconnaîtriez-vous, en bon catholique ? /
« Quant aux mariages faits devant notaires, lorsqu'il n’y a point de prêtres, et qu’il est impossible d’y recourir dans un temps raisonnable, l’on doit toujours les réhabiliter en face de l'Eglise; et quant au mariage du sieur Legras, vous devez le regarder comme nul et le réhabiliter avec les formalités ordinaires, en leur faisant comprendre leur crime, qui tient de l’abjuration...»
Le P. Bocquet lui avait parlé des annonces qu’on exigeait quelquefois qu’il fit, soit aux prônes, soit à la porte de l’église :
« Il en est, lui répond l’Evêque, que vous ne devez pas opiniâtrément refuser, surtout lorsqu'il s’agit de l’avantage de votre peuple; d’autres qui sont indécentes à votre ministère. Quand vous serez embarrassé, vous pourrez m'écrire, et même à M. Gage, si on vous molestait, mais avec prudence, choix, vérité et discernement. »
Le pieux Prélat termine sa lettre par un mot d’encouragement pour ce bon missionnaire, si éloigné, si isolé des siens, et qui brilla toujours, dans sa très longue carrière, par la pureté de ses mœurs:
« Quoique j'aie blâmé votre conduite sur un seul point, dit-il, n’allez pas croire que j'en aie moins d’affection pour vous et moins de reconnaissance pour les services que vous rendez à mes diocésains #?, »
Il s'adresse ensuite à ses diocésains eux-mêmes, les paroissiens du P. Potier, en particulier; et après leur avoir dit combien il regrette de ne pouvoir aller les visiter, il les exhorte à la pratique fidèle de la vraie religion :
« Prenez bien garde, dit-il, que par de mauvaises mœurs
20. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. III des lettres, p. 333, lettre du 7 août 1767.
vous ne vous attiriez pour vous et pour votre postérité la perte de la vraie foi, parce que vous n’en suivreriez pas les lumières. Ce don précieux, cette faveur incomparable, que tant de peuples n’ont point encore reçue et que tant d’autres ont perdue, peut vous être enlevée, et le sera certainement si vous n’en profitez pas.
«Nous avons appris avec peine que plusieurs d’entre vous ne sont point dociles à la voix du pasteur que le Seigneur vous a conservé, point fidèles à payer les dîmes et les offrandes que l'Eglise ordonne pour la subsistance de ses ministres, dont la loi naturelle même vous découvrirait l’étroite obligation, si vous l’écoutiez; point zélés pour
l’ornement de la maison de Dieu, et si peu que l’on a été obligé de vendre la terre de l’église pour satisfaire aux frais de la bâtisse d’une petite chapelle, et que le R. P. Potier est obligé de faire les dépenses du vin et du luminaire. Je vous avoue, Nos Très Chers Enfants, que ces tristes nouvelles m'ont rempli le cœur d’amertume. Ignorez-vous donc que c’est Dieu qui fait croître le blé dans vos champs, qui fait réussir vos projets, que sans lui vos soins, vos travaux, votre vigilance, votre activité seraient inutiles, et que vous n’en retireriez aucun avantage ; que tout est mal. heureux, enfin, dès qu’il retire sa bénédiction ?! … »
C’est le P. Bocquet, avons-nous dit, qui avait, à Détroit, les pouvoirs de grand vicaire ; mais l’intention de l’'Evêque était qu’il les communiquât largement au P. Potier: |
« C’est assez d’un grand vicaire dans ces contrées, dit-il. Vous pouvez vous-même, et décemment vous le devez, donner au P. Potier les pouvoirs d’absoudre des cas et censures réservées.
« Je n’ai point encore eu deses nouvelles. A-t-il de la santé? J'en suis inquiet, et de la vôtre aussi, quoique votre style