‹ L'église du Mans durant la RévolutionChapitre 10 sur 104 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Confesseurs de la foi déportés à Bordeaux et à Blaye. — Privalioot et tourments qu'ils endurent. —^Dangers continuels pour leur vie.

— Prêtres manceaux embarqués sur le Jeanfy. — Ils sont arrêtés dans la rade de l'tle d'Aix. — Souffrances qu'ils ont à supporter.— Un peu d'espoir leur est rendu en 1795. — Mort de François Fiénoir. — Pétitions de quatre prêtres de la Mayenne captifs snr /e Jeanty, au directoire du département et au représentant du peuple. — Leur délivrance. — Captivité des prêtres détenus dans la rnde de Rochefort. — Cruels traitements qu'ils y endurent. — L'épidémie fait mourir beaucoup de prisonniers. — Règlement de vie adopté par les confesseurs de la foi. — La mortalité redoubla parmi eux. — La révolution du 9 thermidor apporte quelques adoucissements à leur sort. — Charitable accueil qu'ils reçoivent à Saintes. — Leur délivrance. — Charles-René Colas-Dubignon.

— Le P. François Bardinet. — Etienne Duplain. — René Lelaadaid. — Louis-Gabriel Maillard.

Tandis qu'un grand nombre de martyrs rendaient témoignage à la foi en versant leur sang, d'autres confesseurs souffraient dans les prisons de Bordeaux et de Blaye des tourments qui en conduisirent un grand nombre au tombeau. On a vu précédemment que le directoire du département de la Mayenne condamna, le i 2 avril 1793, onze prêtres à la déportation à la Guyane, où un climat meurtrier devait promptement leur donner la mort. Le récit de leur voyage nous a fait connaître quels dangers menacèrent leur vie durant la route. En arrivant à Bordeaux, leur sort n'éprouva aucun adoucissement. Us furent jetés dans une prison où se trouvaient déjà entassés im

grand nombre d'ecclésiastiques venus de divers dépaiiements. On leur refusait tout, même de la paille pour se ooudier. Un pain noir et de Feau corrompue, voilà les seuls aliments qu'on leur accordait; seulement par un Taffmement de malice, on y ajoutait de la viande le vendredi! et le samedi ; aussi la faim leur faisait endurer des tourments continuels. Les brutalités de leui*s geôliers redoublaient leurs supplices. Bientôt les maladies se mirent parmi ces infortunés : les infirmes et les vieillards ne purent y tenir; et la mort causa de prompts ravages dans leurs rangs.

Les privations physiques marchaient accompagnées

d*un régime de terreur qui montrait le trépas toujours

présent à leurs yeux. Durant les quatre premiers mois,

toute communication avec le dehors était sévèrement

interdite. Les sentinelles avaient reçu la consigne de ne

répondre à aucune parole des prêtres et de ne leur laisser

parvenir aucun billet. Chaque jour ils voyaient passer les

condamnés que l'on conduisait à Téchafaud ; chaque jour

ils s'attendaient à être immolés ; chaque jour ils faisaient

tous ensemble leur préparation à la mort. Ils durent croire

l'entendre arriver, lorsque l'on dressa la guillotine dans la

ba&?e-cour du fort du Hâ, et que Ton creusa tout près un

canal que purifieraient les eaux de la Garonne. Le projet

de les guillotiner tous était, dit-on, arrêté ; la chute de

Robespierre et la mort de l'affreux Lacombe, président du

tnbunal révolutionnaire de Bordeaux, empêchèrent cette

sanglante exécution.

De Bordeaux nos prêtres manceaux furent transférés à Blaye. Là ils habitèrent dans des souterrains humides et obscurs: on ne leur donna même pas de paille pour prendre leur sommeil, et il fallut rautorisation d'un représentant du peuple, pour qu'on leur distribuât celle que leur avait envoyée M"* Dupuy; bienfait inappréciable dans une pareille détresse. Leur argent, leurs livres, tout ce qui aurait pu soulager ou distraire leurs douleurs leur fîit enlevé. Ils ne recevaient, comme à Bordeaux, pour toute

nourriture, que du pain et de Teau, de détestable qualité Ce que Ton permettait de leur apporter de la côte, leni était chèrement vendu. La charité imagina quelquefoii des stratagèmes pour leur prociu-er des soulagements; mais cette charité fut en diverses circonstances punie de h prison, ou les objets qu'elle envoyait furent saisis par les gardiens qui se les attribuèrent. Il faut rendre hommage à une pieuse demoiselle nommée Pichon, qui montra un dévouement au-dessus de tout éloge poiu* venir au secours des confesseurs de la foi. On ne doit pas de moindres louanges à la garde nationale de Blaye, qui sauva la vie à plusieurs de ces prêtres, qu'un bataillon de volontaires voulait massacrer.

La tyrannie de Robespierre renversée, la liberté ne fut point rendue aux captifs de Bordeaux et de Blaye; la haine du prêtre, née des bouffonneries de Voltaire et de la démence athée des disciples de la philosophie^ était trop fortement ancrée dans le cœur des révolutionnaires qui continuaient de peser sur la France. La Terreur néanmoins présentait un visage moins sombre : les captifs pouvaient écrire et recevoir des lettres; mais ils éprouvaient les mêmes traitements physiques, et leurs aliments étaient aussi insuffisants que par le passé. A Blaye, on obligeait nos malheureux prêtres à travailler comme des forçats pour le service delà citadelle; et la moindre faute dans l'accomplissement d'une tâche supérieure aux forces de vieillards épuisés était sévèrement punie par des gardiens impitoyables.

Le 5 novembre, des commissaires prirent leurs noms et leurs signalements. Ils le*ur firent entendre qu'on allait leur rendre la liberté ; mais on voulait les transporter au loin, et probablement à la Guyane. Nos prêtres manceaux furent embarqués avec un certain nombre d'autres ecclésiastiques détenus à Blaye ou à Bordeaux ; les autres furent laissés dans leur prison, en attendant un second départ. Ceux que l'on voulait déporter immédiatement furent mis au nombre de six cents sur trois vaisseaux^ dont l'un,

k Jeantyj en contenait deux cent quarante-six ou sept ; c'était là qu'étaient nos compatriotes. On mit en mer peu de jours après, le 5 novembre ; mais la vue de navires iDglais,qui étaient au large, obligea de se rapprocher de la eôte. Après quelques stations sur différents points^ kJwUy et les deux autres allèrent mouiller, vers la fin Je décembre, à l'entrée de la Charente^ près des bâtiments où se trouvaient enfermés les prêtres déportés à Rocheixi, dont nous allons parler tout à l'heure, l^es déportés les deux catégories se visitèrent de temps en temps jusqu'au commencement de février ; ceux de Bordeaux, fii n'avaient pas été dépouillés aussi inhumainement que ceai de Rocheforl, offrirent à leurs confrères de partager âTec eux tout ce qu'ils avaient pu conserver.

Les prisonniers venus de Blaye et de Bordeaux passèrent tout l'hiver sur leurs navires ; ils n'avaient plus à souffrir le tourment delà faim, comme dans leurs premiers cachots ; mais ils étaient encore entassés la nuit dans un entre-pont bas où ils manquaient d'air, et ils étaient, de plus, dévorés par la vermine. Au mois de janvier 1795, quelques nyons d'espérance vinrent luire à leure yeux ; ils apprirent que des dispositions plus favorables pour les prêtres se manifestaient dans l'intérieur. Venus de plus de soixante lieues pour voir leur curé, de pieux fidèles apportèrent des nouvelles consolantes. Quelques-uns des captifs, à la sollicitation de leurs amis ou de leurs parents, adressèreot des pétitions à l'administration de leurs départements pour obtenir leur délivrance ; d'autres se refusèrent à toute démarche de ce genre. 11 n'y avait plus que quatre Manceaux sur le bâtiment le Jeaniy : cinq de nos confessenrsétaient atteints de maladies si graves, que leurs bourreaux avaient été contraints de les laisser dans les prisons de Bordeaux et de Blaye. François Piénoir avait succombé aux privations et aux mauvais traitements dès avant l'embarquement de ses compagnons de captivité.

Ce saint martyr était né à Emée en \ 735. 11 fut toujours employé dans sa ville natale, sans être astreint à aucun

ministère, se contentant de sa position de prêtre habitué. Il n'en travaillait pas moins avec une ardeur infatigable. Il était très-instruit, et parlait avec éloquence. Ses sermons étaient suivis, et sa direction pieuse et éclairée était recherchée des âmes délicates. On dit que son zèle ne connaissait pag l'art si utile, si nécessaire des ménagements; et plus d'une fois il blessa des susceptibilités qui cherchèrent à éveiller contre lui les préventions des supérieurs. Le Ciel ne permit pas que ces trames réussissent; François Piénoir fut toujours estimé du peuple et du clergé. Il reçut en 1 768 une marque flatteuse de cette estime, loi'squ'il fut élu procureur des prêtres et de la confrérie du Saint- Sacrement. 11 remplit ses fonctions jusqu'à la fin avec autant d'application que de succès. 11 avait espéré se soustraire aux persécutions et rester dans le pays d*Ernée, pour y travailler au salut des âmes; mais arrêté de bonne heure, il mourut pour sa foi avec la constance et l'espérance d'un vrai martyr.

Les quatre confesseurs qui survivaient adressèrent le 22 janvier 1795 la lettre suivante aux membres du directoire du département de la Mayenne. Ce document authentique et inédit confirme tout ce que nous avons dit des souffrances des prêtres déportés, et présente l'avantage d'offrir des données positives sur le nombre des victimes, nombre que les historiens n'ont pas connu avec certitude.

1795. — 22 janvier.

a Citoyens^

a Après deux ans d'exil, vous pardonnerez à des malheureux de pousser un cri vers la patrie; nous espérons qu'il parviendra jusqu'à vos cœurs, parce que le terrorisme n'en ferme plus l'entrée.

« Le IG avril 1793, par arrêté du directoire, nous fûmes conduits, au nombre de dix, de Laval à Bordeaux, pour y être embarqués et déportés à la Guyane française. Sans aller plus loin, nous avons vu fondre sur nous toutes les

ngnenrsde la plus affreuse captivité. Plongés tour à tour dans les cachoûi infects de Blaye et de Bordeaux, enchaîna par des mains avides et barbares, accoutumées à se remplir de la substance des malheureux abandonnés à leur rapacité , nous en étions venus au point d'attendre la mort comme un dernier bienfait de la Providence. Bientôt la contagion et la faim la fixèrent sur nos tètes ; avant notre départ nous comptions déjà plus de deux cents victimes ; et ceux qu'elle n'a pas encore frappés du dernier coup en portent le germe destructeur tout prêt à se développer.

c Cependant, citoyens, c'est dans cet état que nous avons été embarqués au mois de frimaire. La mort nous avait enlevé le citoyen Piénoir ; Tàge ou la maladie en ont retenu cinq dans les prisons de Blaye et de Bordeaux ; nous

seuls traînant encore im reste d'existence avons été

allasses avec deux cent quarante-six compagnons d'infortune dans les flancs obscurs d'un vaisseau négrier. Nous souffrons depuis quatre mois toutes les misères d'une position si nouvelle pour nous, toutes les rigueurs d'une saison cruelle, à laquelle nous sommes surpris nous-mêmes d'avoir échappé. Nous avons déjà passé à bord le temps d'une longue traversée ; et nous voilà sur les vases meurtrières de la Charente, où nous remplaçons huit cents infortunés dont cinq cent trente-trois ont perdu la vie. Lliumanité de la Convention a sauvé les autres, et plusieurs rappelés par leurs départements respectifs sont dans ce moment rendus à leur patrie, à leur famille ; et déjà plusieurs parmi nous ont reçu le même bienfait. Citoyens, seriez-vous les derniers à donner cette preuve de justice cl d'humanité? Non, vous n'avez point voulu nous envoyer à la mort; vftus serez jaloux d'essuyer tant de larmes; vous pouvez prévenir le dernier coup qui nous menace; des drconstances malheiu'euses n'enchaînent plus votre sentiment; la République est délivrée de ses tyrans ; elle veut être juste ; l'espoir renaît dans tous les cœurs ; eh ! pourquoi ne pounîons-nous pas espérer aussi ? Tout notre

in. — 9

crime est d'avoir refusé un serment dont l'objet vient d'être solennellement proscrit par le décret de la liberté des cultes ; tout notre crime est d'avoir conservé un attachement constant à une opinion religieuse qu'il n'est pas dans votre cœur ni dans vos principes de punir. Le Ciel nous est témoin si jamais nous prétendîmes porter atteinte à l'ordre civil et politique. Que pouvez-vous craindre pour le repos de votre pays de quatre malheureux qui se font un devoir d'en respecter les lois, qui n'ont d'autre ambition que de rentrer paisiblement dans le sein de leur famille , qui ne vous demandent que la vie? Nous sommes assurés^ citoyens, de trouver dans vos cœurs des vertus qui vous parlent pour nous ; vous ne serez pas insensibles au plaisir des grandes âmes, celui de faire des heureux. Livrez-vous à ce doux sentiment; sauvez des concitoyens, sauvez des frères. »

Les quatre prêtres qui avaient signé la pétition précédente en écrivirent une autre le même jour au représentant du peuple en mission à Rochefort. Us en adressèrent mie troisième aux citoyens représentants du peuple composant le comité de sûreté générale. Il serait inutile de reproduire cette troisième, parce qu'elle n'ajoute pas de renseignements nouveaux; mais nous donnons la seconde, qui est inédite comme la première.

a Au citoyen représentant du peuple en séance à Boche fart.

a Citoyen,

0 11 est peu d'exemples d'un malheur aussi constant, aussi opiniâtre que celui qui nous poursuit depuis deux ans. Arrachés du sein de nos familles, conduitSà Bordeaux de brigade en brigade, 'à travers mille dangers, nous n'avons trouvé dans les prisons de cette ville qu'un régime de fer, que des hommes avides et barbares, pour qui la pitié est une raillerie, et la rapine un besoin. Là, tout ce qu'une misère profonde a de hideux et de révoltant, l'air

infect des cachots, les frayeurs de la mort, tous les maux Dous assiégèrent à la fois. Deux ceuts de nos frères en ont été les victimes, et nous en porterons, pour la plupart, de tristes restes au tombeau.

c Cependant, citoyen, les temps à cette époque étaient déjà changés. Rendue à elle-même, à sa première énergie, la Convention nationale était juste ; elle l'était, elle foulait l'être. A sa voix la terreur et le crime avaient disparu; l'espérance et le calme renaissaient dans les cœiu*s; nous osions espérer aussi, lorsqu'un coup imprévu nous plonge dans un état plus affreux encore, nous livre nus et «:ans ressources aux hasards nombreux d'une carrière toute nouvelle poiu* nous.

« Des hommes, citoyen, d'un âge pour la plupart avancé, rassasiés depuis longtemps d'opprobres, de chagrins, d'amertumes de toute espèce, deux cent cinquante malheureux échappés à peine à une année entière de détresse et de faim sont ensevelis aujourd'hui dans les flancs obscurs d'un vaisseau négrier. Grâces aux soins d'un homme sensible et bon, nous n'avons souffert ici que ce que notre situation rendait inévitable ; mais que de maux, que de tourments lui sont attachés! Ce ne sont plus des nègres, la couleur a changé; mais la traite est la même. Veut-on rendre à l'Afrique victimes pour victimes?Pardon, citoyen, nous ne devons ni ne pouvons pressentir les vues de TAssemblée sur nous ; mais nous sommes à bord depuis deux mois, et notre route est encore incertaine ; nous succédons dans notre rade à des infortunés dont le sort jusqu'à présent n'a rien de rassurant pour nous. Combien étaient- ils ily a un an? Combien sont-ils aujourd'hui? Voilà nos craintes, nos assurances; souffrez, citoyen, que nous les déposions dans votre sein. Serions-nous coupables? La loi finit où la cruauté commence. Si nous sommes innocents, vous pouvez tout pour le bien. Consultez la Convention et votre cœur, et rendez-nous justice.

€ A bord du Jeanty^ en rade à Tlle d'Aix, le 5 nivôse l'an lU* de la République française. » (1795 — 2i janvier.)

iSt L'ÉGLISE DU MANS

Nous croyons que ces pétitions furent remises à l'un de nos compatriotes, qui avait été visiter les confesseurs de la foi pour consoler leur dure captivité. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elles obtinrent leur effet ; au bout de quelques semaines, Philippe Ménochet et ses compagnons purent regagner le Maine, où ils continuèrent à travailler au salut des âmes avec un zèle inébranlable, malgré les nouveaux périls suspendus sur leurs têtes. Les cinq autres prêtres manceaux restés dans les geôles de Blaye et de Bordeaux y souffrirent encore longtemps ; mais la loi du A décembre 1790, qui étendait l'amnistie accordée par une autre loi du 24 octobre de la même année, mit eofin un terme à tant de rigueurs.

Plus cruel encore était le sort des prêtres déportés à Ro-' chefort, et par conséquent d'un grand nombre de nos compatriotes ; car ce fut vers ce port que les prêtres du département de la Sarthe furent dirigés. Plusieurs des confesseurs de la foi qui endurèrent cette persécution, ont laissé des relations des rigueurs qu'ils eurent à souffrir; et ces récits authentiques offrent un tableau vraiment navrant. L'un de ces mémoires les plus remarquables à tous égards^ et celui qui nous intéresse le plus, est celui qui fut écrit par Simon Guilloreau, desservant à Saint-Remy-du-Plain, et depuis curé de cette paroisse (1).

Le supplice de nos confesseurs de la foi commençait dès les premiers instants de leur départ. Ils étaient conduits par les gendarmes de brigade en brigade, à pied, si leurs forces

(1) En 1790 le curé de Saint-Remy-du-Plain était Matthieu Duclos, vieillard infirme, qui occupait son poste depuis le mois de juin 1701. Il ne fit pas le serment, et mourut durant la Révolution. Simon Guilloreau lui avait été donné pour seconder son ministère, d*abord comme vicaire, puis comme desservant. C'était un prêtre qui jouis* sait de l'estime des supérieurs ecclésiastiques. Il refusa le serment; il avait quarante et un ans. Le mémoire qu*il a écrit sur sa capti« vite à Rocbefort fut envoyé par Jacques-François-Charles Bureau, curé de la Cathédrale du Mans, à Aimé Guillon, qui s'en servit utilement pour son ouvrage, les Martyrs de la fot, et qui le ciU) avec éloge, 1. 1, p. 357.

poaTaîent le permettre; si la captivité déjà endurée, les privations et l'âge les mettaient dans l'impossibilité absolue de faire la route à pied, ils voyageaient dans des charrettes ; et dans tous les cas les plus durs traitements ne leur manquaient pas de la part de leurs conducteurs, ni ordinairement de la part des populations égarées, au milieu desquelles il leur fallait passer. Tout ce que les prêtres de la Sarthe déportés en Espagne au mois d'août 1792, ceux de la Mayenne déportés à Bordeaux en avril 1793, ou à Rambouillet en octobre de la même année, eurent à endurer dans leurs pénibles voyages, les ecclésiastiques dirigés sur Rochefort l'endurèrent à leur tour. Durant cette longue voie douloureuse, ils n'entendaient qu'injures et cris de mort. Quelquefois, mais rarement, ils rencontraient des âmes compatisSvantes. En arrivant à Rochefort, on les embarquait sur le vaisseau les Deux- Associés onleWashington; c'étaient deux navires qui avaient servi autrefois à la traite des nègres. A la mi-mars 1794, les prêtres déportés se trouvaient entassés sur ces deux bâtiments au nombre de plus de sept cents; quatre cents sur le premier, et trois cents sur le second. Dès qu'ils avaient mis le pied à son bord, le capitaine les faisait dépouiller, pour découvrir l'argent qu'ils pouvaient avoir; on ne leur laissait que ce qui était strictiement nécessaire pour se vêtir; on leur enlevait leurs livres de piété et autres, et môme leurs bréviaires. Si par une adresse peu commune ils étaient parvenus à soustraire quelque objet à leurs impitoyables gardiens, et qu'il fût découvert, ils étaient mis aux fers comme ayant voulu voler la aation.

Les prêtres étaient littéralement entassés sur les deux bâtiments. Durant le jour, ils devaient se tenir sur le pont dans un espace étroit et embarrassé, où ils étaient contraints de rester debout faute de place pour s'asseoir. Ils y étaient exposés alternativement au soleil, à la pluie, et au firoid durant l'hiver. C'était bien pis la nuit; l'entrepont était pour eux un cachot fermé ; ils s'y étendaient les uns àcùté des autres, sans quitter leurs habits^ et sans avoir où

reposer leurs têtes. L'air bientôt corrompu, les baquets infectés placés de distance en distance, une vermine dévorante et inévitable mettaient le comble à l'horreur de cette situation. La nourriture consistait en pain, biscuit, viande salée, morue, gourganes ou fèves de marais et vin ; le vin seul était bon; le reste était sec, dur, moisi, gâté ou pas cuit.

Personne ne saurait imaginer les traitements indignes qu'on faisait subir aux prêtres déportés, les injures qu'on leur adressait^ les propos grossiers et licencieux qu'ils étaient forcés d'entendre, les blasphèmes qui retentissaient à leurs oreilles : officiers, soldats , matelots, tous rivalisaient d'ardeur pour les tourmenter ; à tout propos on les appelait des scélérats. S'ils voulaient prier, on les interrompait par des moqueries grossières, impies, blasphématoires, et ils étaient obligés de cacher conmie un crime l'acte le plus nécessaire et le plus naturel à l'homme. On renouvela plusieurs fois contre eux des humiliations honteuses : on leur refusait impitoyablement les objets les plus indispensables. Le capitaine du Washington fît mettre aux fers \m sergent pour avoir donné quelques rafraîchissements à six ecclésiastiques qui venaient de porter en terre huit de leurs confrères, par un temps de pluie et de givre. Quelques jours de fers étaient un châtiment ordinaire, appliqué un peu au hasard et pour des fautes qui n'en étaient pas, comme pour des plaintes sur la nourriture.

Une cruelle épidémie se déclara bientôt parmi les prêtres déportés. Les malades furent déposés sur des barques pontées, où ils couchaient sur des planches avec leurs habits ordinaires, sans couvertures, sans rien pour reposer leurs têtes, sans linge pour changer, quelles que fussent la nature et la gravité de la maladie. Le seul secours qu'il était permis d'espérer était un peu de tisane mal composée ; encore n'en recevait-on pas toujours, même dansle plus pressant besoin. Au mois d'août 1794, on supprima les hôpitaux étabUs sur des barques, et on les transporta dans la petite lie Madame, nommée alors ile citoyenne, voisine de

rUe d'Aix; et au mois de novembre, lorsque les vaisseaux se furent rapprochés, on les transféra de nouveau sur le rivage. 11 y eut huit tentes dressées à terre, et trente lits dans chacune. Jusqu'à ce joiu* les malades avaient été couchés sur des planches. Dans les temps de pluie et de grands froids, ces tentes étaient extrêmement incommodes, et le service des malades on ne peut plus pénible; mais les prêtres les plus jeunes et les plus forts montrèrent un courage au-dessus de tout éloge pour s'accpiitter des fonctions d'infirmiers. A la patience avec laquelle les mourants supportaient et leurs souffrances et la privation de tout, il était facile de reconnaître pour quelle cause ils enduraient de si cruels tourments.

Quelques-uns des prêtres déportés détenus sur les Deux- Associés proposèrent, dès les premiers jours, à leurs confrères d'adopter im règlement commim pour tendre plus sûrement à la perfection dans la nouvelle situation qui leur était faite ; ce projet fut adopté avec empressement par tous. Porté sur le Washington, il y reçut le môme accueil. Rien n'est plus édifiant que les dispositions par lesquelles ces confesseurs de la foi se proposaient d'éviter tout murmure, tout mouvement d'impatience, toute vaine inquiétude, de conserver le recueillement, de méditer sur les années passées, de n'avoir que charité pom* tous leurs confrères indistinctement. Ce dernier point était d'une importance capitale : des prêtres schismatiques avaient aussi été condamnés à la déportation, comme les prêtres catholiques, et en arrivant auprès de ces derniers, ils les avaient traités avec défiance ; en peu de temps la douceur, les prévenances des ecclésiastiques fidèles firent tomber tout prétexte de séparation, et ramenèrent dans le droit sentier ceux qui avaient eu le malheur d'en dévier; tous rentrèrent dans le sein de l'Église. C'est ce qiû arriva en particulier pour plusieurs prêtres du diocèse du Mans.

La mortalité, qui avait commencé à décimer les (lépoii;és peu de temps après leur embarquement, augmenta avec les chaleurs de Tété. Au mois d'août surtout, im très-grand

nombre succombèrent, sans qu'on prit aucune précaution pour adoucir leur position. La tyrannie de Robespierre avait cessé, disait-on ; mais rien n'était changé à bord des Deux-Associés et du Washington. Aussi en dix mois, depuis avril 1794 jusqu'en février 1795, il succomba plus de cinq cents prêtres toujours soumis au régime le plus sévère et le plus brutal.

La révolution du 9 thermidor ne fut connue des malheureux captifs de l'Ile d'Aix que sur la fin du mois d'octobre ; on commença à devenir un peu moins inhumain à leur égard. Ils furent partagés en trois classes : les convalescents furent placés sur les Deux- Associés, dont on avait blanchi l'intérieur avec de la chaux vive ; les malades furent déposés sur \ Indien; etceux qu'on jugeait bien porw tants furent réunis sur le Washington. Quoiqu'on ne leur eût rien laissé de superflu, ces derniers furent encore soumis par le capitaine à une nouvelle fouille. L'hiver se passa dans des alternatives d'espérance et de crainte. Us eurent la consolation d'entretenir des correspondances avec leurs amis; et leurs bréviaires leur furent rendus, du moins ceux qui n'avaient pas été déchirés. Le 6 février 1795, on les débarqua, et on les mit en route pour Saintes, où ils arrivèrent le surlendemain au nombre de deux cent trentesept, seul reste de plus de huit cents prêtres qui s'étaient succédé sur les vaisseaux.

A Saintes, la position des déportés changea entièrement. Les habitants, libres enfin de laisser éclater leiurs sentiments de respect pour le clergé, leur prodiguèrent les marques de leur vénération, et pourvurent à tous leurs besoins. Une liberté entière fut successivement rendue aux malheureux captifs; et au mois d'avril, ils purent retourner dans leurs diocèses.

Parmi le grand nombre des victimes qui succombèrent dans la rade de Tile d'Aix, plusieurs appartenaient au diocèse du Mans; nous ne pouvons parler que de ceux désignés par des mémoires malheureusement incomplets.

Charles-René CoUas-Dubignon, né à Laval, profès de la Compagnie de Jésus, puis prêtre de la congrégation de Saint-Sulpice, et supérieur du séminaire des philosophes de Bourges, fut le premier de nos compatriotes qui succomba par suite des souffrances infligées aux déportés. Sa iamille était originaire de l'Irlande. Il était frère d'Etienne Collas-Dubignon, qui était en 1762 novice écolier delà Compagnie (Je Jésus, et qui en 4790 exerçait les fonctions d'aumônier de lliôpital Saint-Joseph, à Laval. Tandis que ce dernier était déporté avec les autres prêtres de la Mayenne, le supérieur du petit séminaire de Bourges restait caché dans cette ville. Il y fut arrêté en 1793, incarcéré an couvent de la Visitation, et mis en tête de la liste des préires qui devaient être déportés à la Guyane. Au mois de mars de l'année suivante, il fut embarqué sur le navire les Detuc- Associés. Les vexations de tout genre et les privations qu'il eut à partager avec ses compagnons eurent bientôt épuisé ses forces. Son mal s'aggravant de jour en jour, on le transporta sur une de ces barques pontées dont nous avons parlé, et dont le séjour était plus insalubre encore que celui du navire, au point que les médecins eux-mêmes craignaient d'y mettre le pied, de peur de contracter les maladies de ceux qu'ils devaient soigner. Au milieu de tant de souffrances, Thérolque patience de Charles-René Collas-Dubignon, était un sujet d'admiration et d'encouragement pour ses compagnons d'infortune. Un d'entre eux, dans un moment de désolation, lui ayant dit : •Convenez, Monsieur^ que nous sommes les plus malheureux des hommes. » — a Oui, répondit-il ; mais vous comiendi*ez aussi que nous sommes les plus heureux des chrétiens.» Ces paroles, précieusement recueillies par ceux qui les entendirent, et souvent répétées parmi les prêtres déportés à Rochefort, devinrent pour eux comme un cri de ralliement et une espèce de mot d'ordre qui soutint et enflaninia de plus en plus leur courage. Ce fut au milieu de ces admirables sentiments de résignation que CharlesrRené Collas-Dubignon expira dans la nuit du 2 au

188 L'EGLISE DU MAMS

3 juin 1794, à Tàge de cinquante et un ans et quelqui mois (1).

Le P. François Bardinet n'appartenait point au diooè du Mans par sa naissance ; il avait vu le jour à Limoges ( 1751 ; mais il était religieux proies de labbaye de Beai lieu^ au Mans, par conséquent chanoine régulier de la oo] grégation de France, dite de Sainte-Geneviève. Le 29 avi 1790, les officiers municipaux du Mans se rendirent l'abbaye de Beaulieu, firent réunir tous les membres co' ventuels, au nombre de onze; le douzième était en voya. à Tabbaye de la Roë ; ils leur donnèrent lecture des décra de l'Assemblée constituante qui abolissaient les vœux religion, et leur déclarèrent qu'ils étaient libres de renta dans la vie civile : mais les religieux protestèrent xmtm mement qu'ils désiraient rester dans la congrégation laquelle ils s'étaient engagés au service de Dieu. A pac de ce jour, le P. François Bardinet montra une oppositi constante aux innovations impies qui se succédèrent dm rapidité. Au commencement de 1792, il quitta Le Mans^ retourna à Limoges au sein de sa famille. Il y fut arrêté 1793 et condamné à la déportation à la Guyane, par administrateurs du département de la Haute-Viennefut conduit avec un grand nombre de ses compatrio^ jusqu'à Rochefort, au commencement de 1794; et on ne a laissé un récit navrant de ce qu'ils eurent à endurer c rant un aussi long trajet. Notre pieux chanoine fut embque sur le navire les Deux-Associés ; mais ses forces pt siques ne correspondirent point au courage de sa foi.Apa avoir souffert durant plusieurs mois avec une résignatB exemplaire, il succomba dans la nuit du 6 au 7 an tembre 179i, à l'âge de quarante-trois ans. Ses cend:^ reposent dans l'Ile Madame.

Neuf jours seulement après la mort du saint chanoiv

(1) Aimé GuilloD, les Martyrs de la foi, t. II, p. 215. — JanffSi Mémoires pour servir à l'histoire de la religion à la fin du xvni* sHH 1. 1, p. 525.— BouUier^ Mémoires, p. 419 et 454. — Vie de M, Émm 1 1, p. 458.

m autre prêtre du diocèse du Mans rendit son âme à Dieu sir ce théâtre de tant de martyres. U se nommait Étiei;ine- Ctuirles-Antome Duplain. Q était né àSaint-Remy-du-Plain, 011749, avait été ordonné prêtre en 1780, et avait d'abord rempli les fonctions de vicaire à Rouez-en-Champagne. Il fiit ensuite employé à Chemiré-le-Gaudin. Quoiqu'il n'eût fait que des études médiocres, son application continuelle in travail unie à un zèle ardent, à une maturité de jugement remarquable et à une inaltérable douceur, le rendit un ouvrier des plus utiles dans la vigne du père de famille, n n'imita pas les malheureux exemples de son oiréy et malgré les persécutions qu'il eut à essuyer dans la parusse de Gbemiré, il y resta aussi longtemps qu'il lui fiit possible après son refus de serment^ content de rendre lervice à une partie notable de la population, dont il posstiait la confiance la plus entière. Obligé de fuir devant Fémeute, il se réfugia du côté du Passais normand, espérant y secourir encore les âmes ; mais il tomba entre les mains des persécuteurs de l'Église, et fut renfermé dans la geôle d'Alençon. 11 fut traduit devant le tribunal révolutionnaire du département de l'Orne (1), puis, sur l'ordre du représentant du peuple Letoumeur, il fut conduit à Rambouillet à la fin d'octobre 1793. Au commencement de l'année suivante, il fut conduit avec d'autres prêtres, et notamment avec René Lelandais, dont nous allons parler tout à l'heure, à Rochefort pour y être embarqué et de là conduit à la Guyane. Il monta sur le vaisseau le Washingion, et il ne tarda pas beaucoup à contracter la maladie pestilentielle qui y moissonna tant de victimes. U rendit scm âme à Dieu sur le navire même, le 45 septembre 4794, à l'âge de quarante-cinq ans. Son corps fut inhumé dans rUe Madame.

(1) Michel Magloire, prêtre de la paroisse de Saint-Léonard d'AlençoD, et par conséquent du diocèse du Mans^ fut condamné à la déportation par le tribunal criminel de l'Orne. 11 s'échappa de la prison et De fut point déporté, même à Rambouillet; et nous le trou- Tons travaillant dans le diocèse du Mans jusqu^ea 1800 et 1801.

Deux mois après environ expirait sur le même bàtim Rémi Lelandais, dont nous venons de prononcer le ne Celui-ci était né à Juvigny-sous-Andaine (i), et remplisi les fonctions de vicaire dans la paroisse de Ck)uterne moment où Ton exigea le serment de la Constitution. II refusa, et en môme temps prit la résolution de ne pc sortir du royaume, mais de braver tous les dangers p remplir son ministère, d'autant plus nécessaire que la était attaquée avec plus d'acharnement. Considéré de fl le monde comme un prêtre d'une éminente vertu, ne courageux vicaire resta dans la paroisse môme de C terne, où les fidèles venaient le trouver de plusieurs lie aux environs. Lui-môme parcourait tous ces parages nuit, et parfaitement déguisé. A la fin, il fut trahi, et i colonne mobile vint le saisir dans une maison du bourg Couteme qui lui avait servi d'asile presque habituel. G duit dans les prisons d'Alençon, il fut condamné par tribunal criminel du département de l'Orne à la dép tation. A l'approche des Vendéens, le représentant fit c« duire à Chartres et à Rambouillet Rémi Lelandais a tous ses compagnons de captivité,qui étaient dans la mô catégorie. Ce ne fut là qu'une station provisoire pour confesseurs de la foi. Dans les premiers mois de -l'an suivante on lés fit partir pour Rochefort. 11 leur fallut f courir à pied, enchaînés comme des malfaiteurs, tout long espace, malgré les rigueurs d'un hiver exceptioni et au milieu des menaces et des mauvais traitements < leur prodiguaient des populations égarées. Ce n'était pendant que le noviciat des souflVances qui les attendai sur les vaisseaux-prisons de la rade de Rochefort. Re Lelandais succomba à tant de souffrances, et aussi à i plaie à l'épaule (jue lui avait causée xm coup violent p de la main de l'un des gardiens. Son âme toujours s riante au milieu de ces affreux tourments s'envola \ Dieu le 7 novembre 1794. Notre martyr était dans

(1) Go a écrit en divers ouvrages que Rémi (et dod Reuè) Le dais était né à Domfroat; il y fit seulement ses études.

tmte-liuiUème année. Son corps fut inhumé sur les rives ée la Charente, près du fort Vaseux.

Un dnquième ecclésiastique du diocèse du Mans confessa courageusement la foi jusqu'à la mort, en la compagne des saints martyrs que nous venons de nommer.

Louis-Gabriel Maillard^ né àBeaulandais en 1754, avait tot ses études à Domfront, et n'avait point brillé par ses tdeats. Il fut ordonné prêtre à Noël \ 780, et fut aussitôt Bifoyé vicaire à Saint-Fraimbault-de-Lassay. Il travailla beuiDoup, répara par une assiduité courageuse ce que ses ftidesavaient de défectueux, au point que ses supérieurs fcr^ardaient comme un ecclésiastique remph de mérite. 1 refusa d'abord le serment, et avait semblé animé d'une fooi courage, comme nous l'avons rapporté. Vaincu ennitepardes sollicitations pressantes, il fit le serment par iibicsse, et fut aussitôt accueilli par Jac(jues Lefessier. 11 oerça quelque temps le ministère dans l'Eglise schismatiçiejmais n'ayant pas voulu apostasier et renier son caractère, il liit arrêté vers la fin de 1793, et conduit à Rochefort telecommeocement de l'année suivante. 11 fut embarqué Rirle Washington, où l'exemple de ses confrères fidèles à fïglise réveilla dans son âme de salutaires remords. 11 répéta entre leurs mains le serment qu'il avait prêté, et Bourat à quarante-quatre ans, le 26 octobre 1794, heu- Wa d'avoir expié par tant de souffrances le scandale qu'il tvait donné par sa faiblesse. Son corps fut inhumé dans file Madame.

Hosieurs autres de nos compatriotes, morts également pour leur constance inébranlable dans les principes de la foit reposent au même lieu. Quelques-uns ne succombèrent îw dans la recrudescence de persécution en 1798; mais il ®l vraisemblable que nous ne connaissons pas les noms de tous ceux qui eurent le bonheur de mériter la gloire du Diârtyre dès les premiers temps de la persécution. Inconnus «tt hommes, ils ont trouvé en Dieu le repos et la gloire îne leur ont mérités leurs souffrances ici-bas.

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